octobre 24, 2020

Phantasm II

De : Don Coscarelli

Avec James LeGros, Reggie Bannister, Angus Scrimm, Paula Irvine

Année : 1988

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Six ans après les événements qui ont transformé son adolescence en cauchemar, Mike Pearson sort de l’hôpital psychiatrique où il a été soigné pendant tout ce temps. Du passé, il en est toujours imprégné, prêt à reprendre le combat contre le sinistre croque-mort à l’origine du trafic des cadavres du cimetière de Morningside vers une autre dimension. Bientôt rejoint par son ami Reggie, Mike s’engage sur les routes de l’Oregon. D’une ville fantôme à l’autre, les deux hommes découvrent que leur vieil ennemi a considérablement étendu son terrain de chasse…

Avis :

En 1979, Don Coscarelli va mettre un pied dans le domaine de l’horreur en proposant Phantasm comme premier film. Accueilli avec un certain enthousiasme, le film va bénéficier d’une très bonne réputation et de l’avènement d’un nouveau monstre de légende, The Tall Man. Performé par Angus Scrimm dont le rôle lui collera à la peau, Phantasm reste à ce jour un film d’horreur un peu surestimé mais caractéristique de la fin des années 70 et du début des années 80, à savoir un imaginaire débridé, un montage anarchique, un rythme effréné et un gore jouissif. Un peu dans la veine du premier Evil Dead, Phantasm explore un univers étrange et riche, à la possibilité exponentielle de suites et d’approfondissement d’une mythologie nouvelle et bien glauque. Entre un croque-mort géant, des balles en métal qui volent, des nains monstrueux ou encore des éléments paranormaux, Phantasm tient bien son nom et laisse un champ libre pour en faire tout et n’importe quoi. Et voir débouler un deuxième volet n’est en rien une surprise, même s’il intervient presque dix ans après ce premier opus.

La première crainte qui vient avec ce film, sans même encore l’avoir vu, c’est la raison de son existence. Est-ce pour fournir une vraie suite intéressante ? ou est-ce simplement parce que les deux précédents films de Don Coscarelli n’ont pas forcément fonctionné et qu’il faut bien manger ? Car même si Dar l’Invincible et Survival Quest sont des films plutôt honorables, ils resteront des succès très confidentiels et Don Coscarelli va donc se replonger dans la licence qui l’a fait connaître, Phantasm, pour faire une première suite. Il repart donc là où c’était arrêté le premier film, lui donnant une autre fin, puis il va faire un bond de neuf ans, faisant sortir le héros du premier de l’asile, retrouvant Reggie, le vendeur de glaces, puis ils vont décider de partir se venger du Tall Man suite à l’élimination pure et simple de toute la famille de Reggie. Si le premier film présentait des personnages qui évoluaient un peu chacun de leur côté et tenter de survivre à un boogeyman diabolique, cette suite va être plus délirante, plus rentre-dedans, où deux personnages vont s’improviser commando pour dézinguer cette entité du mal, personnification même du Malin, vidant les petites villes de toute vie.

Déjà, au sein de son scénario, le film va se faire plus fun, plus délirant, plus référencé. Avec Phantasm II, Don Coscarelli lâche la bride et va écrire une histoire de revanche dans un univers où le fantasme prend une place plutôt importante. Orientant son film plus vers l’action, l’humour et une pointe de road movie, le cinéaste, bénéficiant d’un budget plus conséquent, va alors se faire plaisir et utiliser tous les codes de certains types de film. Outre l’humour en la présence de Reggie, héros malgré lui et qui va utiliser un arsenal loufoque, on retrouvera des effets un peu western, dans la texture des images et des affrontements. On retrouvera aussi des aspects typiques du Buddy Movie, avec un duo un peu improbable qui va devoir coopérer pour tuer un mal ancestral. On aura aussi des moments de road movie, lorsque les deux héros vont se balader dans une Amérique profonde pour suivre les traces du Tall Man et traverser ainsi des villes désertes. Au sein même de ce script, il y a plein de nouvelles choses qui permettent à Don Coscarelli de peaufiner sa mythologie et d’approfondir un peu plus l’image du Tall Man. Alors, il est vrai qu’il est plus absent que dans le premier film. Il demeure une entité presque invisible, mais d’autant plus percutante quand elle arrive, ne laissant finalement que peu de chance à ceux qui croiseront sa route. Et de ce fait, cela renforce l’aspect inéluctable de ce monstre faisant partie aujourd’hui de la pop culture.

