juin 23, 2021

Raya et le Dernier Dragon

Titre Original : Raya and the Last Dragon

De : Don Hall, Carlos Lopez Estrada, Paul Briggs, John Ripa

Avec les Voix Originales de Kelly Marie tran, Awkwafina, Gemma Chan, Daniel Dae Kim

Année : 2021

Pays : Etats-Unis

Genre : Animation

Résumé :

Il y a de cela fort longtemps, au royaume imaginaire de Kumandra, humains et dragons vivaient en harmonie. Mais un jour, une force maléfique s’abattit sur le royaume et les dragons se sacrifièrent pour sauver l’humanité.
Lorsque cette force réapparait cinq siècles plus tard, Raya, une guerrière solitaire, se met en quête du légendaire dernier dragon pour restaurer l’harmonie sur la terre de Kumandra, au sein d’un peuple désormais divisé. Commence pour elle un long voyage au cours duquel elle découvrira qu’il lui faudra bien plus qu’un dragon pour sauver le monde, et que la confiance et l’entraide seront essentiels pour conduire au succès cette périlleuse mission.

Avis :

La crise sanitaire et la fermeture des salles de cinéma auront eu un drôle d’impact sur le septième art. Reports de films, avènement des plateformes de streaming, télétravail, des conditions qui ont changé la donne et dont il a fallu s’acquitter pour penser le cinéma autrement. Et ça, Disney l’a bien compris depuis longtemps, visant un tout nouveau public avec sa propre plateforme, Disney+. Une plateforme qui n’est pas forcément nécessaire, mais qui s’applique à fournir du nouveau contenu inédit, quitte à bouder les salles et à susciter la colère des exploitants, ce qui est compréhensible. Ainsi donc, avec ses 450 personnes qui ont télétravaillé dessus, Raya et le Dernier Dragon boude les salles et sort directement sur notre télé. Ce qui est dommage quand on voit la qualité graphique du film, mais c’est ainsi.

Quand un nouveau Disney sort, il faut bien évidemment qu’il y ait une nouvelle polémique, ce qui ne changera pas avec ce nouveau métrage. S’inspirant de mythes et légendes d’Asie du Sud-Est, Disney se fait alors taxer de raciste car la boîte ne cible pas de pays précis, sous-entendant que tous les asiatiques du Sud-Est sont les mêmes. Et, histoire de chercher encore plus loin la petite bête, il y a eu un micro scandale sur les doubleurs, n’étant que des acteurs chinois ou japonais, et non pas d’Asie du Sud-Est. Bref, de la comm qui fait plus de bien que de mal à Disney, et il en avait bien besoin avec cette sortie un peu en catimini. Raya et le Dernier Dragon est-il si mineur que ça pour ne pas l’offrir aux salles de cinéma ? Critique.

Pour la beauté du Geste

Bien évidemment, quand on se lance dans un nouveau Disney, la première chose qui frappe, c’est beauté visuelle de l’ensemble. Raya et le Dernier Dragon est vraiment sublime. Les textures, la lumière, l’univers en lui-même, tout est très beau. D’ailleurs, les moments se déroulant sur l’eau sont proche d’un photoréalisme encore rarement atteint. Mais là, ce n’est pas vraiment une surprise. On savait déjà d’avance que ce cinquante-neuvième film Disney allait être une jolie claque. Ce qui surprend vraiment, c’est son univers enchanteur et qui sort un peu des sentiers battus. S’inspirant des légendes d’Asie du Sud-Est, Raya a une réelle identité visuelle et c’est ce qui fait sa force. Une force que l’on retrouve dans les différents décors, mais aussi dans la caractérisation des personnages. Car ici, chaque clan, chaque lieu, chaque peuple possède ses propres atours physiques.

Ainsi donc, on évolue dans un monde qui s’est divisé pour prendre la forme d’un dragon. Chaque zone correspond à un détail physique du dragon, comme le dos, la queue ou encore les crocs. Et chaque peuplade a ses propres caractéristiques. On aura le peuple du froid, avec des barbares armés de hache. On aura le peuple marchand, avec ce qu’il faut de voyous et voleurs. On aura le peuple du désert, etc… En fait, Raya et le Dernier Dragon s’inspire des différents pays et paysages de l’Asie du Sud-Est pour faire une sorte de pot-pourri et décrire un univers unique et beau. Mais un univers qui se déchire et dont chaque clan n’arrive pas à se mettre d’accord pour vivre en harmonie, la faute à l’apparition du Drone, une créature qui change en pierre tous les êtres vivants qu’elle touche.

