août 18, 2022

Un Nommé Cable Hogue

Titre Original : The Ballad of Cable Hogue

Avec Jason Robards, Stella Stevens, David Warner, Strother Martin

Année : 1970

Pays : Etats-Unis

Genre : Western

Résumé :

Cable Hogue est laissé pour mort dans le désert du Far West par ses collègues. Alors que tout semble le condamner, il trouve miraculeusement de l’eau. Remis sur pied, il décide d’utiliser cette source à des fins lucratives. Il débute sa nouvelle vie en suivant les conseils d’un homme louche et il rencontre Hildy, une prostituée, dont il tombe sous le charme…

Avis :

Au milieu des années 60, Sam Peckinpah est un homme torturé. Alors qu’il réalise Major Dundee en 1965, il s’entend très mal avec Charlton Heston et son film se retrouve charcuté lors du montage, ce qui lui vaudra une crise de nerf et de dépit. Il lui faudra plusieurs années pour revenir sur le devant de la scène, et c’est avec La Horde Sauvage qu’il va refaire parler de lui. Et il va aussi faire parler la poudre, le film étant connu pour son final grandiose et d’une rare violence, le cinéaste laissant exploser sa colère envers les studios. Le film est un succès, et malgré les problèmes d’addiction du réalisateur, l’année d’après sort Un Nommé Cable Hogue, nouveau western de Peckinpah. Loin de toute violence, c’est un film apaisé et presque apaisant que nous propose le virtuose américain, évoquant la vie chiche d’un homme qui va faire fortune.

L’eau sacrée

Cable Hogue est un homme simple, qui traverse le désert avec son cheval. Malheureusement pour lui, il va tout perdre lorsqu’il rencontre deux malfrats qui ne lui laisse rien. Marchant dans le désert, Cable va miraculeusement trouver de l’eau. Perdu entre deux villes, il décide alors d’acheter ce lopin de terre, d’en faire une étape entre les deux villes afin de gagner de l’argent. Il va alors trouver bien plus que de l’eau, puisqu’il va tomber amoureux, tenir sa revanche sur ses ennemis et ne moquer gentiment des gens de la ville. D’ailleurs, la première chose qui frappe avec ce film, c’est que l’on a du mal à saisir la patte de Peckinpah. La violence est présente, mais de façon discrète, avec toujours ce côté mauvais inhérent à l’homme. Mais Un Nommé Cable Hogue a tous les traits d’une tranche de vie.

On va donc suivre cet homme, qui semble assez naïf et découvre même la grande ville. Les gens se moquent de lui, il fait office de pécore au milieu de certains cowboys qui se pensent distingués, mais cela ne va pas l’empêcher de taper dans l’œil d’un banquier. Dès lors, Sam Peckinpah affiche une première volonté, celle de confronter l’homme de la ville à l’homme de la campagne (ou plutôt du désert).  Une confrontation plutôt verbale, qui va aboutir à des moqueries, des jugements et dénonce un système déjà corrompu où seuls les plus riches ont accès à la propriété. Ici, l’or est remplacé par l’eau, mais le combat reste le même, et Cable va devoir se battre pour survivre et s’imposer. Aussi bien aux yeux des banquiers que de Hildy, une prostituée dont il tombe amoureux. Et de là va naître une relation compliquée.

La vie

Finalement, dans son pitch, Un Nommé Cable Hogue n’est rien d’autre que l’histoire d’un homme normal, qui va faire fortune avec un peu d’ingéniosité. Une intelligence que seuls les naïfs possèdent et qui va réussir là où d’autres ont échoué. Cable Hogue va passer pour un fou, mais il va faire des envieux avec sa réussite qu’il doit aussi bien à la chance qu’à son talent pour faire des affaires. Sam Peckinpah filme cette tranche de vie de façon simple, sans fard, sans atours qui ne serviraient à rien. On sent un véritablement apaisement de la part du réalisateur qui délivre ici une copie propre, qui possède quelques fulgurances violentes, notamment lorsqu’il faut se protéger, mais qui a aussi beaucoup d’humour. Un humour machiste, avec un prêtre queutard. Un humour parfois kitsch avec des accélérations. Mais un humour potache et presque enfantin lorsqu’il faut aborder les choses de la vie.

Derrière cette simplicité, le réalisateur n’oublie pas pour autant d’aborder des thèmes assez forts et de terminer son film de manière assez nihiliste et inattendue. Bien entendu, le combat incessant de cet homme pour prouver sa valeur auprès des gens et de sa bien-aimée est la pierre angulaire du métrage, permettant alors de mettre en avant divers thèmes. On aura droit à la foi de l’homme qui n’est qu’un subterfuge pour abuser des gens, avec ce prêtre arriviste. On verra aussi le combat des classes, avec ces hommes et femmes qui regardent d’un œil torve ce Cable Hogue faire fortune dans le désert. Mais surtout, on aura droit à un beau message sur la technologie qui détruit tout. En effet, dans ce film, les voitures font leur apparition et seront même la cause de la fin de Cable Hogue.

La technologie tue

Chose assez rare dans un western, Sam Peckinpah va aborder le monde qui change à toute vitesse. Sur la fin, les voitures et les motos remplacent les chevaux et son aire de repos va prendre une autre dimension. Il sent que c’est le moment pour lui de passer le flambeau, de tirer sa révérence et de suivre Hildy. Chose qu’il ne pourra faire. Comme à son habitude, le cinéaste va terminer son film sur une note acide, renouant avec un certain nihilisme. Ici, la technologie tue le commerce, l’activité humaine, voire même l’homme, et c’est sans badinerie que Sam Peckinpah met ça en image. Sans ressentir la moindre colère, gardant sa bonhommie, le film se clôture de façon dure et cruelle, démontrant que l’on doit vivre avec son temps et quand le monde va trop vite pour nous, il est temps de tirer notre révérence.

Au final, Un Nommé Cable Hogue est un film plutôt réussi et qui surprend dans la filmographie de Sam Peckinpah. Loin de toute violence graphique, le film se veut apaisé et presque apaisant. Jason Robards y joue un ingénu qui va faire fortune et dont la vie sera presque normale, mettant en avant des combats perpétuels face aux jugements, à la bureaucratie ou aux voyous. Si on s’ennuie parfois, il faut avouer que ce métrage détient de savoureux moments et un fond très intelligent, faisant de ce fait passer un bon moment. Sans être un classique dans la filmographie de Peckinpah, il n’en demeure pas moins un bon film.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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