octobre 26, 2021

Life is Strange 2

Résumé :

Life is Strange 2 est le prochain épisode de l’aventure développé par Dontnod. Il s’agit du troisième opus de la série, et il sera publié sous la forme d’épisodes. Il sera la suite directe de « The Awesome Adventures of Captain Sprit ».

Avis :

Dès la sortie de Remember Me, le studio Dontnod a démontré un talent évident pour se démarquer des standards vidéoludiques. Si ce premier projet a rencontré un succès d’estime, les développeurs ont atteint la consécration avec Life Is Strange. Étant donné les qualités intrinsèques de leur précédent effort, on ne peut parler de remise en question, mais d’une réorientation radicale. S’insinuant dans une aventure narrative épisodique, il en résultait une excellence peu commune, parvenant à faire de l’ombre aux titres de TellTale Games. Après un spin-off censé approfondir le background des protagonistes du premier opus, une suite semblait inévitable, pour ne pas dire logique.

Life Is Connected

En l’occurrence, Life Is Strange 2 propose une toute nouvelle intrigue qui implique d’autres intervenants. On sent une volonté de s’affranchir de son illustre aîné, sans pour autant l’oublier. En effet, l’univers reste commun. Ce qui donne lieu à quelques allusions et surprises, eu égard aux évènements survenus à Arcadia Bay. Il y a donc une étroite corrélation entre les deux titres qui peut s’assimiler à un passage de relais. Dans les intentions, cela se traduit par une tonalité encore plus grave, des thématiques et des enjeux qui se veulent plus « matures ».

Avec le premier Life Is Strange et Before the Storm, on distinguait déjà ce traitement très lourd dans le sens où la violence malmenait les personnages ; le tout agrémenté d’une morale sentencieuse sur les conséquences de nos actes. Par l’entremise d’un évènement perturbateur, le présent titre explore toujours ce difficile passage à l’âge adulte. Une perte de l’innocence inhérente à une réalité implacable, sinon cruelle. Il y a donc des points communs et des rapprochements évidents entre les différents opus de la franchise.

Une approche moins convaincante

Seulement l’exercice de comparaison ne joue pas en faveur de Life Is Strange 2. Pour rester dans le cadre de l’intrigue, composante principale du titre, le prétexte est à l’aune de mécaniques évidentes qui se focalisent sur une dramaturgie exacerbée. Le fait de s’insinuer dans un tel registre est une véritable qualité, voire un atout. Seulement, le scénario présente de gros problèmes de narration. Cela tient tout d’abord à un rythme inégal, enchaînant les fulgurances des points de non-retour avec des pans où il ne se passe rien, à tout le moins pas grand-chose.

Il ne s’agit pas d’intermèdes contemplatifs, mais de carences où le jeu semble n’avoir rien à raconter. En un sens, il est vrai que cela peut symboliser l’errance des deux frères. Dans les faits, les épisodes présentent un intérêt fluctuant, soufflant le chaud et le froid. La road-story s’entrecoupe d’escales plus ou moins marquantes. De même, l’histoire se montre plus laborieuse, car elle compense ces « manques » par une tonalité tragique constante et pas toujours judicieuse.

Sean & Daniel Without Family

C’est bien simple, la plupart des évènements clefs s’appuient sur le drame pour générer de l’affliction ou de la tristesse. Seulement, il n’est pas forcément nécessaire de recourir à un tel procédé pour les susciter, surtout lorsqu’elles sont récurrentes et, pour certaines d’entre elles, dispensables. Ces incursions sont beaucoup trop abruptes pour se montrer crédible. À ce titre, on observe un clivage évident entre les chefs d’accusation et les auteurs des faits. À savoir, des enfants qu’on juge « armés et dangereux », que l’on considère comme fugitif et non victime des circonstances.

D’emblée, la bavure policière fait office de prétexte. Puis ce sont les rencontres plus ou moins fortuites qui laissent dubitatifs. On songe à ce travail clandestin dans une ferme de cannabis qui s’assimile à de l’esclavage moderne, à l’incompétence des forces de l’ordre, au sort réservé à leur animal de compagnie ou à ce curieux imbroglio avec une secte locale. On a l’impression d’assister au parcours chaotique de Rémi sans famille dans un contexte contemporain. Tous les malheurs du monde tombent sur les deux frères à une vitesse et à un point tel que cela en devient presque pathétique.

