mars 3, 2024

Une Zone à Défendre – Roméo & Juliette en Sarouel

De : Romain Cogitore

Avec François Civil, Lyna Khoudri, Nathalie Richard, Nico Rogner

Année : 2023

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Greg, officier de la DGSI, est envoyé sous une fausse identité pour infiltrer une ZAD. Il y rencontre Myriam, une militante écologiste. 18 mois plus tard, Greg retourne sur place pour une mission officielle, il retrouve Myriam et découvre qu’elle a un bébé. Déchiré entre son ambition professionnelle et un amour naissant, Greg doit faire un choix, qui peut tout changer. Car le temps presse, bientôt tout disparaîtra.

Avis :

Certains grands classiques de la littérature romantique continuent d’inspirer les scénaristes et autres réalisateurs aujourd’hui. Et parmi les relectures les plus populaires, on peut dire que Roméo et Juliette de William Shakespeare se place dans le haut du panier. Que ce soit repris de façon « traditionnelle », ou transposé dans une temporalité plus contemporaine, une histoire d’amour entre deux personnes qui ne sont pas issues de la même classe sociale reste quelque chose d’intemporel, et qui trouve des résonances dans toutes les époques, et dans tous les lieux. Romain Cogitore, cinéaste à qui l’on doit Nos Résistances et L’Autre Continent, l’a bien compris, et plutôt que de faire un film de banlieue que l’on a déjà vu (Black), il va mettre en avant une histoire d’amour dans une ZAD, lieu peu commun dans le cinéma (hormis Problemos avec Eric Judor).

Premier film français destiné uniquement à la plateforme de streaming Disney+, Une Zone à Défendre va mettre en avant François Civil, agent de la DGSI, qui va infiltrer une ZAD afin de la démanteler pour construire un barrage. Sur place, il tombe amoureux de Myriam, une zadiste très engagée qui se complait dans ce mode de vie basé autour du partage. Tiraillé entre sa carrière très prometteuse et la découverte de sa paternité au sein de la ZAD, Greg va devoir faire des choix entre ce que lui dicte son cœur et sa tête. Très clairement, le film possède les mêmes bases que l’œuvre de Shakespeare, à ceci près qu’il n’oppose pas deux familles de classes sociales différentes, mais deux personnes qui voient la vie en communauté de façon opposée, avec Greg et sa démocratie, et Myriam avec sa ZAD.

« Il va être compliqué de ressentir quelque chose pour ce couple. »

Au niveau de l’écriture, le film aurait pu être plus malin. Le démarrage est assez fort, avec cet homme qui intègre rapidement la ZAD, mais que l’on voit trafiquer sa tente pour pouvoir dormir dans un logement, lui permettant alors de pénétrer pleinement dans la zone à défendre. On sait d’emblée que ce type est louche, ou tout du moins qu’il n’est pas là par hasard. Cependant, très vite, il va coucher avec une nana, Myriam, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi. D’autant plus que par la suite, on va apprendre que Greg est un agent de la DGSI, qu’il est missionné pour aider à démanteler cette ZAD, et que normalement, il n’avait pas forcément besoin de coucher avec une des membres du lieu. Et le coup de foudre est difficile à apercevoir, tant c’est fait à la va-vite, avec une absence totale d’émotions.

Dès lors, il va être compliqué de ressentir quelque chose pour ce couple. Tout parait assez superficiel, et le départ fugace de Greg pour enchainer avec une nouvelle mission prouve qu’il n’a pas de sentiments, et qu’il a fait l’acte d’amour par pur plaisir personnel et égoïste. Fort heureusement, le film se rattrape avec l’évolution de cette histoire, lorsque Greg se rend compte qu’il est devenu père. La relation change, le regard de l’homme sur cette communauté commence à prendre un autre tournant, et globalement, le film réussit à nous faire aimer ce couple dysfonctionnel, qui arrive à nouer des sentiments grâce à ce bébé. Et le scénario de jouer alors avec le mélo en opposant les contraintes du boulot de Greg à sa volonté de garder le bébé et d’assumer ses sentiments envers Myriam. C’est un peu trop long, et bien trop appuyé.

« Cette critique du système demeure intéressante. »

Heureusement, le film ne mise pas que sur la relation entre Myriam et Greg. L’un des grands intérêts du film est de poser un regard impartial sur les ZAD et les gens qui vivent à l’intérieur. Impartial, pas vraiment car le film pointe du doigt un système démocratique pipé, où la DGSI place des agents infiltrés pour saboter ces zones. Une preuve, si besoin l’en est, de montrer que le gouvernement est pourri, et que pour détourner les lois, il n’est pas le dernier. Mais cette critique du système demeure intéressante, car on peut deviner le point de vue du réalisateur, qui montre que vivre au sein d’une communauté simple et altruiste est peut-être mieux que de vivre dans une société hiérarchisée et individuelle. L’histoire ne fait pourtant pas de grand écart, montrant aussi des facettes négatives de la ZAD, qui ne peut survivre sans le capitalisme.

D’un point de vue mise en scène, c’est assez inégal, mais on peut pointer du doigt la volonté de Romain Cogitore de rendre son film nerveux, et de nous plonger au cœur de l’action lorsque les forces de l’ordre viennent détruire la zone. Caméra à l’épaule et steadycam de sorti, le metteur en scène suit ses personnages dans les méandres de la ZAD pour mieux dynamiser son récit. Les plans-séquence sont plutôt bien fichus, et on appréciera le fait que la caméra ne tremble pas, même lorsqu’il y a de l’action. Néanmoins, si on jette un œil sur la photographie ou la lumière, on reste dans un film assez banal, qui a bien du mal à faire exister ses phases intimes. Certes, les moments tendres entre François Civil et le bébé sont plutôt jolis, mais pour le reste, on reste sur du cinéma qui manque de personnalité.

Au final, Une Zone à Défendre est un film qui prend des risques, surtout sur une plateforme aussi lisse que Disney+, et à quelque part, le long-métrage tient ses promesses en nous plongeant au cœur d’une ZAD et en pointant du doigt un état pourri qui fait bien ce qu’il veut, qu’importe les lois. Il est dommage que ce message social soit noyé dans une histoire d’amour shakespearienne qui peine à convaincre, tant l’alchimie entre les deux personnages ne prend pas et sombre dans un mélo dont on se serait bien passé…

Note : 12/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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