La mise en scène va aussi être plus éloquente. Cela est certainement dû à un budget plus conséquent, plus important, mais il n’empêche que Don Coscarelli va être inspiré et que le film est beau. Certains plans sont relativement iconiques, comme le départ du Tall Man avec la maison qui explose derrière lui au début du film, ou encore los de la course-poursuite, avec ces caméras collées à la carlingue des bagnoles. On sent le cinéaste inspiré et qu’il a envie de rendre son film plus grandiloquent que le premier. Et cela se ressent aussi sur le rythme débridé. Si le premier était déjà un rollercoaster assez impressionnant, ce deuxième opus va encore plus vite. Tout va très vite, parfois trop, mais c’est pour mieux impacter le spectateur. L’introduction est vite expédiée de façon Home Invasion, puis on va avoir l’élément déclencheur de suite derrière, pour aboutir alors à une chasse pure et simple. On ne perd pas de temps, on ne présente pas trop les personnages (en même temps, on les connait déjà) et on va droit au but, incluant les mystères dans l’action et dans les rêves du héros. Des rêves qui reviendront de façon récurrente pour faire avancer l’intrigue et inclure une romance qui n’était pas forcément obligatoire, mais permet aussi de mettre en avant une figure féminine.

Le dernier point fort de cette suite, c’est son côté débridé et gore. Si le premier était assez timide là-dessus, mais présentait des moments bien sales (la boule dans la tête du type ou le doigt coupé), le réalisateur se fait grandement plaisir ici. D’ailleurs, dans l’esprit, on se rapproche dangereusement d’un Freddy, avec cette pauvre femme qui va avoir un monstre dans le dos, lors d’un passage déroutant. Mais on pourra aussi trouver des références avec Massacre à la Tronçonneuse 2 et son duel, ou encore à Evil Dead 2 et sa folie gorasse ambiante, lorsque les boules attaquent et perforent tout ce qu’elle rencontre. C’est gore, mais c’est fait de manière décomplexée, à un tel point que cela en devient presque jouissif et drôle. Et si les effets spéciaux ont quelque peu vieilli, ils restent de qualité et caractéristiques d’une époque où l’image de synthèse dégueulasse n’avait pas pris le pas sur des effets plus artisanaux. Et puis il y a le boogeyman du film, et de la licence, qui va avoir ici de nouveaux pouvoirs, qui va se transformer, devenir presque invincible et participe finalement à cette débauche d’effets visuels cradingues qui parcourent le film pour en devenir une icône du mal, tournant toujours autour de la thématique de la mort et de ce qu’il y a après.

Au final, Phantasm II est une vraie bonne suite. A l’image d’Evil Dead 2 de Sam Raimi (dont une référence est glissée dans le film), ce film est plus délirant, plus fun et plus décomplexé que son aîné, partant vers un film d’horreur plus gore, plus rythmé et plus déjanté. Renouant avec des personnages qui nous ressemblent, partant à la chasse au monstre antédiluvien, Don Coscarelli propose une vision à la fois grotesque et grave de la mort et de ce qui nous attend après, où le type lambda se révèle être un sauveur chanceux. Plus profond qu’il n’en a l’air, ce Phantasm II se révèle presque au-dessus de son aîné et s’ancre parfaitement dans une période plutôt faste du film d’horreur.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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