octobre 6, 2022

La Dérive des Continents (au Sud) – Un Joli Trop-Plein

De : Lionel Baier

Avec Isabelle Carré, Théodore Pellerin, Ursina Lardi, Ivan Georgiev

Année : 2022

Pays : Suisse

Genre : Drame

Résumé :

Nathalie Adler est en mission pour l’Union Européenne en Sicile. Elle est notamment chargée d’organiser la prochaine visite de Macron et Merkel dans un camp de migrants. Présence à haute valeur symbolique, afin de montrer que tout est sous contrôle. Mais qui a encore envie de croire en cette famille européenne au bord de la crise de nerfs ? Sans doute pas Albert, le fils de Nathalie, militant engagé auprès d’une ONG, qui débarque sans prévenir alors qu’il a coupé les ponts avec elle depuis des années. Leurs retrouvailles vont être plus détonantes que ce voyage diplomatique…

Avis :

Aujourd’hui, c’est en Suisse qu’on pose nos yeux de cinéphile pour aller faire un tour sur la filmographie de ce très bon cinéaste qu’est Lionel Baier. Réalisateur pas vraiment connu, et c’est bien dommage, Lionel Baier est un metteur en scène établi depuis une vingtaine d’années, dont la filmographie oscille entre des comédies qui ont toujours un fond dramatique, et des documentaires qui ont des sujets difficiles et intéressants.

Parmi les projets qui lui tiennent à cœur, Lionel Baier a commencé 2006 une tétralogie des points cardinaux. Ainsi, le premier film de cette tétralogie se titre « Comme des voleurs (à l’est)« . Puis il y a eu le génial, « Les grandes ondes (à l’ouest)« , un road trip au Portugal avec en fond la révolution des œillets, et cette année, le réalisateur sort donc « La dérive des continents (au sud)« .

Pour cette nouvelle « direction », Lionel Baier nous emmène en Sicile pour une comédie engagée qui derrière son humour on ne peut plus cynique, nous raconte avant tout l’histoire d’une mère et d’un fils qui se redécouvrent. Amusant, étonnant, piquant, plein d’émotions et tenu par d’excellents acteurs qui trouvent tous de bons rôles, ce troisième film de la tétralogie se pose comme un bon moment de cinéma.

Début 2020, Nathalie Adler est en mission pour l’Union européenne en Sicile auprès des réfugiés qui arrivent en masse. Ces jours-ci, sa mission consiste à organiser la visite « surprise » d’un camp par le Président Macron et la chancelière allemande Merkel. Cette visite « surprise » aura pour but de montrer que le couple franco/allemand a la situation sous contrôle. Sur place, Nathalie croise son fils Albert, qui est militant dans une ONG qui est là pour aider l’accueil de ces « migrants ». Nathalie a abandonné son fils il y a neuf ans de cela, lorsqu’elle s’est rendue compte de son homosexualité, et depuis, elle n’a eu que très peu de contacts avec lui, alors cette rencontre hasardeuse peut être un signe pour panser les plaies.

« La dérive des continents (au sud)« , nouveau film de Lionel Baier, est ce qu’on pourrait très facilement appeler une comédie satirique et cynique, qui derrière son côté politique, nous offre aussi une histoire touchante et riche, entre une mère et un fils qui se redécouvrent.

Ce que j’aime avec le cinéma de Lionel Baier, c’est qu’il est toujours plus riche que ses bandes-annonces, ou ses synopsis, ne le laissent paraître, et encore une fois, c’est le cas avec ce nouveau film qui, si parfois peut avoir un côté trop de sujets, n’en demeure pas moins aussi intéressant que touchant et amusant (d’ailleurs, ce dernier côté, et surtout le cynisme qu’il tient, je ne l’avais pas vu venir).

Écrit par Lionel Baier et Laurent Larivière (le réalisateur du sympathique « Je suis un soldat« ), le film nous entraîne donc dans une histoire qui s’amuse à taper sur les dirigeants européens, sur les journalistes, et même sur les ONG. Si parfois le film peut partir dans l’absurde, comme ce rêve qui se matérialise, dans son discours politique et ce qu’il veut dénoncer en s’amusant, en plus, avec l’histoire récente, « La dérive des continents (au sud) » nous offre vraiment de quoi nous amuser. Grâce à une plume acide, Lionel Baier démontre les opérations de communication et pointe les instants dits spontanés, qui finalement sont tout, sauf spontanés.

Pour donner un relief et une critique géniale à tout ceci, Lionel Baier a engagé le comique Tom Villa, qui est absolument parfait en pseudo-conseiller, aussi arrogant que déconnecté et lunaire. Villa forme un couple génial avec Ursina Lardi, conseillère de la diplomatie allemande. Le couple n’arrête pas de se tacler pour des symboliques d’images, afin que les dirigeants apparaissent au mieux face aux journalistes, et derrière, aux yeux du monde.

Puis derrière ces discours, ces horreurs, et tous les pseudo protocoles, le film de Lionel Baier nous offre une autre intrigue, celle d’une mère et son fils, et cette dernière est le sang et les émotions du film, avec d’un côté une Isabelle Carré divine en mère pleine de regrets qui a bien du mal à gérer son homosexualité et qui a peur du regard de son fils, et de l’autre, on trouve le canadien Théodore Pellerin repéré dans les films de Sophie Dupuis, ou encore dans le superbe « Boy Erased » de Joel Edgerton. L’acteur, en militant anti-européen et fils en colère perdu, fait des merveilles, et son duo avec Isabelle Carré, entre vacheries, rapprochements, concessions et excuses, se fait au fur à mesure du film, de plus en plus touchant.

Cette conjugaison entre le drame, la satire et la comédie se fait très bien dans la mise en scène de Lionel Baier qui passe d’un genre à l’autre avec aisance, parfois même, il conjugue le tout en même temps, et lorsqu’il convoque l’histoire très récente dans son film, comme l’arrivée du Covid et des mesures sanitaires, ça donne vraiment quelque chose de très, très drôle. Après, son film, parfois, souffre d’un effet trop, dans le sens où Lionel Baier injecte trop de sujets et d’éléments dans un film déjà très chargé avec ses deux sujets principaux. Ainsi, parfois, quelques échappées, ou des instants rêvés qui deviennent réalité, ne sont pas forcément utiles.

Le nouveau film de Lionel Baier est donc un bon petit moment de cinéma qui, s’il est un poil surchargé, entre la question migratoire, la relation mère/fils, l’homosexualité difficilement gérable, et cette visite officielle qui ne cesse d’être déplacée, le film n’en demeure pas moins amusant et touchant, ce qui démontre encore une fois que Lionel Baier est un réalisateur de talent qui mériterait bien plus de lumière.

Note : 14/20

Par Cinéted

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