juillet 19, 2024

It Comes at Night

De : Trey Edward Shults

Avec Joel Edgerton, Kelvin Harrison Jr., Carmen Ejogo, Christopher Abbott

Année : 2017

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Alors que le monde est en proie à une menace terrifiante, un homme vit reclus dans sa propriété totalement isolée avec sa femme et son fils. Quand une famille aux abois cherche refuge dans sa propre maison, le fragile équilibre qu’il a mis en place est soudain bouleversé. 

Avis :

Trey Edward Shults est l’un des jeunes réalisateurs américains qui ont commencé leur carrière au cours des années 2010. Après plusieurs courts-métrages, il participe au tournage de « The Tree Of Life » de Terrence Malick en tant que cameraman et pour le jeune homme qu’il est, il a alors dix-huit ans, il en parlera comme l’une des plus grandes expériences de sa vie et ce tournage influencera sa façon de concevoir un film. C’est en 2016 que Trey Edward Shults réalise son premier film, le méconnu « Krisha« , et depuis le jeune cinéaste enchaîne les films.

J’ai découvert le cinéma de Trey Edward Shults avec un chef-d’œuvre, un film d’une force et d’une beauté incroyable. Ce film, c’est « Waves« , son troisième long-métrage, un film très mal distribué et qui est passé tellement sous les radars qu’il n’est toujours pas sorti en support physique alors qu’il s’en va sur ses deux ans d’existence. Bref, du coup, avec un tel film, j’ai très envie de me plonger dans les films du metteur en scène américain, et même si avec cet « It Comes At Night« , je ressors avec quelques interrogations et le sentiment de rester sur ma faim tant la fin est brutale, le moment passé fut encore une fois puissant. Sombre, dérangeant, angoissant, paranoïaque, étouffant, et au-delà de ça, très efficace, « It Comes At Night » est une expérience glaçante qui m’a totalement happé.

Le monde d’autrefois n’est plus à cause d’un virus qui décime les populations. Un homme vit reclus dans une maison avec ce qui reste de sa famille. Les règles sont claires, la routine est installée et tout ce qui vient de l’extérieur est un danger. À l’intérieur de cette maison, cet équilibre va être bousculé lorsqu’une nuit, un homme fait irruption.

Pour son deuxième film, Trey Edward Shults se lance dans un huis clos qui se pose quelque part entre le drame psychologique et le film d’horreur, ou du moins plus précisément, un film qui est si fort dans sa tension, dans son sentiment d’insécurité permanent qu’il émane de lui une vision d’horreur.

Intense et sombre, « It Comes At Night » est un film dans lequel il faut se laisser embarquer, tout en sachant qu’on n’aura pas forcément toutes les réponses aux questions qu’on va se poser. Cette idée est pour le moins excellente, car même si elle me laisse un peu sur ma faim, et que j’aurais aimé que le scénario précise et développe un peu plus certains éléments, le fait aussi de ne pas expliquer cette pandémie qui a frappé le monde, ou encore de ne pas dire depuis combien de temps le monde s’est arrêté, est intéressant, car Trey Edward Shults nous laisse libre dans notre imagination, et au gré de petits détails, de petits indices, on peut (ou pas) se faire des réponses. Puis derrière ça, expliquer cette maladie, expliquer à base de souvenirs comment tout s’est effondré, n’était pas le sujet du film et l’envie de son réalisateur, qui est le scénariste de son propre film. Non, ici, avec « It Comes At Night« , Trey Edward Shults a surtout l’envie d’explorer d’un côté la famille, et comment on peut affronter et survivre dans un monde comme celui-là.

Puis derrière ça encore, « It Comes At Night » explore les relations humaines, le besoin et la méfiance qui s’installent, la paranoïa, et cette envie de faire confiance avec toutes les réserves possibles. Ce qui est bien aussi avec ce scénario, c’est la façon dont Trey Edward Shults va faire monter petit à petit la pression de son film et son histoire, notamment dans les dernières vingt minutes qui ne sont qu’une ascension fulgurante vers l’horreur guidée par la peur. Une ascension qui met très bien en image et surtout en choix, les thèmes que le réalisateur explorait. Le résultat est alors brutal, sans concession et d’une noirceur infinie qui nous scotchera à notre fauteuil (même si, comme je le disais, c’est si brut que l’on peut aussi rester sur notre faim).

« It Comes At Night« , en plus d’un bon scénario, peut aussi se vanter d’être excellent dans sa mise en scène. L’affiche nous vante « Un chef-d’œuvre d’horreur », mais clairement cette accroche est mensongère, car même si le film est bon, voire plus, on est loin d’un chef-d’œuvre et en plus de ça, « It Comes At Night » n’est absolument pas un film d’horreur, à aucun moment, et ça, même si son intrigue bascule dans l’horreur. Ici, Trey Edward Shults nous entraîne dans un film à l’ambiance anxiogène, qui ne cesse de se tendre au fur et à mesure. Le réalisateur gère très bien son huis clos, tout en nous offrant un thriller psychologique parfaitement mené. Dans ce souci d’ambiance, Trey Edward Shults a parfaitement travaillé le son, et surtout les silences, ce qui ne cessera là encore de piquer notre attention.

Enfin, « It Comes At Night » est un film qui tient très peu de personnages, ici, il y en a six, et tous posent des réflexions sur la confiance, la survie et plus largement l’humanité face à une société qui n’existe plus. Ces six personnages sont tous diablement interprétés, même si le film se concentre davantage sur les personnages tenus par les excellents, Joel Edgerton qui est impeccable en père de famille prêt à tout pour protéger les siens, le jeune Kelvin Harrison Jr. qui est parfait en jeune homme qui a du mal à s’adapter à ce nouveau monde (l’acteur sera par ailleurs la tête d’affiche du film suivant de Shults, le prodigieux « Waves« , je vous ai déjà dit à quel point ce film est grand ?), et enfin le parfait Christopher Abbott qui décidément enchaîne les projets passionnants et se pose comme l’un des acteurs les plus injustement méconnus. Ces trois personnages sont tour à tour beaux, terrifiants, touchants et glaçants. 

« It Comes At Night » est un film qui est très loin de ce que l’on pouvait s’en imaginer. Loin d’un film d’horreur, le film de Trey Edward Shults est un huis clos en thriller post-apocalyptique, aussi sombre qu’anxiogène. Dans une société qui n’existe plus, confiné dans une maison à cause d’un virus, les hommes essaient comme il peuvent de survivre et ils essaient de ne pas perdre leur humanité. C’est dur, c’est déroutant, ça peut laisser sur sa faim, mais dans son genre, c’est très bon. Le genre de film que l’on a envie de mettre aux côtés de films comme « La route » de John Hillcoat, ou encore « Hell » de Tim Fehlbaum. En deux films, Trey Edward Shults s’impose comme l’un des jeunes réalisateurs américains les plus intéressants du moment.

Note : 14/20

Par Cinéted

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