juillet 15, 2024

Child’s Play – La Poupée du Mal – Chucky 2.0

Titre Original : Child’s Play

De : Lars Klevberg

Avec Aubrey Plaza, Gabriel Bateman, Brian Tyree Henry, Tim Matheson

Année : 2019

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Karen, une mère célibataire, offre à son fils Andy une poupée, ignorant tout de sa nature sanguinaire et violente.

Avis :

Sorti en 1988, Jeu d’Enfant de Tom Holland va créer la surprise et offrir au public un boogeyman de légende en la personne de Chucky. Réinventant le film de poupée tueuse et possédée, le film va devenir une franchise, avec tout d’abord pas moins de deux suites (qui seront moins bien), puis des années plus tard, on va retrouver la poupée dans diverses aventures, que ce soit avec sa fiancée ou son fils. Se transformant de plus en plus en comédie horrifique plutôt qu’en vrai film d’horreur, il aura fallu attendre un long moment avant que les producteurs se décident à faire un remake, et non pas une énième suite. Ainsi donc, c’est en 2019, et sous l’œil de Lars Klevberg que Chucky revient avec de nouveaux traits et des thèmes bien plus contemporains.

En effet, ici, exit le vaudou, les incantations magiques et l’âme d’un tueur en série qui se projette dans une poupée, on sera plus terre à terre avec un ingénieur qui va trafiquer une puce électronique afin de désinhiber un jouet qui apprend tout sur internet. Cette nouvelle mouture de Child’s Play se veut plus moderne, évoquant alors le danger des intelligences artificielles et des appareils connectés, ainsi que le libre-arbitre de l’être humain, devenant de plus en plus dépendant de ces nouvelles technologies. Un point d’appui malin donc, qui permet au film de se détacher de ses aînés, mais auquel il va manquer une chose essentielle, que l’on ne retrouve quasiment plus dans les films d’horreur d’aujourd’hui, une sorte de candeur et de franchise.

« Le scénario est relativement bien écrit. »

Le scénario est relativement bien écrit. L’histoire est simple et fluide, et la tension monte crescendo, jusqu’à un final qui crée la panique et se veut relativement dense. Après l’introduction qui évoque la naissance de cette poupée (et démontre des conditions de travail dégueulasse dans un pays asiatique), on va faire la connaissance d’une mère célibataire et de son fils, qui souffre d’un handicap. Les deux vivotent dans un appartement pas très reluisant, et la vie d’Andy n’est pas joyeuse, puisque l’amant de sa mère le déteste et il a du mal à se faire des amis dans le quartier. Sans jamais en faire des caisses, le script propose une vision crédible et simpliste d’un ado en plein spleen qui va trouver en Chucky une amitié étrange, mais indéfectible. On ressent de l’empathie pour cette mère courage qui tente de rendre son gamin par tous les moyens.

Alors oui, ce n’est pas non plus la panacée, et on voit bien que le bât blesse dans les personnages secondaires, qui seront plus de la chair à canon qu’autre chose. Mais pour autant, rares sont les films d’horreur d’aujourd’hui qui prennent le temps de présenter des personnages attachants, crédibles, et qui ne font pas de choix débiles. De plus, Aubrey Plaza et Gabriel Bateman sont bons dans leurs rôles respectifs. Ils arrivent à former un « couple » qui s’entraide pour outrepasser une vie pas souvent facile, entre boulot pénible et difficulté à se faire des amis dans un nouveau quartier populaire. Il est juste dommage que l’évolution du garçon stagne un peu, et que certains moments vont de trop grosses ellipses, à l’image de Chucky qui va changer de propriétaire, entrainant une bagarre inutile entre deux gamins.

« Ce film va tout de même renouer avec un gore décomplexé. »

Au-delà de ça, il est bien évident que le film brasse des thèmes contemporains, avec l’avènement d’internet et des intelligences artificielles qui viennent piocher dans le cloud pour apprendre plus vite. Il en résulte une montée progressive de la violence chez Chucky, en commençant par zigouiller un chat, pour aller de plus en plus loin dans la perversion. Un choix assumé qui rejoint une part de réalité (cf l’intelligence artificielle qui est devenue raciste après quelques heures sur Twitter). Même si ça reste facile de taper là-dessus, cela permet de changer de l’aspect fantastique vaudou du film de 1988. Et même si on regrette l’absence d’une certaine candeur, avec le côté ésotérique qui passe à la trappe, cela reste plutôt bien vu de remettre Chucky sur les rails de quelque chose de plus contemporain.

Même si tout n’est pas parfait dans ce film, on va tout de même renouer avec quelque chose qui manquait, par exemple, à M3GAN, un gore relativement décomplexé. Au fur et à mesure du film, Chucky devient de plus en plus violent, et ses meurtres seront de plus en plus élaborés. S’il tue des personnes détestables, à l’instar du beau-père violent ou du concierge voyeuriste, il y met les formes et on aura droit à quelques effets bien sales. Cela se retrouve dans une séquence finale en pleine foule, où le film part en sucette, et n’hésite à toucher des enfants. Certes, on reste dans le domaine du mainstream en matière d’horreur, mais il y a des éléments qui prouvent que Lars Klevberg ne sombre pas non plus dans le tout-venant et souhaite bousculer un peu les codes, ce qui fait plaisir.

« la mise en scène reste assez calibrée. »

Néanmoins, on peut aussi mettre de l’eau dans notre vin, puisque malgré quelques réjouissances, le film a un défaut majeur, il ne fait pas peur. Déjà, la tronche de Chucky ne va pas vraiment. On flirte avec la vallée dérangeante, mais son faciès est plus ridicule qu’effrayant. Et d’ailleurs, qui voudrait d’une poupée avec cette tête ? De plus, malgré les meurtres et la montée crescendo de la folie de la poupée, on reste sur des moments attendus, où la peur est aux abonnées absentes. Il manque une ambiance plus délétère, plus prégnante. Filmer un vieil immeuble dans la grisaille ne suffit pas à créer une atmosphère pesante. Il manque un réel jeu dans les lumières et la mise en scène reste assez calibrée, ne sortant jamais de sa zone de confort, et c’est plutôt dommage…

Au final, Child’s Play – La Poupée du Mal est un remake qui s’avère relativement réussi, surtout si l’on jette un œil sur les films d’horreur récents. Certes, il est imparfait, avec une ambiance trop pépère et une peur qui n’est pas présente, mais on peut saluer les quelques effet gores, le scénario plutôt malin avec des personnages attachants et des thèmes remis au goût du jour qui permettent à Chucky de retrouver un peu de couleur. Et si on est loin de l’original, qui semble indétrônable avec son aspect « doudou », on est tout de même sur une surprise inattendue et plutôt plaisante.

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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