Linéaire comme un dragon asiatique

Si ce Disney est beau et que la culture dont il traite est intéressante, il n’en demeure pas moins que Raya et le Dernier Dragon reste un film assez linéaire dans sa trame et dans ce qu’il raconte. Ainsi donc, une discorde entre les peuples va faire éclater un conflit qui aboutira à la destruction en plusieurs morceaux de la pierre magique qui protégeait tout le monde du Drone. Six ans plus tard, Raya décide de réunir les morceaux, dispersés dans chaque clan. Son but, retrouver Sisu, le dernier dragon, réunir les éclats de la pierre et retrouver la sérénité pour tous les peuples. Simple, mais aussi efficace, Raya va nous faire passer par plusieurs étapes qui seront autant de références au septième art. Car comment ne pas penser à Indiana Jones lors de la première pierre ? Ou encore à Mad Max avec cette course-poursuite dans le désert ?

Bref, Raya est un Disney qui essaye de digérer ses références, mais sans jamais vraiment y arriver. D’ailleurs, l’adulte lambda s’ennuiera un peu devant tant de fainéantise scénaristique pour caler une chasse aux trésors avec quelques poursuites énergiques. D’ailleurs, la simplicité s’invitera aussi dans ce récit d’accumulation. Raya visite un pays, récupère la pierre, donne un nouveau pouvoir au dragon, puis rencontre une personne qui va devenir un acolyte pour la suite de l’aventure. C’est propre aux albums de littérature jeunesse et le dessin animé n’apporte rien de vraiment nouveau. Si ce n’est, à la rigueur, des personnages plutôt marrants et souvent attachants. Le petit cuisinier est touchant, alors que le bébé voleur sera l’atout humour. Quant au grand gaillard braillard, il ne servira pas à grand-chose. Ces personnages permettront de brasser divers thèmes, mais on reste, là aussi dans quelque chose d’assez classique.

Aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès

En fait, le plus gros défaut avec ce film, c’est qu’il martèle son thème principal à toutes les sauces. Ici, Raya veut réunir les peuples, et pour cela, elle va trouver des compagnons de route qui l’aideront à tout surmonter. Et dès qu’il y a une menace, on nous assène le couplet du « il faut être ensemble pour s’en sortir, il faut s’entraider ». Un thème fort et important pour les enfants, mais qui est tellement répéter, à voix haute, le dessin animé insiste tellement là-dessus que ça finit par en atténuer la force. Et ça bouffe les autres thèmes, comme le rapport fille/mère pour l’antagoniste, la perte d’un être cher ou encore le fait de devoir se débrouiller pour survivre. Tout cela passe à la trappe au profit de l’union fait la force. En fait, il y a un vrai problème d’équilibre dans ce qui est abordé.

Alors oui, Raya est aussi un dessin animé épique qui sait faire étalage du talent des metteurs en scène. Certaines séquences sont sublimes, tandis que d’autres sont impressionnantes de par les images qu’elles véhiculent. L’exode de fin, où Raya va à contre-courant pour affronter sa rivale est visuellement impeccable. De plus, le film est très rythmé et ne s’arrête que rarement, ce qui permet d’enchaîner assez vite et de ne pas tergiverser inutilement pendant deux heures. Mais on peut soulever un autre problème, que l’on retrouve dans Soul, cette volonté d’occulter le deuil par la résurrection d’un personnage mort. Encore une fois, on a la sensation que la mort n’est pas une fin, que le deuil n’est pas une étape importante, et on se retrouve avec des personnages pour qui, finalement, perdre un être cher n’est pas un moment dur. De ce fait, les émotions ne surgissent pas.

On cherche les larmes

Ce manque d’émotions est un vrai préjudice au film, qui se fait plaisant, mais qui ne marque finalement pas. Certes, on aura plusieurs atouts humoristiques, notamment avec le bébé voleur et ses trois singes, ou encore avec ce dragon facétieux qui veut faire confiance à tout le monde, mais pour ce qui est de l’émotion pure, on n’aura rien à se mettre sous la dent. La relation de Raya avec son père est jolie, mais on se doute de la fin. Et c’est la même chose avec l’ennemie de Raya et sa mère. On reste dans quelque chose de binaire et qui semble ne pas vouloir trop « choquer » les enfants. Elle est loin la mort de Mufasa dans Le Roi Lion ou encore celle du doudou dans Vice-Versa

Au final, Raya et le Dernier Dragon est un véritable divertissement. Beau, nerveux, sans temps mort, ce nouveau Disney fait le taf et aborde des thèmes importants qui vont plaire à la majorité. Cependant, le film n’est pas dénué de défauts, comme un message martelé sans arrêt et une absence d’émotion qui porte préjudice à l’ensemble. Du coup, Raya ne rentrera pas dans les classiques indémodables de chez Disney. Il reste un bon petit film, mais auquel il manque plusieurs choses pour être mémorables.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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