décembre 9, 2021

La Nuit du Loup-Garou

Titre Original : The Curse of the Werewolf

De: Terence Fisher

Avec Oliver Reed, Clifford Evans, Yvonne Romain, Anthony Dawson

Année: 1961

Pays: Angleterre

Genre: Horreur

Résumé:

Espagne. XVIIIème siècle. Fils du sadique baron Siniestro et de la servante sourde et muette dont il a abusé, Leon est adopté par un vieux professeur, Alfredo Carido. Mais en grandissant, le jeune homme a de plus en plus de mal à refréner ses pulsions meurtrières, qui le poussent à commettre des atrocités, au point de se transformer les nuits de pleine lune…

Avis :

En 1961, tout ce que touchait le réalisateur Terence Fisher se transformait alors en or. Depuis son premier succès, Frankenstein s’est Echappé en 1957, l’homme n’a plus jamais lâché la caméra, faisant parfois quatre films en une seule année (1959), et la Hammer a rapidement vu une manne exponentielle pour ses futurs projets. Et ce ne sont pas des films comme Le Cauchemar de Dracula, Les Maîtresses de Dracula, La Malédiction des Pharaons ou Le Chien des Baskerville qui nous feront dire le contraire. En 1961, Universal a toujours les droits du Loup-Garou et possède un script issu du livre Le Loup-Garou de Paris de Guy Endore. En voyant les succès successifs de la Hammer et de Terence Fisher, la firme américaine confie cela au scénariste Anthony Hinds, alors patron de la Hammer, pour refaire un film sur le Loup-Garou. Et c’est ainsi que va naître l’une des plus belles créatures du septième art.

Car si Le Loup-Garou de George Waggner (1941) était une belle réussite, Terence Fisher va poser son intrigue dans un monde réaliste, cruel, nihiliste au possible, enfin d’en extraire un film d’une grande noirceur, mais possédant un message social important. Car oui, ce film va marquer une étape charnière pour la Hammer, la naissance d’un fantastique matérialiste, s’ancrant vraiment dans une réalité possible. D’ailleurs, on remarquera que ce film possède dès le départ une lumière très naturelle. Exit les rouges tranchés, les verts dominants ou encore le bleu trop puissant, ici, tout sonne vrai. Alors bien entendu, cela est dû au changement de chef de la photographie, mais pas seulement, Terence Fisher voulant vraiment rendre ce film le plus véritable possible. D’un point de vue technique, La Nuit du Loup-Garou est une réussite, s’écartant volontairement d’un gothique exacerbé si proche d’un Dracula, mais aussi d’un expressionisme allemand qui n’a plus tellement sa place. Sur ce métrage, ce qui compte, c’est le rendu réaliste, le message, et la puissance évocatrice de ce monstre, nous renvoyant à nous, ce que nous sommes vraiment, nous, les supposés humains.

Et afin de nous renvoyer à notre propre existence, Terence Fisher n’hésite pas un seul instant à rendre son film le plus sombre possible, que ce soit dans l’ambiance ou dans les personnages. En premier lieu, l’atmosphère du film est très sombre, très noire. On va y voir une société à deux vitesses, où un baron inhumain fête son mariage dans la débauche et l’humiliation, alors que le peuple se meurt à petit feu. On va aussi avoir droit à des traitements ignobles, allant de l’humiliation, au viol, à la malédiction, à la moquerie, tous les aspects déviants de l’être humain sont réunis dans ce film, afin de bien mettre en évidence une société qui va mal. Et cela va se voir jusque dans les faciès des personnages, à l’image de ce pauvre mendiant qui va se transformer progressivement en bête, ou de ce baron, complètement fou, qui va devenir un monstre pustuleux et ignoble. On notera aussi des prostitués, des gardes peu regardants ou encore des pères de famille sans scrupule, exploitant des gens pour une production de vin et forçant sa fille à se marier avec un homme riche. Bref, que ce soit dans les actions ou dans les physiques des personnages, l’atmosphère du métrage est très noire, ne laissant que peu de place au bonheur.

Mais le plus important dans ce film, c’est clairement le message que veut faire passer Terence Fisher. Dans La Nuit du Loup-Garou, tout est une question d’échelle sociale. En effet, le monstre est invisible au départ, on ne voit qu’un mendiant qui souhaite se nourrir et qui va se faire humilier par un baron. C’est alors que petit à petit, ce mendiant va devenir un animal en cage, avec pour seule amie, une jeune fille muette. Dépourvu alors de la parole, considéré comme une bête, ce mendiant va se transformer physiquement. En l’état, le réalisateur montre alors que le monstre nait de la différence sociale et du peu de cas que l’on fait des pauvres. Cette différence va se retrouver bien plus tard dans le film, où Oliver Reed (incroyable tant il incarne avec physique la bête), petit prolétaire, va se voir refuser l’amour d’une jeune femme par son père, qui veut la marier à un homme riche. La transformation se fait alors, là aussi à cause d’un problème social. Et c’est là-dessus que le film est formidable, puisque tout en gardant son aspect horrifique et délétère, le cinéaste a réussi à y glisser un sous-texte humaniste important et malheureusement toujours d’actualité de nos jours. La bête est humaine.

Et c’est d’autant plus prégnant que finalement, cette bête, qui tue à tout va avec une certaine sauvagerie, va créer chez le spectateur un double sentiment. En premier lieu, on va détester cette créature qui tue, parfois même ses meilleurs amis, et qui ne semble rien éprouver, écoutant finalement ses instincts primaires. Mais on va aussi souffrir avec elle. D’une part par l’incarnation parfaite d’Oliver Reed, mais aussi par la souffrance qu’elle exprime, notamment à la fin, alors qu’elle essaye d’échapper à une foule en colère. Le passage finale est d’une émotion intense et possède une belle poésie, renvoyant au tout début du film, à ces yeux de loup-garou larmoyant. C’est beau, c’est fait de façon intelligente et surtout, on ne peut qu’être ébahi devant ce mélange d’horreur et de poésie, qui n’est pas sans rappeler un certain Jean Cocteau avec son film La Belle et la Bête, le maquillage faisant immédiatement référence à ce film. Car oui, La Nuit du Loup-Garou possède certainement le plus beau loup-garou du septième art.

Au final, La Nuit du Loup-Garou est un chef d’œuvre bien trop rare. C’est un film qui mérite vraiment son statut de film culte et on ne peut que remercier Elephant Films pour cette version en haute définition. Le film de Terence Fisher fait partie de ces métrages cultes qui allient à la perfection l’horreur à la poésie, tout en y incluant un message sociétal fort, une chose devenue trop rare de nos jours. Bref, certainement l’un des meilleurs films de loup-garou de tous les temps.

Note : 19/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=_u28lgfZiGw[/youtube]

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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