décembre 4, 2021

Le Club des Punks Contre l’Apocalypse Zombie – Karim Berrouka

Auteur : Karim Berrouka

Editeur : J’ai Lu

Genre : Horreur

Résumé :

Les zombies ont envahi Paris. Un groupe de punks décide de profiter de la situation pour faire flotter le drapeau anarchiste sur la tour Eiffel. Mais, dans l’ombre, des rescapés du Medef ourdissent également un plan infernal.

Avis :

Quand on lit un titre comme Le Club des Punks Contre l’Apocalypse Zombie, on peut craindre de tomber sur une série Z qui essaye de trouver un patronyme afin d’attirer le chaland fan de nanardise et de bouffeurs de chair fraîche. Mais ce serait bien mal connaître Karim Berrouka, puisqu’il n’est autre que le chanteur du groupe punk Ludwig Von 88 et qu’il est aussi un romancier primé plusieurs fois, notamment pour son livre de Fantasy Fées, Weed & Guillotines. Et même ce livre-ci, au nom si étrange et qui évoque immédiatement les films de zombies de chez Syfy, a reçu un prix en 2016 et pourtant, on pourrait croire à une mauvaise blague. Mais l’auteur aime à jouer avec les mots, mais aussi et surtout les a priori, luttant farouchement, grâce à son verbe, contre les étiquettes, les règles préétablies et surtout un système qui brime les marginaux, les artistes et l’art au sens le plus large. Car oui, derrière Le Club des Punks Contre l’Apocalypse Zombie, on trouve tous ces messages et le roman est bien plus intelligent qu’il n’y parait.

Tout commence avec la présentation des personnages au sein d’un squat de Paname. On retrouve Kropotkine, un punk anarchiste qui semble être le leader de l’endroit, Deuspi et Fonsdé, deux punks destroy qui sont contre le système et aiment faire des conneries, Eva, une jeune militante qui est contre tout, Mange-Poubelle, un punk qui mange gratuitement à partir de ce que lui donne les poubelles et enfin, même si on ne les voit que sur la fin, Glandouille & Pustule, deux punks à chiens qui ne veulent rien faire. Avec ces portraits si différents, l’auteur va nous montrer la diversité d’idéaux que partagent les punks. En effet, on retrouve à peu près toutes les luttes anti-système dans ce petit squat, à savoir ceux qui sont contre le travail, ceux qui sont contre les inégalités, ceux qui sont contre la société de consommation, j’en passe et des meilleurs. Dès le départ, Karim Berrouka va fait plonger dans un monde qui n’est pas si naïf que ça et surtout, qui n’est pas si néfaste, comme la société veut bien nous le montrer. Certes, ils ne sont habillés et coiffés comme tout le monde, ils ne répondent à aucun code et leur lutte est incessante, mais il y a de l’intelligence là-dessous, il y a une lutte des classes importantes et surtout une volonté de montrer que le punk n’est pas qu’un profiteur de première, mais bel et bien une personne avec des convictions. De ce fait, l’empathie est presque immédiate et on se plait à rire de certaines bêtises des deux punks destroy ou encore des combats verbaux entre Eva et Kropotkine.

Mais le roman ne s’éternise pas trop sur ces présentations. Très rapidement, l’invasion zombie commence et il semblerait que seuls les punks soient immunisés. Et ce qui aurait pu virer à de la glandouille depuis leur poste de vigie va virer au road trip(es) pour afficher sa volonté de reconstruire un monde sans injustice, avec une égalité totale entre les personnes, quel que soit leur origine. Dans un premier acte donc, les punks vont vouloir faire un coup d’éclat. Kropotkine souhaite hisser le drapeau anarchiste en haut de la tour Eiffel. Après cela, et alors que l’acte est filmé, le groupe restant file sur France Télévisions pour diffuser cet exploit tant qu’il y a encore du réseau. Un moyen de prendre une revanche sur un monde formaté, qui accepte un système qui brime les citoyens. De cet acte, pas si anodin, va alors découler tout un tas d’évènements, souvent très classiques dans l’univers du zombie, mais qui vont avoir leur importance. La deuxième partie sera alors plus délirante. Karim Berrouka prend tout le monde à revers en affichant des visions pour chaque personnage et en mettant en place de nouvelles mythologies autour du zombie. La créature est maintenant sensible à la musique, certaines personnes arrivent à les contrôler ou à les calmer et l’auteur va mettre en place une lutte qui semble intemporelle, semble de la classe dirigeante contre la classe populaire.

Parce qu’il peut y avoir une apocalypse, le MEDEF semble increvable. Et sous son récit comico-horrifique, l’écrivain va critiquer de façon acerbe le patronat et l’acceptation d’une part de la société à se soumettre à tout un tas de costards/cravates qui n’ont aucun scrupule. S’appuyant certainement sur les films de George Romero, le premier à insérer un dialogue sociétal dans les films d’horreur, Karim Berrouka va rapidement parler du racisme ou de l’ignominie de la nature humaine, ou encore de la religion, mais il va surtout s’intéresser à la lutte des classes, à cette volonté de construire un monde meilleur, mais de la difficulté à le faire parce que tout peut arriver, même l’apocalypse, certains pensent qu’il faut toujours qu’il y ait une relation de dominant à dominés. Parfois utopiste dans son discours, Le Club des Punks Contre l’Apocalypse Zombie pousse à la réflexion, non seulement sur la façon de voir une catégorie de personnes, ici les punks, mais aussi sur le fait que malgré tous les malheurs, l’humain semble peut disposer à un changement de consommation et de société. Et la fin du roman est très lucide sur cette inaptitude au changement, montrant que malgré une lutte saine, les principaux combattants deviennent des icônes, des déités, alors même qu’ils se battent pour éviter toute religion, toute sacralisation de qui que ce soit. Un regard intelligent et nihiliste sur la condition humaine, mais qui, quelque part, nous aide à vivre et exister, pour le combat.

Au final, Le Club des Punks Contre l’Apocalypse Zombie est un roman bien plus intelligent qu’il n’y parait, surtout en rapport avec son titre qui rappelle de bons vieux films bien Z. Karim Berrouka livre un roman divertissant, drôle, attachant, qui parfois fait peur, mais qui surtout fait réfléchir sur une société qui met trop d’importance au paraître, à l’argent et à la dominance des autres. Sans oublier que le livre fait preuve d’idées novatrices et propose de vraies références à la musique, mais aussi au cinéma. Bref, un excellent roman.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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