Black

De : Adil El Arbi et Bilall Fallah

Avec Martha Canga Antonio, Aboubakr Bensaihi, Emmanuel Tahon, Axel Massudi

Année : 2016

Pays : Belgique

Genre : Drame

Résumé :

Deux gangs des banlieues bruxelloises, les Black Bronx et les 1080, se mènent une lutte sans merci. Mavela, s’éprend de Marwan, membre du gang rival. Les deux amants s’enlisent alors dans une intense passion interdite et dangereuse…

Avis :

On le sait, certains films marquent à jamais des générations. Pour les valeurs qu’ils véhiculent, pour les révolutions techniques qu’ils utilisent ou encore pour les messages indémodables qu’ils portent. En ce sens, La Haine de Mathieu Kassovitz est pour beaucoup considéré comme un film de chevet. Montrant la dure vie dans les quartiers sensibles, premier film à aborder de plein fouet la violence dans les zones abandonnées par les politiques et donc fragilisées, utiliser un langage qui n’a pas la langue dans sa poche et qui n’hésite pas à utiliser des grossièretés, La Haine a nourri pas mal de jeunes cinéastes qui aujourd’hui le cite comme une référence. On peut penser à certains membres de Kourtrajmé comme Ladj Ly et son film Les Misérables, mais aussi et surtout à Adil El Arbi et Bilall Fallah. Les deux jeunes belges, aujourd’hui reconnus internationalement puisqu’ils sont derrière la caméra de Bad Boys for Life et du Flic de Beverly Hills 4, fournissent alors un premier film qui oscille entre le conte moderne et une version belge de La Haine.

Adaptation d’une nouvelle parue en 2008 et qui veut parler des guerres de gangs à Bruxelles, faisant chaque année plusieurs dizaines de morts, Black est un film qui veut être une sorte de Roméo et Juliette en plus violent, en plus moderne et en plus trash. Le problème quand on utilise un tagline pareille, c’est que l’on fait rapidement le tour de l’intrigue. Un gang d’arabes d’un côté, qui vivote de petits larcins et de vols de sac à mains. De l’autre, un gang de black, plus violent, qui vit grâce à la drogue, au deal et à la violence. Chaque groupe à une façon de fonctionner bien précise et bien évidemment, les rivalités sont exacerbées. Et on se doute bien qu’un jeune d’un gang va tomber amoureux d’une fille du gang d’en face et que tout cela va dégénérer. C’est un peu le problème quand on veut faire le rapprochement avec une œuvre culte, on se grille tout le suspense et les surprises ne vont pas venir à nous. De ce fait, Black va manquer d’intensité dans son fond, ou tout du moins dans la relation qui unit Mavela et Marwan. Si le couple tient la route, notamment grâce à des acteurs amateurs plus vrais que nature, on ne sera guère surpris par le chemin emprunté par le film. On va donc suivre cette histoire assez placidement.

Il faudra bien évidemment noter cette volonté de montrer la vie dans les quartiers et les différents cartels. Cependant, on ne peut nier que les deux réalisateurs ont un parti pris dans ce scénario. En effet, les arabes apparaissent comme plutôt sympathiques et leurs larcins ne font pas de victimes. Certes, ils parlent mal, n’ont pas peur de la police et aiment les conflits, mais on ressent une certaine empathie pour eux. Ils sont plus marrants qu’autre chose. A contrario, le gang des blacks est plus virulent, plus violent et le portrait qui est fait de leur leader, X, fait froid dans le dos. Torture, tir au pistolet, viol collectif par deux fois dans le film. Difficile ici de ressentir un quelconque sentiment amical envers cette bande et ces jeunes qui n’hésitent pas à tuer. Il y a une grosse distance de regard entre ces deux « factions » et c’est assez étrange comme sentiment. Oui, les deux clans sont des hors-la-loi, oui, ça trafique des deux côtés, mais il y en a un qui est plus « méchant » que l’autre. Chez les arabes, seul le personnage du grand frère est détestable, et encore, c’est surtout parce que c’est un connard.

Mais tout n’est pas à jeter dans Black. D’ailleurs, si le film a tapé dans l’œil de Jerry Bruckheimer lors du festival du film de Toronto, ce n’est pas pour rien. En effet, visuellement, le film est excellent. Les deux réalisateurs ont un œil bien aiguisé et propose des scènes qui sont parfois très belles, très mélancoliques, et d’autres qui sont plus crues, plus violentes. On pense bien évidemment à l’un des climax du film, qui est tout simplement un viol collectif, qui est montré d’une façon frontale tout en y délaissant quelques gouttes de cauchemars avec des filtres de couleurs pour mieux marquer la douleur de la jeune fille. Les couleurs sont d’ailleurs un élément important du métrage, puisqu’elles racontent quelque chose et ne sont pas choisies au hasard. Il y a un vrai boulot derrière le film qui n’est pas là que pour faire le buzz autour de sa violence et de sa grossièreté. On ajoutera à cela que les scènes d’action, en règle générale des bagarres dans des halls de gare, sont plutôt bien foutues et montrent bien la violence qui règne dans les quartiers. Les coups pleuvent, les fractures se multiplient et la séquence finale est très intéressante dans sa mise en scène. Bref, au-delà du fond qui demeure un peu maladroit, la forme force le respect.

Au final, Black n’est pas un film inintéressant, c’est juste qu’il rentre dans des cases trop codifiées et qui peuvent être agaçantes. La grossièreté, les personnages qui s’enflamment pour un rien, les quartiers dégueulasses, la violence inhérente à ce genre de film qui en fait des caisses pour dénoncer l’abandon des quartiers, tout cela est vu et revu et Black n’y apporte pas de nouveauté. Fort heureusement, les deux réalisateurs sont talentueux et livrent une belle copie, qui leur a permis de réaliser leur rêve américain, en espérant qu’ils ne se brûlent pas les ailes dans le pays de l’oncle Sam en tournant les péripéties de papa Smith et pépé Lawrence.

Note : 12/20

Par AqME

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