octobre 26, 2020

Peur Bleue 3

Titre Original: Deep Blue Sea 3

De : John Pogue

Avec Tania Raymonde, Nathaniel Buzolic, Emerson Brooks, Bren Foster

Année : 2020

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Emma Collins, une éminente biologiste marine, et son équipage ont installé un laboratoire au milieur de l’océan, au-dessus d’une ville insulaire qui a été engloutie, afin d’observer l’accouplement des grands requins blancs. Malheureusement, les requins-taureaux améliorés sont également là avec leur propre objectif d’évolution : se croiser avec les grands requins blancs, plus imposants et plus rapides, afin d’engendrer une nouvelle race de squales.

Avis :

Dans le domaine de la sharksploitation, tous les prétextes sont bons pour justifier une énième itération du mythe du requin-tueur. Au terme des années 1990, Peur bleue s’avérait une incursion honnête, non dénuée de défauts, mais clairement au-dessus des productions méphitiques qui lui succéderaient. Près de 20 ans plus tard, la résurrection inopinée et dispensable du concept nous infligeait une suite d’une médiocrité sans fond. Au vu du caractère mercantile d’une telle initiative, il n’aura pas fallu attendre deux décennies supplémentaires pour qu’une troisième itération s’insinue dans des eaux par trop familières. Seulement, la perplexité latente qui découle de ce genre de projet laisse place à un modeste sursaut d’orgueil.

Afin d’appréhender Peur bleue 3, il convient de le resituer dans son contexte. Le survival animalier a depuis longtemps sombré dans les affres du bis, voire du Z. Hormis quelques exceptions (Instinct de survie, 47 Meters Down…), les films de requins-tueurs se résument à des délires de toxicomanes. Lesdits squales s’envoient en l’air dans des tornades avec Sharknado, se transforment en robot extraterrestre dans Roboshark ou construisent des barrages de castors avec des morceaux de cadavres dans Dam Sharks. Et que dire des productions Jolly Rogers avec, en tête, Psycho Shark et Jurassic Shark ? De véritables ignominies du 7e art qui feraient passer les étrons d’Asylum et de SyFy pour de bons films.

Aussi, le présent métrage tente à minima d’offrir un spectacle potable, sans second degré aucun. La réalisation marque d’emblée le pas par rapport au deuxième opus. Certes, on reste dans le domaine du DTV bon marché, mais l’on apprécie un effort notable sur ce point. Le cadrage n’est pas exécrable. L’exploration des espaces demeure correcte, tandis que le montage se montre suffisamment fluide pour étayer un semblant d’histoire. Cette dernière a beau être cousue de fils blancs, elle évite un florilège d’incohérences (pas toutes, néanmoins) et des justifications faciles pour progresser. Par ailleurs, le lien avec les deux précédents opus est bel et bien présent.

Qu’on apprécie ou pas le concept initial, il y a une véritable continuité qui permet enfin de trouver une raison à la production d’une suite, si ténue soit-elle. De même, on remarque une évolution dans le discours avec des allusions écologiques contemporaines, notamment la fragilité des écosystèmes marins. L’approche se montre maladroite et trop explicite, il n’en demeure pas moins une volonté de fournir autre chose qu’un massacre bête et méchant de viandes humaines avariées et passablement décérébrées. D’ailleurs, les attaques sont assez timorées, exception faite d’un ou deux assauts. Dans une certaine mesure, la mise en scène joue parfois de suggestion pour susciter le danger. Cela reste prévisible et pourtant bienvenu.

Toutefois, on ne peut faire l’impasse sur des défauts évidents. Cela vaut notamment sur les effets spéciaux en dents de scie (ou de squales, en l’occurrence). L’utilisation de véritables requins pour filmer les fonds marins demeure une bonne idée. On a même droit à des reproductions globalement réussies pour des confrontations directes, comme la séquence sur le bateau. Toutefois, les images de synthèse soufflent le chaud et le froid. L’effet de masse des requins-bouledogues juste sous la surface, aileron apparent, reste bien fichu. En revanche, les irruptions sous-marines s’affublent d’une modélisation douteuse et d’animations trop simplistes pour retranscrire leur vélocité. Les incrustations sont tout juste convenables.

Quant au cadre de ce village monté sur pilotis sur l’eau, il n’est pas sans rappeler Waterworld ou, de plus sinistre mémoire, Planet of the Sharks. L’environnement avec la nurserie sous-marine constitue un lieu d’action intéressant, même si le nombre d’habitants se résume à un couple et à l’équipe de scientifiques. En ressassant des poncifs évidents, la caractérisation s’avère sommaire et ne fait guère de vagues. On distingue aisément les protagonistes et les antagonistes, ainsi que leurs motivations et les réactions qui en découlent. Là encore, le traitement reste basique, mais minimise les dégâts par rapport à ce que l’on a déjà pu constater dans d’autres métrages.

Au final, Peur bleue 3 s’avance comme une suite moins exécrable qu’escomptée. Il est vrai que le film de John Pogue (En Quarantaine 2, Les Âmes silencieuses) demeure sommaire et sans grandes ambitions. Toutefois, il renoue avec une approche au premier degré pour s’écarter sciemment des productions méphitiques précédemment évoquées. Rien que pour cela, on peut saluer l’initiative, même si elle reste perfectible à plus d’un titre et calibrée pour le marché du DTV. L’honnêteté de l’entreprise et la cohérence globale font de ce survival animalier une modeste compensation pour les amateurs de requins-tueurs. Surtout quand on s’inflige des bévues cinématographiques aussi misérables que Raiders of the Lost Shark ou L’Attaque du requin à 6 têtes.

Note : 10/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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