décembre 8, 2022

Palm Springs – Ou Comment Sortir du Modèle d’Un Jour Sans Fin

De : Max Barbakow

Avec Andy Samberg, Cristin Milioti, J.K. Simmons, Peter Gallagher

Année : 2021

Pays : Etats-Unis

Genre : Comédie, Romance, Fantastique

Résumé :

L’insouciant Nyles fait la connaissance lors d’un mariage à Palm Springs de Sarah, sœur de la mariée et demoiselle d’honneur. Les choses se compliquent rapidement lorsque le duo se retrouve piégé dans l’espace-temps de ce mariage, contraint de revivre sans cesse la même journée.

Avis :

Dans les années 90, un film va faire une petite révolution, Un Jour Sans Fin. Réinventant la boucle temporelle, le film raconte comment un homme cynique revit la même journée de façon intempestive, soit en s’endormant, soit en mourant. Fer de lance d’un nouveau sous-genre dans le domaine de la temporalité, le film de Harold Ramis va lancer toute une palanquée de films dans le même genre, même trente ans plus tard. Et dans divers genres, bien évidemment, allant du film de SF bourrin au slasher méta et débridé. Bref, dans tout ce bourbier, certains films s’en sortent mieux que d’autres, mais il faut vraiment maîtriser sa narration pour ne pas tomber dans la redondance. Choix audacieux donc pour Max Barbakow qui signe ici son premier film, et il le fait avec les honneurs.

Viens dans ma Boucle

Palm Springs raconte la vie de Nyles, un jeune homme qui revit inlassablement le mariage de la meilleure amie de sa compagne. Plutôt que de nous faire revivre la boucle de Nyles, le film choisit d’entrée de jeu de nous plonger au plus près de la vie de ce personnage qui maîtrise à la perfection les pas de danse de tout le monde et qui se fout royalement du dress code. Porté par un certain Andy Samberg, roi de la comédie américaine (Peralta dans Brooklyn Nine-Nine), on ne sait pas trop comment on doit aborder ce début de film. C’est très cynique, c’est souvent du grand n’importe quoi, mais cela permet au réalisateur de flouter les lignes de son film, ne sachant quand va venir poindre le côté fantastique du métrage.

Pour autant, alors que Nyles drague lourdement la sœur de la mariée, il va se faire poursuivre par Roy, un type armé d’un arc et qui semble vouloir lui ôter la vie. Dans son délire, Nyles amène la sœur proche de la source de la boucle, et les deux personnages se retrouvent alors ensemble dans le renouvellement temporel. Cela va entrainer une relation qui va s’amuser avec les codes du genre, à savoir la dragouille, les embrouilles, les essais pour voir de quelle façon on peut mourir, les limites à dépasser, et bien entendu, l’amour qui tape à notre porte. Max Barbakow utilise alors plusieurs ressorts sur son film pour le rendre très attrayant. Cela passe bien évidemment par une succession de gags plus ou moins lourdingues, et des mises à mort plus ou moins rigolotes. Difficile dès lors de ne pas faire le rapprochement avec Un Jour Sans Fin.

L’Enfer, c’est les Autres

On retrouve l’histoire d’amour, les différentes façons de mettre fin à ses jours, et on aura même quelques références lorsque les deux protagonistes pensent qu’il faut faire quelque chose de bien pour retrouver une vie normale. Oui, certains éléments y font penser, mais le cinéaste le sait et il utilise tout cela pour se défaire par la suite de son illustre modèle. Ici, faire une bonne action, ou changer de comportement vis-à-vis des autres ne changera rien, puisque finalement, ce sont les autres qui sont des crapules. En effet, si l’on enlève l’addiction à l’alcool de l’héroïne, et le côté branleur du héros, ils sont normaux, et ne se sentent juste pas à leur place. Quant aux autres, c’est une autre paire de manches.

On va voir que la meilleure amie de la mariée (et copine du héros) est infidèle et égoïste. On va aussi découvrir que le marié n’est qu’un queutard qui profite des filles. On notera aussi la lâcheté des garçons d’honneur, ou l’attitude déplorable du père envers sa fille cadette. Bref, ici, ce n’est pas tant aux personnages principaux de changer de comportement, mais plus aux autres, et cela ne va pas pouvoir se faire en un jour. C’est bien là toute l’intelligence de Palm Springs, qui arrive à emprunter à un film culte son idée, pour la réinventer et en faire quelque chose de différent. Car même si l’histoire d’amour reste téléphonée et sans surprise, on sera touché par ce couple d’écorchés qui se trouvent au milieu de gens supposés normaux, mais qui n’acceptent pas la différence.

L’Amour Malgré Tout

De plus, Palm Springs est aussi un film qui appelle à la réflexion à travers le personnage de Roy, un vieil oncle de la famille qui, lors d’un trip avec Nyles, va rentrer dans la boucle temporelle. Si celui-ci est revanchard au début, au point de trouver toutes les stratégies possibles pour tuer Nyles, il va apporter un élément très touchant dans sa façon de voir les choses. Il évoque alors ses filles qu’il ne verra jamais grandir, et s’en accommode dans un fatalisme qui fait de la peine. Il y a là une vraie réflexion sur le sens même de la vie, et l’importance de la mort, d’avancer sans crainte afin de voir ses proches évoluer. Un point que l’on voit peu dans ce genre de films et qui est apporté ici avec finesse et un brin de rigolade, pour la forme.

Alors oui, le film possède quelques petites faiblesses. On peut évoquer la mise en scène, qui manque de relief et qui reste dans quelque chose de très calibré. On peut aussi parler de quelques blagues qui tombent à plat, notamment lorsqu’il faut aborder le sexe et tous les éléments qui vont avec. On peut aussi penser à ce délire autour des dinosaures, qui n’est pas bien expliqué et qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. Mais cela reste de petites choses qui n’occultent en rien la qualité globale du film, qui essaye de tirer son épingle du jeu et le fait avec talent, drôlerie et finesse. On peut aussi saluer l’alchimie entre les deux comédiens, Andy Samberg et Cristin Milioti. Le couple fonctionne à merveille dans ce délire perché. Tout comme J.K. Simmons, excellent en vieil oncle fêtard, qui va partir en vrille.

Au final, Palm Springs possède tous les atours du film réussi. Malgré ses multiples références au film avec Bill Murray, il arrive à s’extirper d’un schéma narratif redondant en mettant en place un personnage déjà conscient de la répétitivité de sa vie, et qui va en entrainer deux autres. De plus, il y a dans ce film une réflexion assez intéressante sur les gens qui nous entourent, forçant finalement à un cynisme presque automatique pour se protéger. L’enfer, c’est les autres, c’est bien connu. Et cela est totalement applicable au scénario de ce film. Bref, pour un premier film, c’est non seulement couillu, mais c’est aussi très réussi.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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