octobre 20, 2021

Dunkerque – Guerre Propre

Titre Original : Dunkirk

De : Christopher Nolan

Avec Kenneth Branagh, Tom Hardy, Mark Rylance, Cillian Murphy

Année: 2017

Pays: Etats-Unis, France, Angleterre, Pays-Bas

Genre : Guerre

Résumé :

Le récit de la fameuse évacuation des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940.

Avis :

Peu de réalisateurs peuvent se targuer de susciter l’émoi dès l’apparition de leur projet et les premières bandes-annonces. Si on peut compter sur les vieux briscards que sont James Cameron, Steven Spielberg ou bien Peter Jackson, ou encore sur les sensibilités monstrueuses d’un Guillermo Del Toro et d’un Juan Antonio Bayona, Christopher Nolan n’est pas en reste. Il faut dire que son cinéma possède une réelle patte d’auteur et qu’il ne se plie pas obligatoirement aux volontés des studios. Bien loin de toute envie de plaire à tout prix, le réalisateur s’est forgé une image de mec impeccable, qui aime les choses alambiquées et qui ne laisse rien transparaître. Et son cinéma est à son image, propre, souvent complexe, beau, mais rarement touchant, n’en déplaisent aux fans d’Interstellar qui trouvent ce film sensible. Le problème, c’est que lorsque le bonhomme veut faire dans l’émotion, dans l’intensité, il chausse ses gros sabots et semble bien incapable de finesse ou de justesse. Que ce soit dans The Dark Knight Rises ou même Inception, le réalisateur, malgré sa trace d’auteur, n’arrive jamais vraiment à toucher, à faire appel aux émotions. Allait-il réussir à changer son fusil d’épaule avec Dunkerque ?

Presse spécialisée élogieuse, certaines évoquant même un chef d’œuvre et un film qui prend aux tripes, Dunkerque semble donc être le film le plus personnel de Christopher Nolan, d’autant plus que c’est lui seul qui est aux commandes, depuis le scénario jusqu’à la réalisation. Mais il y a quelque chose qui frappe d’entrée de jeu dans ce film, c’est son visuel. Si certains y verront un certain onirisme, on peut aussi y voir un aspect clinique fort dérangeant. On sait tous que la guerre c’est sale, c’est violent, c’est viscéral, ça prend aux tripes et ça fait mal. Or, avec Dunkerque, Christopher Nolan occulte totalement ça, livrant un métrage d’une propreté qui fait écho à ce que dégage le réalisateur dans la vie de tous les jours. Il manque vraiment à ce film, et cela dès le début, une dimension dramatique et organique. C’est-à-dire que l’on ne vit pas le film. On peut le ressentir, de temps à autre, mais jamais on ne vit aux côtés des protagonistes. Et ce n’est pas faute, pourtant, de créer des situations difficiles, bien souvent en huis-clos, mettant la vie des soldats en danger. Mais encore une fois, on a juste la sensation que la guerre, c’est propre, à l’image de ce mort par explosion au début, qui reste entier. On est bien loin de la tripaille du génial Tu ne Tueras Point de Mel Gibson.

D’ailleurs, on peut aussi comparer les deux films sur un point important, les personnages. Si on frôle l’hagiographie pour le film de Mad Mel, dans Dunkerque, il n’y a pas de personnages forts. Alors cela suit la volonté de Nolan qui avait annoncé que ce qui l’intéressait dans ce film, ce n’était pas forcément l’épaisseur des personnages, mais de savoir s’ils vont survivre à cette bataille. Sur ce point, c’est sans aucun doute réussi, mais il manque l’émotion. Le cinéaste est incapable de gérer l’émotion de son récit et à aucun moment on ne ressent de l’empathie pour ses protagonistes. D’ailleurs, on pourra même confondre le jeune soldat qui veut s’en sortir à tout prix avec d’autres, car rien ne le distingue de la masse. Mais le plus gros problème, c’est que sans empathie pour les personnages, on ne peut pas ressentir les choses et on suit Dunkerque comme un joli spectacle tout public. Le plus fou, c’est que les moments qui se veulent touchants deviennent presque gênants à force de trop en faire, à l’image de ce gamin qui meurt bêtement dans la cabine d’un bateau. C’est tellement appuyé, c’est tellement redondant dans le métrage, que finalement, on se lasse de cette micro histoire qui peut être vue comme un passage pancarte disant :  « pleurez ».

