novembre 30, 2022

All That Remains – Victim of the New Disease

Avis :

Le deuil, malgré la douleur et l’absence qu’il cause, est aussi un moteur incroyable d’inspiration et d’exutoire. Que ce soit un ami, quelqu’un de sa famille, un proche, de nombreux groupes se sont inspirés de cette perte pour faire des albums à thèmes et s’en servir comme d’un exutoire ou un hommage à l’être perdu. L’année dernière, après la perte de sa femme, Jonathan Davis de Korn avait sorti The Nothing, un album bouleversant. Mais l’année d’avant, en 2018 donc, le groupe américain de Metalcore All That Remains perdait, de façon brutale, leur guitariste et fondateur Oli Herbert. Le groupe sortait alors de Madness, en 2017, qui fut très froidement accueilli, la faute à un changement de style radical, passant du Metalcore à un Hard rock radiophonique qui n’était pas au goût des fans de la première heure. De ce fait, le groupe a vite réagi en écrivant d’autres morceaux et en composant sur la route. Et malgré le décès d’Oli, le groupe a eu le temps d’enregistrer Victim of the New Disease, qui sera donc le dernier album du guitariste disparu. Un album qui risque de laisser des traces, notamment parce qu’il intervient dans des conflits d’intérêt entre la veuve et le groupe, cette dernière réclamant de l’argent alors qu’elle est suspecte dans la mort de son mari. Bref, si les faits sont intéressants, malheureusement, l’album l’est un peu moins.

Le skeud s’ouvre pourtant sur une grosse surprise. Fuck Love est un pur gros délire Metalcore. Phil Labonte montre qu’il a encore de l’éclat dans la voix et peut se permettre de faire du chant crié ou une sorte de crissement pour appuyer la violence du morceau. Non seulement ça tape fort, mais en plus c’est bien maîtrisé. C’est très surprenant de la part du groupe, qui avait montré une volonté de partir vers quelque chose de plus mainstream et qui lâche ici les chevaux d’entrée de jeu. Néanmoins, tout n’est pas parfait dans ce morceau. On a l’impression que la fin du titre a été rajoutée pour rallonger la durée et ce n’est pas très fin. Tout au long de cet album, on retrouvera des morceaux qui nous donneront envie de headbanger dans tous les sens. Blood I Spill démarrera sur les chapeaux de roues et encore une fois, le groupe s’accorde à faire du metalcore de qualité et relativement bourrin. Les riffs sont assassins, le rythme est puissant et le chanteur s’en donne à cœur joie avec sa voix. Le seul problème va venir du refrain. Il se veut catchy, entêtant et rentre dans la case des moments un peu mous qui ne s’accordent pas forcément avec l’ambiance générale du titre. Il y a une sorte de rupture qui manque de mordant et le groupe retombe dans ses travers de faire du Métal commercial un peu trop complaisant. On retrouvera le même schéma avec Wasteland, malgré la présence d’un break très efficace qui sera la marque de fabrique de ce titre mine de rien efficace et relativement fédérateur. Toujours dans le même style, Misery in Me s’avère plutôt sympathique et I Meant What I Said se veut un moment angoissant et puissant.

Cependant, malgré toute la violence que l’on peut trouver dans cet album, All That Remains a toujours tendance à retomber dans ses défauts et à proposer des moments qui sont trop téléphonés, trop simplistes et qui fleurent bon le American Way of Life. Parmi ces morceaux, on peut citer Everything’s Wrong qui est le deuxième titre de l’album et qui démarre de façon toute douce avant de produire des riffs brutaux, mais pour aboutir finalement à un chant clair désincarné et un refrain générique as fuck. Alors Phil Labonte a une superbe voix, mais ça manque de prise de risque et ça lorgne parfois vers Five Finger Death Punch, la fougue en moins. Alone in the Darkness sera la ballade de l’album, le moment calme et cucul la praline, puisqu’il en faut à chaque fois dans les albums de All That Remains. On ne peut pas dire que ce soit nul, mais ça reste tellement calibré que ça n’émeut même pas, et on reste en dehors du titre. On ressentira exactement la même chose avec Just Tell me Something, en duo avec Danny Wordsnop d’Asking Alexandria. C’est joliment interprété mais ça reste sans imagination, on a l’impression d’avoir déjà écouté un truc comme ça des millions de fois. On pourrait presque croire que ce titre a été fait pour sortir à la radio et du coup vendre l’album. Et puis notons aussi une grosse faute de goût sur I Meant What I Said, où de l’autotune sera très mal employé, ne donnant aucun relief et n’apportant aucune saveur particulière.

Au final, Victim of the New Disease, le dernier album en date de All That Remains, est un effort qui n’est pas désagréable et qui marque même un petit retour aux sources pour le groupe. Mais ce neuvième album est plombé par des titres qui ne prennent pas de risque et des structures souvent similaires qui reviennent à chaque fois et qui manquent de mordant. Si la formation se retrouve sur quelques titres, cela reste bien trop frileux pour totalement nous emporter, et c’est bien dommage. Bref, ce n’est pas mauvais, mais ça reste très calibré, peut-être même trop.

  • Fuck Love
  • Everything’s Wrong
  • Blood I Spill
  • Wasteland
  • Alone in the Darkness
  • Misery in Me
  • Broken
  • Just Tell me Something feat Danny Worsnop
  • I Meant What I Said
  • Victim of the New Disease

Note: 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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