octobre 21, 2021
BD

Trenchfoot

Auteurs : Mud et Nicolas Ghisalberti

Editeur : Ankama

Genre : Action, Thriller

Résumé :

« Qu’est-ce qu’on ferait de tout ce fric si, du jour au lendemain, on devenait millionnaire ? »

Tout le monde s’est déjà posé cette question. Se payer une maison ? La caisse de nos rêves ? Un voyage autour du monde… ?

« Rien de tout ça », répondrait Sid Widow. Car ce type est un connard, et ça, tout l’or du monde ne pourrait rien y changer.

Avis :

C’est en 2011 que l’aventure Doggybags commence chez Ankama. Recueil de trois histoires violentes à la frontière des genres, aujourd’hui, la série compte pas moins de seize tomes et continue son petit bonhomme de chemin. Non content de ce succès, la franchise va se compléter avec des spin-off, des romans illustrés, et même des histoires simples qui rentreront dans cet univers. Un univers crasseux, déjanté, où la morale est laissée au placard au profit de réflexions crues sur l’être humain. Car oui, derrière son côté frontal, Doggybags propose de vrais chemins de réflexion. Dernier né de la franchise, Trenchfoot ouvre le bal des sorties de 2021, année qui commence de façon morne. Alors qu’en est-il de ce bled paumé et de ce Sid, vendu comme un connard patenté ? Eh bien en vérité, pas grand-chose.

Le récit commence de façon on ne peut plus rentre-dedans. Sid nous raconte les origines du nom de son bled paumé, et on aura droit à quelques illustrations dégueulasses d’amputions. Pas de doute, nous sommes bien en plein Doggybags. Très rapidement, on va voir la vie de Sid. Jeune homme complètement à côté de la plaque, détestant tout et tout le monde, sa vie gravite autour d’une prostituée gothique et cardiaque et de combats de chiens illégaux. Tricheur invétéré, magouilleur à ses heures perdues, il trouve un ticket de loto qui va lui permettre de toucher le pactole. Mais la vie semble en vouloir à Sid qui va avoir bien du mal à garder son magot et sa dignité. Dans les grandes lignes, c’est à peu près le scénario de cette histoire courte qui va aller droit au but et ne pas s’emballer dans des ressorts scénaristiques de folie.

Et cette simplicité, c’est un peu ce qui fait du tort à Trenchfoot. Si le personnage de Sid est plutôt bien présenté, nous proposant alors un voyage aux côtés d’un type désagréable au possible, les autres protagonistes sont des fantômes que l’on va croiser. La prostituée, l’organisateur des combats de chiens, ses deux gardiens, le barman ou encore un adversaire des combats, voilà à peu de chose de près ce que l’on aura à se mettre sous la dent. C’est peu et surtout, ils ne sont pas travaillés. A un tel point qu’à la fin, on rencontre un type dont on avait oublié son existence au fil des pages. Il y a un manque de profondeur qui fait que la BD se contente du minimum syndical et s’efforce juste de planter un décor glauque et triste autour d’un personnage principal cynique et détestable.

Sid est un connard, c’est vrai, mais il n’a aucune nuance et sa façon de penser est regrettable. Il faut accepter cela pour bien rentrer dans le trip et ce n’est pas aisé. Néanmoins, ce n’est pas ce qui pose le plus de souci. On peut comprendre son état d’esprit après qu’il se soit fait humilier, tabasser, voler. Il n’a pas une once de bonté en lui et il est bien décidé à prendre tout ce qu’il y a à prendre. Mais le format réduit d’un tome empêche de vraiment développer le personnage. Il n’a pas forcément un gros background. On rencontre vite fait son paternel et on sent que les liens ne sont pas au beau fixe, mais on ne sait pas trop pourquoi. Il manque vraiment quelques points d’appui pour apprécier le voyage en enfer de Sid.

Toutefois, il faut reconnaître un réel travail sur l’ambiance. L’aspect pauvre et glauque des rednecks est parfaitement retranscrit et le dessin, assez simple, aux lignes tremblotantes, colle à l’histoire. Il se dégage de la colorisation une véritable chaleur, une moiteur propre au bayou ricain. En ce sens, la BD explore bien ce côté des laissés pour compte, cette Amérique d’en bas qui se rêve des grandeurs qu’elle ne pourra jamais atteindre. C’est d’ailleurs là le principal sujet de l’histoire. Malgré les millions gagnés, Sid ne se sort de la merde, il s’y enfonce encore plus. Il loue une piaule. Achète une belle bagnole. Il se prend une grande télé. Puis il s’emmerde, attirant les convoitises de ses relations peu fréquentables. Un redneck reste un redneck toute sa vie. Et l’argent ne fait pas le bonheur. Voilà le principal message de Trenchfoot.

Ce qui est plutôt marrant avec ce genre d’exercice, faire de la morale tout en gardant en tête son côté bisseux, c’est qu’il y a vraiment des moments touchés par la grâce. A titre d’exemple, on peut évoquer la toute fin de l’histoire. En totale route libre, scénariste et dessinateur marchent main dans la main pour fournir un délire gore et horrifique au sein de l’hôpital. Le passage de la hache, avec aucun dialogue, est solide et cristallise finalement tout l’esprit Doggybags. Du sang, de l’action, la déroute et l’horreur de l’humanité. Trenchfoot est parfois parcouru de fulgurances inattendues et bienvenues, rehaussant un petit peu le niveau.

Au final, Trenchfoot est une bande-dessinée qui a du mal à prendre ses marques. Il s’agit d’un one shot qui manque de profondeur, qui n’est pas assez compact dans son intrigue pour vraiment nous emporter. Si on pourra lui compter des passages bien nerveux et intéressants, ainsi qu’une morale banale mais juste, il manque un petit truc pour devenir véritablement excellente. En l’état, nous faisons face à un agréable objet de lecture, régressif au possible, mais qui contient son lot de bons moments et qui reste dans l’esprit Doggybags. Et ça, les fans apprécieront.

Note : 12/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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