Fort heureusement, tout n’est pas à jeter dans le film. Si l’aspect viscéral est complètement absent, les multiples séquences en huis-clos sont assez efficaces pour ne pas ressentir de l’ennui. Que l’on soit à bord d’un bateau ou coincé sur un ponton, le réalisateur gère plutôt bien son petit monde, malgré une certaine redondance, à savoir un bateau qui coule, des gens qui sautent. Cette redondance est due au simple fait que Christopher Nolan, dans sa volonté de mathématicien du septième art, se touche avec trois temporalités différentes affichées dès le début, mais pas de manière claire. En effet, on se rendra compte des différents points de vue à partir du moment où Cillian Murphy est repêché. Cela tient plus de l’anecdotique et ne sert quasiment jamais le propos, à savoir la survie, si ce n’est d’approfondir un personnage en quelques secondes. Mais la présentation tourne finalement autour de la futilité du protagoniste et on ne peut pas s’attacher à lui. Cependant, la gestion de la pression et de la dangerosité autour des personnages reste plutôt bonne, d’autant plus que le film ne s’arrête pas une seule seconde, enchainant autour des trois points de vue, à savoir la vue aérienne, le petit bateau de pêcheurs et le trouffion qui essaye de s’en sortir sur la plage.

On peut aussi rebondir sur la mise en scène de Nolan. Si le film reste trop propre, on ne peut nier une certaine maîtrise dans la technique. Les travellings symbolisant l’arrivée des ennemis ou leur départ sont plutôt bien trouvés mais c’est surtout les phases aériennes qui seront le centre du film. Elles sont particulièrement efficaces, quand elles ne copient pas Interstellar. Si l’on excepte les passages gros plans sur le pilote/caméra collée à la carlingue, certains moments donnent vraiment le vertige et on peut dire que le cinéaste à l’œil pour créer un vrai spectacle. On ne peut reprocher aussi au film une certaine intelligence dans la gestion de l’ennemi. Tout le temps invisible, se centrant sur ses personnages, Nolan crée une atmosphère particulière dans laquelle la mort peut surgir dans tous les sens. Enfin, comment ne pas citer la musique de Hans Zimmer. Omniprésente et sous la forme d’un tic-tac marquant le tempo du métrage, Nolan travaille de façon cohérente le son, accentuant de ce fait la pression qui pèse sur les personnages.

Mais malgré tous ces bons points, Dunkerque ne parvient pas vraiment à convaincre, la faute aussi à une fausse représentation de la guerre. La ville est propre, les plages sont vides et la violence ne semble pas si omniprésente ailleurs que pour les trois personnages que l’on suit. On est à mille lieues de films comme Il Faut Sauver le Soldat Ryan, Full Metal Jacket ou encore La Ligne Rouge, le film n’arrivant à aucun moment à rendre cette guerre viscérale et Nolan ne parvient pas à s’effacer pour laisser s’exprimer la violence.

Au final, Dunkerque est un film de Christopher Nolan dans son sens le plus large et le plus complet. S’il est indéniable que le réalisateur possède une patte salvatrice, s’éloignant du cinéma calibré des studios, on reste devant un spectacle aseptisé, qui se veut sensoriel, mais qui manque cruellement d’émotions et d’empathie, ne réussissant jamais à toucher son spectateur, la faute à des protagonistes souvent détestables (hormis Mark Rylance) et une mise en scène clinique qui ne laisse aucune place au chaos de la guerre.

Note : 12/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=2qCoTcxhsHM[/youtube]

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Une réflexion sur « Dunkerque – Guerre Propre »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.