Quand les drames à répétition sont synonymes de contradictions…

Cela vaut aussi pour les fréquentes dissensions et disputes entre les personnages. Les joutes verbales sont innombrables. Si cela permet de dynamiser les échanges, on notera des invraisemblances entre l’orientation que l’on souhaite adopter et la finalité des discours en cut-scenes. À titre d’exemple, on peut opter pour la tempérance dans la sélection de ses réponses, tandis que la conclusion empruntée par l’histoire privilégie la colère sans transition aucune. Les réactions sont exagérées et les conséquences s’avèrent peu crédibles.

Qu’il s’agisse des personnages principaux ou secondaires, cela vaut aussi pour leurs comportements. Là encore, le joueur a la possibilité de réaliser le choix qui a sa préférence. Les PNJ consentent à ce point de vue. Puis, à l’issue d’une énième péripétie inopportune, quelques virages narratifs mal négociés, on revient à une scène similaire. Cependant, les réactions des intéressés sont devenues contradictoires par rapport à leur précédente décision, se heurtant ainsi à leurs propres valeurs. À ce titre, la conclusion en dent de scie constitue le point culminant de cet embrouillamini tragique.

Un grand pouvoir implique une grande inutilité

Dans le domaine de l’aventure narrative, le gameplay occupe un statut « secondaire ». Le joueur privilégie alors la qualité de l’intrigue. Toutefois, cet aspect permet de développer le sentiment d’immersion, voire l’empathie à l’égard des protagonistes. Or, Life Is Strange 2 prône la carte de la passivité et du minimalisme. Les déplacements sont sporadiques et les commandes sommaires au possible. En soi, ce n’est pas un mal dans de telles circonstances, même si l’on sent une épure radicale pour se lancer dans l’aventure. De prime abord, l’idée de gérer une poignée de dollars pour se nourrir ou acheter de l’équipement est rapidement abandonnée.

Si l’on regrette l’absence d’interactions, le pouvoir de télékinésie de Daniel prête à peu de conséquences. Pour rappel, la capacité de Max à manipuler le temps avait une réelle incidence dans Life Is Strange premier du nom. Il permettait d’appréhender le cadre et les évènements différemment. Ici, on doit se cantonner à des leçons de morale sur les responsabilités d’un tel pouvoir, des séances d’entraînement stériles et des choix ponctuels pour s’en servir (ou non) dans des moments critiques. L’approche est décevante et ne donne même pas lieu à la résolution d’énigmes ou une utilité quelconque dans l’exploration des environnements.

Une envolée musicale absente pour une durée de vie standard

En ce qui concerne la durée de vie, elle se révèle dans la moyenne du genre. Il faut compter environ deux heures par épisode, soit une aventure qui lorgne autour de la dizaine d’heures pour en faire le tour. La rejouabilité reste limitée, car les choix que l’on porte ne possèdent pas l’impact escompté sur l’orientation du récit. Quant à la recherche d’anecdotes ou de détails sur certains aspects relationnels ou narratifs, il lasse rapidement tant ces éléments sont surfaits.

On remarquera également que la bande-son est clairement en deçà de l’ambiance dépeinte par son illustre prédécesseur. On se contente de quelques titres qui alignent trois notes dramatiques pour appuyer avec maladresse la tension d’une séparation, d’une perte ou d’une bagarre. On les recycle à tout-va sans pour autant proposer un minimum de variation. Quant à l’intonation pop rock, la sélection des artistes et des morceaux est standardisée pour satisfaire une large majorité de joueurs sans pour autant insuffler un semblant d’originalité ou de cohérence pour coller à l’esprit du jeu.

En conclusion…

Malgré l’engouement et la quasi-unanimité que suscite Life Is Strange 2, force est de constater que la déception est au rendez-vous. Aux premiers abords, on pourrait croire qu’il souffre de la comparaison avec le premier opus. Il est vrai que l’ambiance musicale se veut beaucoup trop discrète et rudimentaire pour convaincre. De même, le gameplay n’apporte strictement rien à tel point que le pouvoir de télékinésie n’est jamais exploité à bon escient pour le joueur, comme pour les personnages. Les incidences sur l’histoire elle-même sont d’ailleurs peu probantes.

Pour autant, le plus grand défaut de cette suite demeure cette tendance à la dramaturgie sans jamais faire preuve de mesure. Tout comme le sort ou le destin, on a l’impression que les scénaristes s’acharnent sur ces deux frères en exil. La souffrance d’une situation tragique ne suscite pas forcément de l’émotion ou de l’empathie, surtout si elle survient de manière redondante et précipitée sans avoir un intérêt autre que de poursuivre une road-story cahotante. Dès lors, la narration sombre dans un pathos consommé qui dissimule bien mal la vacuité de ses sentiments. À trop vouloir en faire, le drame dépeint en devient poussif, sinon superficiel.

Note : 11/20

Par Dante

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