janvier 22, 2022

The Room

De : Tommy Wiseau

Avec Tommy Wiseau, Greg Sestero, Juliette Danielle, Philip Haldiman

Année : 2003

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

Follement amoureux de sa fiancée, Lisa, Johnny ne réalise pas qu’elle est malheureuse…

Avis :

En 2003, Tommy Wiseau signait The Room, une daube absolue, qui a gagné au fil du temps le statut de « pire film de tous les temps ». Très vite, une énorme communauté de fans s’est mise à aduler cette œuvre, qui, grâce à ça, a résisté aux années. Avec The Disaster Artist, livre de Greg Sestero, adapté au cinéma par James Franco, qui retrace la conception de The Room, Tommy Wiseau est revenu sur le devant de la scène.

Une soirée pour les fans de Tommy Wiseau

Le Grand Rex n’a pas fait les choses à moitié. Avec la présence du réalisateur Tommy Wiseau et du producteur Greg Sestero, la soirée permettait une rencontre entre ces deux étranges individus et leur communauté de fans. Sur la scène du Grand Rex, le maître de cérémonie pose les questions des followers directement au réalisateur. Une procédure (trop) longue qui n’a pas permis d’apprendre grand-chose si ce n’est que Tommy Wiseau et Greg Sestero préparent un nouveau film : The Best Friends. Le retour du duo 18 ans après The Room. Tommy Wiseau a également énoncé sa soirée aux Golden Globes, où il n’a pu prononcer un mot. Une mise en scène bien trop longue, accompagnée de Karim Debbache, d’extraits vidéo parfois redondants, et un blabla procédural trop barbant, pour faire patienter une salle comble avant la diffusion de The Room.

The Room : un navet parfait

The Room est bien le navet annoncé. Une sitcom de 1h40, qui se rapproche davantage des Feux de l’Amour que d’un véritable film. Montage paresseux, dialogues inexistants, décor limité, scénario absent, et situations terriblement redondantes. Sans une once d’inventivité, les protagonistes tournent en rond avec des buts primaires qui tournent autour du cul. Tommy Wiseau se fait passer pour un bon samaritain, trahi par ses proches et par la vie elle-même. The Room est un film sans âme, sans l’once d’une approche étonnante ou même comique. Si ce n’est par pur plaisir masochiste ou pour se foutre littéralement de la tête de Tommy Wiseau and Co, le long métrage n’apporte strictement rien.

Ennuyeux à mourir, la salle, surexcitée, a donné le ton pour cette séance. A gorges déployées, le public commente, crie, rit, et ponctue le film d’interactions bienvenues qui permettent de faire passer la pilule plus facilement. Lorsqu’une porte reste ouverte, la salle s’égosille : « La Porteeeeee !!! », dès qu’une image de la ville apparaît, s’en suit un énorme « San Francisco » crié à tue-tête, et quand une cuillère apparaît, le public lance dans les airs de petites cuillères en plastique distribuées par l’organisation. Un véritable spectacle davantage dans la salle que sur l’écran. Finalement, ce n’est pas tant The Room en lui-même qui attise la curiosité mais bien les réactions extravagantes d’un public qui semblait avoir pris un rail de coke avant de s’installer sur leurs sièges.

Une sacralisation étonnante :

Comment expliquer ce phénomène ? Comment The Room est parvenu à se créer une si grosse base de fans ? Alors que certains sont dans l’auto-dérision totale, d’autres sont véritablement attachés à cette œuvre. Comment The Room, malgré sa vacuité, est devenu autant culte ? Forcément, quand un film a le titre de « pire film », cela attise la curiosité, et les gens regardent ce que ça donne. Cela suffit à un film pour braver les années. Tant qu’on parle de lui, même en mal, cela suffit à garder une certaine aura au fil du temps. Mais The Room n’a rien d’un ovni, aucun apport artistique, aucune idée un peu originale, aucun dialogue fun ne ressort de cette œuvre, et rien ne permet de fonder cette fascination autour du film. Comment cette base de fans s’est-elle construite ? Et surtout autour de quoi ? C’est davantage son héritage qui a apporté de la visibilité à The Room. Grâce aux innombrables montages vidéo, aux nombreux commentaires, aux émissions consacrées à The Room, aux Youtubers, le film est devenu un véritable même, un virus sur internet. Ce statut s’est accentué par les réseaux sociaux, et par l’héritage octroyé par le public. C’est définitivement ce qu’en a fait la communauté d’internet qui a offert cette popularité à The Room, plus que le film lui-même. Le public suit le mouvement, hypnotisé par cette société qui magnifie un guignol, esquisse un bouffon sur la place public, comme pour se rassurer de ses propres hantises.

The Room s’apparente à une mauvaise sitcom américaine mixée aux Feux de l’amour. Il est difficile de comprendre le génie que lui portent certains spectateurs tant le film est lamentable et ne s’approche jamais du génie. Pour autant, la soirée du Grand Rex était une expérience intéressante qui confronte une œuvre à son spectateur et qui démontre que la notoriété de l’art ne se calcule par en termes de talent, mais en termes de réception de l’opinion publique.

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=tfMTHIwTUXA[/youtube]

Par Aubin

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