janvier 19, 2021

Enragé

Titre Original : Unhinged

De : Derrick Borte

Avec Russell Crowe, Caren Pistorius, Gabriel Bateman, Jimmi Simpson

Année: 2020

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller

Résumé :

Mauvaise journée pour Rachel : en retard pour conduire son fils à l’école, elle se retrouve coincée au feu derrière une voiture qui ne redémarre pas. Perdant patience, elle klaxonne et passe devant. Quelques mètres plus loin, le même pick up s’arrête à son niveau. Son conducteur la somme de s’excuser, mais elle refuse. Furieux, il commence à la suivre… La journée de Rachel se transforme en véritable cauchemar.

Avis :

De nos jours, rares sont les thrillers qui vont droit au but et ne prennent pas des plombes à démarrer. Sans que cela soit vraiment un reproche, mais de nombreux réalisateurs pensent qu’il faut s’appesantir sur les personnages et des relations factices pour créer de l’empathie. Sauf que parfois, aller droit au but fait du bien, et permet de livrer un film sec et rêche. C’est par exemple le cas pour Enragé de Derrick Borte, sorti au cinéma cet été. Ne lambinant pas pour secouer du vide, le film file en ligne droite, à toute berzingue, à la manière de ce pick-up destructeur commandé par un fou furieux. Bête comme ses pieds mais jouissif à plus d’une raison, retour sur un thriller qui évoque les bisseries des années 80.

  • La route, la mort

Le démarrage du film annonce la couleur. On y voit un type qui retire son alliance, sort de sa voiture avec de l’essence et un marteau, défonce une porte et dézingue tout le monde à l’intérieur avant de foutre le feu à la baraque. La présentation de l’antagoniste est faite. Pas besoin de plus pour ressentir la colère et la folie de cet homme qui n’aura pas de nom durant tout le métrage. Un monsieur tout le monde qui pète un plomb à cause d’un divorce douloureux et d’une société pour laquelle il existe à peine. Dégraissé jusqu’à l’os, la présentation de ce personnage ne nécessite pas plus de précisions pour le placer comme une sorte de boogeyman borderline. Après un générique qui évoque les malaises de notre société, animé par quelques sections de road rage, le film va présenter l’héroïne, une mère de famille coiffeuse, en plein divorce et complètement débordée.

Ici, on va être dans un véritable miroir. Car si l’un pète un plomb, ne gérant plus sa frustration dans un monde qu’il considère comme perdu, l’autre va tout faire pour remettre sa vie sur des rails confortables. Il faut dire qu’il lui reste un fils aimant et son frère avec qui elle vit et qui semble fort sympathique. Dans ce schéma, on va vite comprendre qui est la proie et qui est le prédateur. Et le plus drôle, c’est finalement le déclencheur de ce jeu de massacre, un coup de klaxon. Un fait comme on en voit tous les jours qui aboutit à une course-poursuite mortelle, où la pauvre victime se fait poursuivre par le requin. Il n’est d’ailleurs pas étrange que Derrick Borte ait pris pour exemple Duel et Les Dents de la Mer, tant ce psychopathe ressemble à un grand blanc plein de dents.

  • Ligne droite

Si les présentations des personnages sont relativement sommaires, elles se suffisent finalement à elles-mêmes. On n’a pas besoin d’en savoir plus sur le tueur pour le rendre antipathique, tout comme on n’a pas besoin de savoir les raisons du divorce de cette femme pour ressentir de l’empathie. Elle se bat pour sauver les siens et tente désespérément de survivre face à un monstre qui ne connait plus aucune limite. Et en ce sens, le film file tout droit, sans jamais s’arrêter. Encore une fois, tout comme les personnages, le script est sec, réduit à son minimum. Et c’est un énorme avantage sur un thriller comme celui-ci, qui ne fait aucune concession. Les meurtres s’enchainent avec une certaine jouissance, on ne perd pas de temps dans des séquences inutiles et le réalisateur n’oublie jamais de fournir du spectacle. Un spectacle qui se ressent sur les scènes de carambolages ou sur certains crimes bien pensés et percutants. Le coup de la voiture de flic qui se fait écraser par un poids lourd, ou encore cette séquence à la station-service où un pauvre hère se fait percuter par une bagnole sont autant de séquences inattendues et surprenantes.

Néanmoins, le fait d’aller aussi vite et de ne pas s’octroyer du temps pose un problème, la cohérence du scénario. Plus d’une fois, on se demande comme ce tueur arrive à s’en sortir ou comment il fait pour retrouver ses proies. On aura un semblant de réponse avec la géolocalisation des téléphones et tablettes, mais ça reste une pirouette un peu trop facile. Tout comme on se demande comme ce fou furieux a pu récupérer le téléphone de sa proie, ou comment il a obtenu la voiture de la voisine. De même, certains passages sont invraisemblables, tout ce moment où il s’amuse à transférer de l’argent d’un compte à l’autre avec le téléphone de la victime, où il retrouve toutes les adresses, sans jamais taper un code de sécurité. On ressent l’envie de démontrer tous les vices dont souffre le tueur, mais c’est parfois trop tiré par les cheveux. Et cela joue des tours sur la cohérence de l’ensemble.

  • Russell grogne

Cependant, le film gagne encore des galons avec les performances d’acteur. Si Russell Crowe n’était absolument pas chaud pour jouer un psychopathe dépourvu d’humanité, ce qu’il n’a jamais fait de sa carrière, il va relever le défi haut la main. Imposant, massif, tout transpirant et soufflant comme un bourrin, l’acteur est tout simplement parfait dans ce rôle, où il surjoue un peu par moment, pour mieux symboliser la folie. Si au départ, Nicolas Cage était prévu, force est de constater que ce rôle va comme un gant à Russell Crowe. Pour jouer la victime, cette pauvre mère sans défense, c’est Caren Pistorius qui a obtenu le rôle au milieu de soixante autres actrices. La jeune comédienne, choisie par Russell Crowe himself, est excellente. Elle correspond à une personne lambda et ses émotions sont parfaitement retranscrites. Elle est à la fois fragile et va devoir se battre comme une lionne pour sauver son fils des griffes du monstre qui ne connait aucune limite. Petit bémol sur les rôles secondaires par contre, qui sont fonctionnels et n’ont pas assez de carrure. Mais en avions-nous vraiment besoin ?

Au final, Enragé se pose comme un excellent film de série B. Dégraissé jusqu’à l’os, allant uniquement à l’essentiel pour mieux percuter le spectateur, le film de Derrick Borte jouit d’une bonne mise en scène et d’un dynamisme éreintant. Russell Crowe, magistral dans sa prestation, montre quel monstre notre société peut créer. Si le film n’est pas exempt de défauts, il a le mérite de renouer avec ces films rugueux des années 80 qui manquent terriblement aujourd’hui, où tout est lisse et formaté.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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