octobre 6, 2022

Les Cinq Diables – L’Odeur de la Mère

De : Léa Mysius

Avec Adèle Exarchopoulos, Sally Drame, Swala Emati, Moustapha Mbengue

Année : 2022

Pays : France

Genre : Drame, Comédie

Résumé :

Vicky, petite fille étrange et solitaire, a un don : elle peut sentir et reproduire toutes les odeurs de son choix qu’elle collectionne dans des bocaux étiquetés avec soin. Elle a extrait en secret l’odeur de sa mère, Joanne, à qui elle voue un amour fou et exclusif, presque maladif. Un jour Julia, la soeur de son père, fait irruption dans leur vie. Vicky se lance dans l’élaboration de son odeur. Elle est alors transportée dans des souvenirs obscurs et magiques où elle découvrira les secrets de son village, de sa famille et de sa propre existence.

Avis :

Réalisatrice et scénariste sortie de la Fémis, Léa Mysius s’est tout d’abord fait remarquer avec des courts-métrages qui ont pas mal tourné dans des festivals. En 2017, elle signe un premier long-métrage, « Ava« , qui est sélectionné à la semaine de la Critique à Cannes. Le film se fait remarquer, notamment par la presse et il sort dans la foulée. Après ce film, Léa Mysius va surtout collaborer en tant que scénariste sur d’autres films que les siens. Ainsi, elle travaille avec Jacques Audiard, Arnaud Desplechin ou encore André Téchiné et Claire Denis.

Après cinq ans d’absence en tant que metteuse en scène, Léa Mysius revient avec un deuxième film, qui tout en ayant des « liens » avec son premier film, tant le sens ou la pâte et les thèmes de la réalisatrice commencent à se dessiner, elle offre aussi et surtout avec « Les cinq diables« , un film à l’opposé de « Ava« .

Si « Ava » n’avait pas réussi à me convaincre, malgré des idées intéressantes, cette deuxième incursion dans le cinéma de Léa Mysius s’est faite bien plus plaisante. « Les cinq diables » est un film dense et très riche, peut-être même un peu trop, mais derrière ça, la jeune cinéaste nous entraîne avec fantastique, émotions et dépaysement dans un film pas tout à fait comme les autres.

Quelque part dans un petit village, Vicky est une petite fille à part. Ayant un odorat très développé, Vicky est capable de reproduire n’importe quelle odeur, et loin des regards, dans sa chambre, elle collectionne les odeurs. Vicky, hormis des problèmes dans son école où elle est victime de moquerie de la part de petits camarades, mène une vie tranquille et sans histoire. Puis un jour, Julia, la sœur de son père, fait irruption. Vicky ne la connaît pas et ne sachant pas pourquoi, elle a tendance à s’en méfier. Pour sa collection d’odeur, Vicky en secret se lance dans la création de l’effluence de sa tante et ça, ça va changer toute sa vie, et la faire voyager dans des souvenirs qui ne sont pas les siens…

Après avoir exploré la vue avec « Ava« , et après avoir posé sa caméra à la plage en plein été, Léa Mysius pose cette fois-ci son objectif à la montagne en plein hiver, pour explorer l’odorat de manière bien singulière. « Les cinq diables » est un film très original, qui est très loin de ce à quoi l’on pouvait s’attendre. On peut même dire que le film est une surprise totale, tant cette histoire de petite fille à l’odorat surdéveloppé va emmener cette histoire loin, très loin, et peut-être même comme je le disais plus haut, un peu trop loin.

Écrit par Léa Mysius, « Les cinq diables » est un film très riche dans ce qu’il veut et va raconter. C’est un film qui renferme en son sein une multitude de sujets qui vont tous être intéressants. Très dense, « Les cinq diables« , c’est une histoire qui flirte avec le cinéma fantastique, au travers des odeurs qui véhiculent et transportent le personnage principal dans une histoire qui est la sienne et en même temps, qui ne l’est pas. La réalisatrice questionne de manière originale les souvenirs d’une famille, en construisant une histoire imprévisible, et dans un sens Léa Mysius nous tient du début à la fin de son film. Les émotions vont être au rendez-vous, et plus cette histoire se dessine, et plus elle va prendre en relief, et si ces reliefs vont être l’une des grandes qualités de ce film, ils vont être aussi l’un de ses défauts, car Léa Mysius va trop en mettre dans cette histoire.

« Les cinq diables » est un film qui parle de la mémoire et de la famille, tout en parlant ou évoquant aussi l’enfance, une histoire contrariée, un secret de village, un soupçon de harcèlement scolaire, un couple mixte perdu au fin fond de la France. La réalisatrice parle aussi de métissage, puis il y a tout le côté fantastique de cette histoire… Bref, tout ça donne un petit côté confus dans un premier temps, comme si on ne voyait pas où la réalisatrice voulait aller. Après, tous les sujets sont tous très intéressants, et l’ensemble finit par bien s’imbriquer les uns dans les autres. Il est vrai qu’il y a un sentiment de trop dans cette histoire, et beaucoup de ces thèmes auraient mérité d’être plus développés. Après, comme je le disais, malgré tout, « Les cinq diables » est un bon film et son histoire est plus intéressante, prenante et l’on se laisse plus facilement prendre dedans qu’avec « Ava« .

Après la plage et le soleil, Léa Mysius nous entraîne vers la montagne et dans le froid pour ce nouveau film, et là encore, la réalisatrice fait mieux qu’avec son premier film. Si on peut avoir une sensation de perdition au départ, c’est simplement le temps que l’idée de cette histoire, notamment son côté fantastique, se mette en place. Une fois les éléments mis en place, « Les cinq diables » jouit d’une mise en scène qui fait place à la créativité, que ce soit dans son montage, dans ses allers/retours vers ailleurs, dans son cadrage, qui malgré les grands espaces, on a comme une sensation d’être étouffé, presque prisonnier de cette petite ville, dans le choix de ses couleurs aussi, tantôt froides, tantôt chaudes, ce qui donne un mélange de froid/chaud, qui se conjugue bien. Puis il y a la BO de Florencia Di Concillio, qui livre des notes très organiques qui donnent là encore un petit relief en plus à l’ensemble.

Avec « Ava« , Léa Mysius révélait Noée Abita et elle récidive avec ce film, en nous présentant en petite actrice, Sally Drame, qui dans le rôle de cette petite fille qui collectionne les odeurs fait de petites merveilles, arrivant à être aussi touchante que drôlement naturelle. La gamine sera soutenue par Adèle Exarchopoulos, qui gagne en ampleur. Après « Mandibules« , « BAC Nord » et « Rien à foutre« , l’actrice trouve un bon rôle, qui révèle encore une fois une nouvelle facette. On notera aussi Swala Emati dans un rôle pour le moins mystérieux, Daphné Patakia et Moustapha Mbengue, qui trouve un personnage involontairement drôle. Puis pour le plaisir, un petit passage de Noée Abita.

Jonglant entre le drame humain et le film fantastique, Léa Mysius livre une deuxième œuvre belle, intense, très riche et pleine d’émotions. S’il est vrai que ces « … cinq diables » est peut-être trop chargé en sujets, et que beaucoup d’entre eux ne sont pas autant traités qu’ils ne le demandaient, sur l’ensemble « Les cinq diables » est un film prenant, intéressant et pose sa réalisatrice comme une metteuse en scène à suivre.

Note : 14/20

Par Cinéted

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