mai 25, 2022

Frissons

Titre Original : Shivers

De : David Cronenberg

Avec Paul Hampton, Lynn Lowry, Barbara Steele, Joe Silver

Année : 1975

Pays : Canada

Genre : Horreur

Résumé :

Un jeune couple visite un ensemble immobilier qui s’avère très particulier. En effet, ils sont témoins de crimes abominables. Ils apprennent qu’un docteur attache au complexe immobilier met en pratique certaines théories de Reich sur la sexualité.

Avis :

David Cronenberg est un réalisateur canadien qui est passé par deux phases durant sa carrière. En premier lieu, il va se passionner pour l’horreur. Et plus précisément par ce que l’on nomme le Body Horror. Il semble fasciner par les corps, les transformations et déformations de l’être humain. Il va alors étudier cela à travers différents films qui marqueront, comme Frissons, qui nous préoccupe aujourd’hui, ou encore Rage, Chromosome 3 et Videodrome. Puis, dans une deuxième partie de carrière, la plus récente, il va délaisser l’horreur pour partir sur les traces du thriller. Et de par ce biais, sonder l’âme humaine et sa noirceur. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos vers parasites. Nous sommes en 1975, le réalisateur canadien n’a son actif que trois films timides. Il décide alors de sortir Frissons, un film qui va faire grand bruit à son époque. Et pour cause.

Ver peu luisant

Le pitch du film est relativement simple. Nous sommes dans un immeuble dernier cri et un médecin va tuer une jeune femme avant de faire une expérience sur elle, puis de se donner la mort. Dès lors, des vers parasites vont investir l’immeuble et les corps des résidents, les poussant à faire des orgies afin de se reproduire. Très clairement, Frissons est un film qui ressemble énormément à un film de zombie. Sauf qu’ici, les morts-vivants sont remplacés par des gens en pleine forme, mais qui sont contrôlés par un ver parasite. Cronenberg va livrer un métrage sans concession et qui va droit au but, quitte à laisser quelques pistes en suspens. En effet, le délire autour des vers parasites pour remplacer des organes est vite expédié, et on ne mentionnera même pas le côté sulfureux nazi dont il est fait mention dans le pitch de base.

Et c’est bien dommage car cela aurait donné plus de poids au scénario. Plus de quarante-cinq ans après sa sortie, le film a mal vieilli, notamment dans son histoire. Le problème vient du fait que tout se passe assez rapidement, et qu’il n’y aura pas forcément d’explications sur tout. Cronenberg s’amuse avec son public à laisser des moments un peu flous afin de rendre son histoire plus cryptique. Les éléments de réponse sur cette invasion viendront plus tard dans le métrage, au détour d’une discussion entre deux scientifiques, mais on restera sur un mystère trop simple, trop linéaire. En fait, on se rendra vite compte que le scénario ne critique pas grand-chose et que le film n’est presque qu’un étalage technique fortiche et une volonté de choquer avec des moments gores qui fonctionnent encore aujourd’hui.

Ver gore

Frissons est un film à la fois sale et sensuel, où le réalisateur s’amuse avec des codes inédits pour l’époque. En bousculant une micro société bien établie dans un building dont on ne sort presque jamais, le cinéaste va pointer du doigt ce microcosme égoïste et dont les vers vont exacerber les sens. Ainsi donc, on aura droit à des séquences violentes et sales, dont l’introduction et ce vieux monsieur libidineux qui s’en prend à une jeune femme, avant de l’ouvrir en deux. Une entrée choc et physique qui détient déjà tous les éléments du métrage. Du sexe, de la violence, du sang et une réalisation au plus près des corps. Qui corps qui vont se déformer, qui vont s’entremêler, qui vont suinter, pour finir dans une sorte de démence orgiaque où le liquide tient une place importante. Ce plan final, dans la piscine, pourrait symboliser le liquide amniotique.

Bref, Cronenberg va opérer avec Frissons une vrai film de flippe avec des effets inédits pour l’époque, et qui fonctionne toujours aujourd’hui. Les effets spéciaux sont relativement bien fichus, notamment lorsqu’il faut faire bouger le ventre des protagonistes. Cependant, le film a pris un petit coup dans l’aile sur d’autres aspects. Et notamment sa réalisation, qui reste assez fade. Ou encore certains moments qui frôlent de nos jours le ridicule. Difficile de ne pas rire quand les vers s’accrochent aux joues de certains personnages, dont les acteurs doivent se démener pour donner un semblant de crédibilité à la scène. C’est parfois assez rigide et démontre un budget tout petit. Mais finalement, on passera outre ces quelques phases qui s’imbriquent bien dans le malaise que veut rendre le réalisateur. Car à défaut de faire peur, Frissons va proposer une ambiance glauque, froide, presque clinique, qui sera l’image même de son cinéaste.

Ver moulu

Malgré son côté couillu (pour l’époque), Frissons est loin d’être un film parfait. Il souffre même du temps qui passe et s’il a pu choquer en 1975, aujourd’hui, il ennuie plus qu’autre chose. Malgré sa courte durée, malgré son aspect craspec et sa critique sous-jacente sur la société moderne, le film manque de vie. Et cela est en partie à cause des personnages qui n’ont aucun background et des acteurs/actrices qui n’en branlent pas une. L’ensemble semble désincarné, froid, clinique et les acteurs abondent en ce sens. Même les corps nus ne suscitent aucun fantasme, aucune émotion. On sent que cela est presque raccord avec l’histoire des parasites qui prennent possession des corps, mais on reste dans quelque chose qui est trop en surface et qui ne prend pas aux tripes. Un comble pour un film sur des parasites dans les intestins. Et tout cela nuit clairement à l’ensemble.

Au final, Frissons est un film qui commence légèrement à dater. Là où d’autres films d’horreur ne vieillissent pas, ce ne sera pas le cas du film de David Cronenberg. Pour autant, on retrouve la patte de l’auteur. Cette faculté clinique à filmer les corps qui se déforment, à sonder l’âme humaine quand elle n’a plus le contrôle, tout cela forge la filmographie d’un auteur reconnu et intéressant. Il est juste dommage que le film ne soit pas plus incarné, plus fort dans ses thématiques, pour pleinement convaincre. En l’état, aujourd’hui, on fait face à un film qui manque d’émotion, qui manque de tripes, et c’est bien dommage.

Note : 09/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.