février 28, 2021

Les Apparences

De : Marc Fitoussi

Avec Karin Viard, Benjamin Biolay, Lucas Englander, Laetitia Dosch

Année : 2020

Pays : France, Belgique

Genre : Thriller

Résumé :

Vienne, ses palais impériaux, son Danube bleu et… sa microscopique communauté française. Jeune couple en vue, Ève et Henri, parents d’un petit Malo, ont tout pour être heureux. Lui est le chef d’orchestre de l’Opéra, elle travaille à l’Institut français. Une vie apparemment sans fausse note, jusqu’au jour où Henri succombe au charme de l’institutrice de leur fils.

Avis :

Marc Fitoussi est l’un des réalisateurs français les plus prolifiques qui ait émergé de la fin des années 2000. Après un premier film en 2007, Marc Fitoussi ne va pas se laisser aller et va réaliser pas moins de six films en l’espace de douze ans. Ainsi, on se sera régalé devant « Copacabana« , « Pauline Détective« , ou encore « Maman a tort« . Ajouté à ceux-ci, il faudrait aussi compter sur le metteur en scène à la télévision, puisqu’il a aussi dirigé trois épisodes de la saison trois de « Dix pour cent« .

2020 est une année particulière pour Marc Fitoussi qui s’illustre dans pas moins de trois projets. En début d’année, on se sera amusé sur son segment « Le troll« , dans le très sympathique film à sketches, « Seflie« . Et avant de le retrouver fin Octobre pour trois nouveaux épisodes de l’ultime saison de « Dix pour cent« , on retrouve Marc Fitoussi sur les grands écrans, et cette fois-ci, le réalisateur a délaissé quelque peu la comédie dramatique pour se lancer dans un drame saupoudré de thriller. Avec « Les apparences« , Marc Fitoussi nous entraîne dans un film qui porte excessivement bien son titre, car ici, tout ne va être qu’apparences. Regards, poursuites, dissimulation, traques, reflets, Marc Fitoussi livre un ballet de mensonges et de vérités dont encore une fois ressort une très grande Karin Viard.

Henri et Ève sont un couple de français qui habite à Vienne. Lui est un chef d’orchestre reconnu à travers le monde, et elle est directrice de l’une des bibliothèques de la ville. En apparence tout va pour le meilleur dans la vie de ce couple mondain, aimé et respecté par la communauté française habitant dans la capitale de l’Autriche. Enfin ça, ce sont les apparences, car bientôt, Ève va découvrir qu’Henri entretient une liaison avec l’institutrice de son fils.

Changement de registre pour Marc Fitoussi et on peut dire que cette idée lui va très bien. Pour « Les apparences« , le réalisateur français nous invite dans un monde de luxe, de calme et de volupté. Un monde qui vu comme ça, donne envie, mais une fois qu’on gratte un petit peu, et il ne faut pas gratter bien longtemps, ce monde parfait apparaît de manière bien différente. Marc Fitoussi nous entraîne dans un monde où tout le monde se regarde, s’observe et surtout où tout le monde se critique. Un monde fait de mensonges, jalousie, tromperies, et autres faux sentiments. Bref, un monde presque terrifiant et qui va éclater à la figure de ce couple presque parfait.

En plus d’être une première en changement de style, « Les apparences« , c’est aussi une première adaptation pour le metteur en scène et le moins que l’on puisse dire, c’est que Marc Fitoussi fut inspiré. « Les apparences » est un film qui est tenu par un scénario impeccable. Un scénario qui prend le temps de nous présenter ce monde de luxe et toutes les apparences qu’il véhicule. Marc Fitoussi pose très bien les bases et une fois celles-ci posées, il va alors décortiquer bien des apparences. Si son film partait sur un film d’adultère, très vite, les apparences vont être au premier plan. Les apparences d’un couple parfait ou plus largement d’un monde parfait. Ici, tous se suivent d’un coin de l’œil, tous se critiquent, tous se jugent, et tous se croient et se savent parfaits, alors que la réalité est tout autre. Marc Fitoussi nous intrigue en début de film, puis peu à peu, il va nous étonner, pour finalement nous tenir et ces apparences que Marc Fitoussi décrit si bien font froid dans le dos et surtout elles nous emmènent vers un final parfait. Un film d’une grande tristesse, qui fait sens avec tout ce qui a été fait en amont. Bref, ce scénario est terrible et rudement mené par son réalisateur, qui est aussi le scénariste de son film.

Du côté de la réalisation, « Les apparences » est un film qui a beaucoup de classe. Marc Fitoussi nous offre un film feutré, qui nous tient par la dimension psychologique de ses personnages qui est mise au premier plan. Marc Fitoussi a très bien saisi les codes de ce monde bourgeois et le portrait qu’il va en faire, les apparences qui ne vont être que des façades, sont aussi intéressantes qu’elles sont terribles. On pourrait même dire que le réalisateur a un regard féroce sur cette société mesquine et prête à tout pour ne pas perdre la face. Dans ce magnifique décor, la seule ombre qu’on trouvera est une sensation que tout n’est pas soutenu du point de vue du rythme. Si tout dans son intrigue est nécessaire et fait sens, « Les apparences » a une petite tendance à traîner en longueur, ce qui casse légèrement la passion qu’on aurait pu avoir. Malgré toutes les réussites qu’on enchaîne, il manque au film un petit quelque chose pour nous emmèner totalement.

Enfin, ce qui fait la très belle réussite du film de Marc Fitoussi, c’est aussi ses acteurs et notamment ce couple bourgeois divinement et diaboliquement tenu par Benjamin Biolay et Karin Viard. Biolay est très bon en dandy sombre et intriguant, quant à Karin Viard, elle nous sort comme toujours le grand jeu, étant aussi touchante que terrifiante. À noter aussi un très beau casting de seconds rôles, dont ressort Pascale Arbillot parfaite en bourgeoise mesquine, prête à critiquer tout et tout le monde. On trouve aussi une excellente Laetitia Dosch et l’on fera la découverte de l’Autrichien Lucas Englander.

Ce portrait sombre d’une caste communautaire de « la société autrichienne » est donc un très bon film. Marc Fitoussi prend des risques, change de registre, et même si ces « … apparances » sont un peu longuettes, elles restent fortes, puissantes, terribles et elles nous accrochent sans mal jusqu’au bout.

Note : 14/20

Par Cinéted

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