janvier 21, 2022

Wind River – Et au milieu saigne une rivière

De : Taylor Sheridan

Avec Jeremy Renner, Elisabeth Olsen, Gil Birmingham, Graham Greene, Jon Bernthal

Année : 2017

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller, Policier

Résumé :

Cory Lambert est pisteur dans la réserve indienne de Wind River, perdue dans l’immensité sauvage du Wyoming. Lorsqu’il découvre le corps d’une femme en pleine nature, le FBI envoie une jeune recrue élucider ce meurtre. Fortement lié à la communauté amérindienne, il va l’aider à mener l’enquête dans ce milieu hostile, ravagé par la violence et l’isolement, où la loi des hommes s’estompe face à celle impitoyable de la nature…

Avis :

Être scénariste, c’est une chose.

On crée des personnages, on imagine une histoire, on tisse un canevas d’émotions et de thématiques… C’est assez grisant, mais contrairement à un auteur de romans, on n’a pas le loisir de visualiser cet univers tout neuf uniquement dans sa tête et d’en être le seul maître, puisqu’on doit ensuite le faire parvenir à un réalisateur qui le mettra en image selon sa propre vision.

Pas étonnant, dès lors, que certains d’entre eux décident un jour de troquer la feuille blanche pour l’écran de la même couleur, histoire de donner vie à leur création jusqu’au bout.

Si certains n’ont pas connus le succès qu’ils espéraient, et sûrement la complexité de monter un film ailleurs que dans sa tête (au hasard Mark Steven Johnson qui s’est fait connaître avec les scripts des Grincheux et de Jack Frost dans les années 90 avant de commettre Daredevil et Ghost Rider, ou encore David Goyer qui a lui aussi assassiné un super-héros avec Blade Trinity après nous avoir offert des scripts excellents pour les deux premiers volets), d’autres sont devenus des réalisateurs reconnus, voire respectés ou même encensés. Qu’on se souvienne de Shane Black ou Joss Whedon désormais sur le toit du monde, David Koepp, ou encore Frank Darabont qui est désormais presque plus connus pour ses exceptionnelles adaptations de Stephen King que pour ses scénarios antérieurs (et en même temps, comparer l’oscarisable Les Évadés et son travail sur Freddy 3, Le Blob ou La Mouche 2, c’est pas très sport).

C’est encore le cas ici puisque Wind River est le premier film véritablement marquant de Taylor Sheridan (après un premier essai infructueux en 2011 avec le film d’horreur Vile), un cinéaste lui aussi auparavant connu pour ses écrits puisqu’il est l’auteur du Sicario de Denis Villeneuve, et de Comancheria.

Deux films qui ont eu l’honneur d’être sélectionnés à Cannes, l’un en compétition officielle en 2015, l’autre à Un Certain Regard en 2016. Et Wind River ayant également été présenté dans la section parallèle cette année, cela fait donc trois années de présence d’affilée à Cannes pour Sheridan (et on met notre billet sur une quatrième puisque Solado, la suite de Sicario réalisée par Stefano « Suburra » Solima, également scénarisée par Sheridan, ne sortira pas avant Juin, l’occasion rêvée pour briguer la Palme d’Or).

Et après ces deux scripts très remarqués, et une carrière d’acteur en parallèle (on l’a vu dans une tripotée de séries dont Veronica Mars et Sons of Anarchy), voilà cet artiste complet qui (re)passe derrière la caméra pour un genre qui semble lui coller à la peau après Comancheria : le film policier à fleur de peau en milieu rural.

On décèle d’ailleurs une telle gémellité avec le film de David Mackenzie, dans sa façon de privilégier les personnages et leur humanité à un scénario compliquer, dans son ambiance à la fois délétère et pleine de vie, dans sa peinture d’une société qui écrase les petites gens, qu’il pourrait presque en être le pendant, la seconde face de la pièce.

Remplacez le Texas étouffant par le Wyoming glacé, la communauté de cowboys rednecks par une réserve amérindienne Arapahos décrépite, les casses en série par la découverte d’un corps dans la neige, et vous avez dans Wind River le parfait descendant de Comancheria.

Le film confirme d’ailleurs la propension de Sheridan à considérer ses scénarios comme un vecteur à thématiques et à relations humaines, plutôt que comme une accumulation de péripéties proprement dites. On pourrait presque lui reprocher une enquête à la structure trop simple, qui se résout trop vite, mais ce serait passer à côté du véritable intérêt du film.

Épatant thriller aux dialogues toujours aussi aiguisés (même s’il abandonne içi la gouaille bonhomme de Comancheria pour quelque chose de plus doux et profond), Wind River est surtout un film sur le deuil, la perte, ses causes et ses conséquences, et la façon de la surmonter. En étudiant cette thématique, il fait même un parallèle plus universel avec la disparition progressive de la culture amérindienne, broyée peu à peu par la toute-puissance occidentale. Un peu comme si, en laissant leur héritage se diluer dans celui de colons désormais bien ancré en Amérique, les natifs devaient quelque part faire le deuil d’un enfant.

À avoir le cœur serré et plein d’empathie pour les personnages pendant la majeure partie du film, on en oublierait presque la toile de fond policière, pourtant largement assez dense pour dépasser le simple prétexte. Une intrigue très simple, mais qui met en valeur les difficultés, à la fois pour faire respecter la hiérarchie du gouvernement fédéral (représenté par une délicieuse Elisabeth Olsen en jeune agent du FBI volontaire avec la tête sur les épaules) dans un coin perdu des USA qui semble resté à l’époque du Far-West et de son concept de Loi individuelle, mais aussi pour enquêter dans une nature hostile qui a ses propres règles.

 

Ajoutez à cela deux scènes d’action superbement réalisée et sans concession, et un casting impeccable où l’on retrouve, en plus de la plus talentueuse des sœurs Olsen, Jeremy Renner en chasseur mélancolique, Gil Birmingham (déjà dans Comancheria et interprète de Billy Black dans Twilight) dans son habituel rôle d’amérindien taciturne, Graham Greene (qu’on a vu un peu partout d’Une Journée en Enfer à Twilight en passant par La Ligne Verte), ainsi qu’une petite apparition de Jon « Punisher » Bernthal, et vous avez une preuve que Sheridan est promis à une aussi belle carrière de réalisateur que de scénariste.

Note : 18/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=d5UAs5VGGvU[/youtube]

par Corvis.

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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