mai 26, 2024

M3GAN – Chucky 2.0

De : Gerard Johnstone

Avec Allison Williams, Violet McGraw, Ronny Chieng, Amie Donald

Année : 2022

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

M3GAN est un miracle technologique, une cyber poupée dont l’intelligence artificielle est programmée pour être la compagne idéale des enfants et la plus sûre alliée des parents. Conçue par Gemma, la brillante roboticienne d’une entreprise de jouets, M3GAN peut écouter, observer et apprendre tout en étant à la fois l’amie et le professeur, la camarade de jeu et la protectrice de l’enfant à qui elle est liée. Quand Gemma devient tout à coup responsable de sa nièce de 8 ans, Cady, dont les parents sont soudainement décédés, elle n’est absolument pas prête à assumer son rôle. Débordée et sous pression au travail, elle décide de lier le prototype M3GAN encore en développement à la petite fille, dans une tentative désespérée de résoudre ses problèmes sur ces deux fronts. Une décision qui va entraîner d’épouvantables conséquences.

Avis :

Aujourd’hui, dans le cinéma d’horreur mainstream, on retrouve deux artisans qui travaillent de temps en temps ensemble. D’un côté, on a Jason Blum, et sa maison de production Blumhouse, qui souffle le chaud et le froid avec beaucoup de films et peu de qualité. De l’autre, on a James Wan, qui s’est connaître avec Saw et The Conjuring, et qui maintenant, entre deux réalisations, produit aussi des films avec plus ou moins de succès. Forcément, quand les deux s’associent pour faire un nouveau film d’horreur, on peut être attiré par le produit, comme on peut être réticent face à quelque chose de trop grand public. Avec M3GAN, les deux messieurs ont souhaité faire un Chucky 2.0, mais avec un fond différent. Ici, point de fantastique à proprement parlé, mais une critique des nouvelles technologies et de notre dépendance à cette dernière.

Le film raconte l’histoire d’une jeune femme qui bosse pour une société de jouets, et elle est obsédée par les nouvelles technologies. A un tel point que son dernier prototype est une poupée de la taille d’un enfant, dotée d’un processeur d’apprentissage, se comportement presque comme une personne réelle. Ayant tous les feux verts pour développer son idée, elle va se faire rattraper par son ambition lorsque son robot échappe à son contrôle et devient un dangereux psychopathe. Le pitch de base est assez simple, et il fallait rajouter un peu de drame dans tout ça avec une petite fille qui a perdu ses parents, et qui va trouver en M3GAN un réconfort insoupçonné. De ce fait, le film interroge sur notre rapport aux nouvelles technologies, et surtout au fait qu’elles puissent nous remplacer sur certaines tâches et certains rapports qui devraient rester humains.

« On reste sur un schéma trop classique pour pleinement nous satisfaire. »

Le début est assez déroutant, car il montre comment la petite fille devient orpheline et va devoir cohabiter avec une tante obsédée par son métier et son prototype. Les présentations sont assez rapides, d’autant plus que les personnages rentrent dans des clichés assez pénibles. La petite fille traumatisée, la tante carriériste qui ne sait pas comment communiquer avec la petite et jongler avec son métier, les seconds rôles qui gravitent autour avec le manager stressé et un peu con sur les bords, ou encore les amis qui sont effacés. Bref, pas besoin de faire de chichi, mais malheureusement, le film va en faire des caisses et trainer en longueur sur ces passages d’apprentissage. Même lorsque M3GAN arrive, on reste sur un rapport plutôt dramatique, qui apporte une dimension curative à la poupée. Cela aurait pu amener de la nuance à l’antagoniste, mais ce ne sera pas le cas.

En effet, que ce soit dans l’affiche ou dans le pitch, on sait pertinemment que la menace est la poupée et qu’elle va devenir méchante. Du coup, cela ne sert à rien de montrer un aspect gentil pendant de longues minutes, puisqu’on sait qu’elle va mal tourner, et vu notre conjoncture actuelle, son accès à internet aurait dû suffire à la rendre complètement maboule. Le film perd alors du temps et plante des personnages insipides dont on se demande comment le body count va pouvoir évoluer, car aucun des personnages n’est sacrifiables, surtout dans le domaine du film d’horreur mainstream. Si on se doute que les personnages secondaires seront des proies de choix, on reste sur un schéma trop classique pour pleinement nous satisfaire. Et on ne va pas se tromper. Les types insupportables vont crever, les insipides seront en danger, et on aura quelques personnages ajoutés pour le reste.

« Le film montre aussi notre dépendance à ces nouvelles technologies. »

Et en ce qui concerne l’horreur pure, M3GAN est un film très timide qui ne suscitera jamais le moindre frisson. Certes, la poupée flirte avec la vallée de l’étrange, mais elle reste assez mal exploitée dans le sens où le danger est mal représenté. A titre d’exemple, on peut parler du premier meurtre qui demeure très timide en matière de gore, et cet adage sera le syndrome même du film. Les amateurs de sanglant seront bien déçus, avec à peine cinq meurtres qui seront expédiés manu militari, avec en prime, très peu d’originalité. Les seules choses qui feront un peu frissonner concerneront les déplacements de la poupée, tantôt animaliers, en courant à quatre pattes, tantôt dansants, montrant sa folie et son détachement quant à ses actes criminels. Mais cela reste un petit lot de consolation dans un film qui est finalement trop long pour ce qu’il montre.  

Mais, s’il y a bien une chose que l’on ne peut enlever au film, c’est sa volonté de mettre du fond dans le scénario. Bien évidemment, le film pointe du doigt les avancées technologiques qui peuvent faire froid dans le dos. Cela résonne d’actualité, avec l’avènement des Intelligences Artificielles, et on peut se poser la question de jusqu’où va aller l’être humain dans ce domaine. Mais le film montre aussi notre dépendance à ces nouvelles technologies, avec notre incapacité à se détacher de certaines choses, ici d’une poupée qui prend lieu et place d’un parent. On évoque aussi le rapport humain. Est-il plus plaisant de parler à une IA qui va nous comprendre, qu’à un humain qui nous met face à nos erreurs ou nous confronte ? En ça, M3GAN est suffisamment bien écrit pour sortir un peu du lot du tout-venant horrifique moderne, souvent vide de sens.

Au final, M3GAN est un film d’horreur qui ne se cache pas de viser un grand public, et qui donc soigne sa mise en scène en oubliant de créer quelque chose de plus protéiforme et viscérale. On se retrouve face à un produit visuellement fade, où les meurtres sont édulcorés et où il manque clairement des personnages plus forts. Cependant, l’écriture globale du film est plutôt intéressante, interrogeant sur des points d’actualité qui peuvent devenir une réalité pas si éloignée que ça. Bref, le film souffle le chaud et le froid, et cette tiédeur peut décevoir comme elle peut réjouir l’amateur d’horreur qui est en manque.

Note : 11/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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