mai 26, 2024
BD

Avenir

Auteurs : Pierre-Roland Saint-Dizier, Pierre Benazech, Eliot

Editeur : Ankama

Genre : Dystopie

Résumé :

Dans un futur proche, l’intelligence artificielle est utilisée pour définir les prédispositions des enfants. Ce procédé mis au point par l’institut CentrAvenir détermine la voie professionnelle à suivre, ne laissant aucune place aux aspirations personnelles. Quand le jeune Matt est soumis aux tests, le constat est sans appel : c’est un potentiel fauteur de troubles, qui doit être placé dans un centre spécialisé. Sa famille va alors tout tenter pour le soustraire à cet avenir funeste, mais la liberté a un prix qu’elle n’est peut-être pas prête à payer…

Avis :

S’il y a bien un sujet qui inquiète fortement les créateurs, mais aussi certaines têtes pensantes, c’est l’intelligence artificielle. En effet, depuis quelques temps maintenant, on peut l’utiliser à presque toutes les sauces, pour faire des dessins, pour inventer des textes, ou encore pour aider au recrutement dans certains emplois. Et cela fait peur car ça pose la question du libre arbitre et de l’humanité. En effet, les failles de l’intelligence artificielle sont bien voyantes, mais certains semblent s’en accommoder, au point de n’utiliser que ça, et de faire en cette technologie une perspective d’avenir. Avenir est d’ailleurs le titre de la BD qui nous préoccupe aujourd’hui, avec une couleur particulière pour le A et le I, les initiales de l’Intelligence Artificielle. Un sujet qui a interpellé les deux scénaristes, en mettant en parallèle le futur de nos enfants, ainsi que la liberté de choisir son futur.

D’entrée de jeu, la BD nous propose de suivre deux parents qui sont inquiets pour l’avenir de leur fils. Nous sommes en 2037, et tous les enfants, avant de rentrer à l’école, doivent répondre à un questionnaire généré par une intelligence artificielle pour les orienter vers un métier prédéfini en fonction de leurs compétences. Mais pour Matt, la donne va être différente, puisque le logiciel lui détecte un trouble du comportement, et il se pourrait bien que plus tard, il soit un fauteur de troubles. Afin d’éviter cela, il va être envoyer dans un centre spécialisé, ce que refusent ses parents. Mais la loi est inévitable, et seul Stéphane, l’oncle journaliste de Matt, peut faire bouger les choses en menant une enquête et en faisant un article percutant. Mais pour certains, l’utilisation de l’IA est une aubaine, permettant de ne pas choisir, et donc de ne pas avoir de responsabilités.

Le scénario de cette bande-dessinée est très intéressant, et il est surtout très malin. Le début met en avant une famille qui est dévastée par l’orientation du petit dernier. On va y suivre une arrière-grand-mère addict à la réalité virtuelle, une grand-mère qui ne sait plus trop quoi faire, et une fratrie qui se déchire un peu, entre une mère courage qui va intégrer un groupe d’anti-IA considéré comme terroriste, un frère journaliste qui va tenter de faire bouger les choses, et un autre frère qui passe sa vie sur les jeux en réseau, dans l’espoir de devenir un champion et de connaître la gloire sur le net. Tout ce petit monde va essayer de se réunir pour « sauver » le futur de Matt, qui a pourtant une idée fixe en tête, devenir graphiste. Un avenir qui est bloqué par l’IA qui lui détecte son trouble.

A partir de là, les scénaristes vont montrer toutes les dérives possibles de l’utilisation de l’intelligence artificielle. L’histoire pose alors la question de la liberté. Sommes-nous vraiment libres ? Et qu’est-ce que la liberté ? L’IA se pose comme un confort pour certains, puisqu’elle impose un avenir, et à quelque part, elle enlève toutes les responsabilités qui vont avec des choix personnels. L’échec n’est plus de mise. Le chômage est au plus bas. Tout cela fait les affaires de l’état, qui voit en l’IA une manière détournée d’imposer une marche à suivre, un peu comme une dictature. D’ailleurs, on voit bien que lorsque Stéphane poste son article, il se fait tabasser par des types qui veulent garder l’IA, certainement pour garder la mainmise sur l’avenir du peuple. Difficile de ne pas y voir une projection de nos jours, avec toutes les manifestations qui sont violemment réprimandées.

La BD a une tonalité très pessimiste sur presque toute sa longueur. On va y voir deux personnages qui ont du mal à se détacher d’une vie virtuelle. Soit par choix d’une vie meilleure, soit par addiction et notoriété. Mais on va surtout y voir une sorte de réseau terroriste se développer pour lutter contre cette IA qui dirige finalement le futur de la population. En faisant cela, on voit bien l’envie de parler de libre-arbitre, de choix personnels, mais aussi et surtout de faire passer son envie avant ses capacités primaires. Le monde est-il plus heureux en faisant un métier dont il est capable, plutôt qu’un métier dont il a envie ? L’échec n’est-il pas non plus un moteur de réussite ? Bref, Avenir pose tout un tas de questions qui donnent du grain à moudre, et qui ne fait pas briller le soleil pour notre futur proche.

Et pourtant, malgré la noirceur de l’ensemble, et le désespoir qui semble étreindre les personnages, les deux scénaristes, ainsi que le dessinateur, ont décidé de terminer leur BD sur une fin radieuse et prometteuse. On va avoir un final qui tranche nettement avec le reste, prouvant que les luttes sont nécessaires, et que parfois, on peut gagner contre Goliath. Une fin qui permet de faire écho avec le titre de l’album, qui aurait pu s’appeler Liberté, mais qui se fait plus marquant comme cela, laissant espérer que l’humanité reconnaitra les méfaits de l’IA dans certains domaines, et qu’il faut, envers et contre tout, écouter nos cœurs plus que nos cerveaux de temps à autre.

Au final, Avenir est une BD forte et intelligente, qui questionne constamment le lecteur sur les perspectives d’avenir que peut laisser une IA. Dystopique dans son fond, tout en gardant un aspect très terre à terre sur un futur probable, Avenir a l’intelligence (non artificielle) de ne pas être nihiliste et de mettre en avant des personnages qui vont se transcender pour faire parler leur cœur et renouer avec l’essentiel, l’humain.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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