octobre 27, 2020

Rojo

De : Benjamin Naishtat

Avec Dario Grandinetti, Andrea Frigerio, Alfredo Castro, Laura Grandinetti

Année: 2019

Pays: Argentine, Brésil, France, Allemagne, Pays-Bas

Genre : Thriller, Drame

Résumé :

Argentine, 1975. Claudio, avocat réputé et notable local, mène une existence confortable, acceptant de fermer les yeux sur les pratiques du régime en place. Lors d’un dîner, il est violemment pris à parti par un inconnu et l’altercation vire au drame. Claudio fait en sorte d’étouffer l’affaire, sans se douter que cette décision va l’entraîner dans une spirale sans fin.

Avis :

Benjamín Naishtat est un réalisateur argentin, dont je ne connais absolument pas le cinéma puisque « Rojo » est le premier film que je découvre de lui. Au départ scénariste, il commence à réaliser à la fin des années 2000. Après s’être fait la main avec quatre courts-métrages, Benjamín Naishtat réalise son premier long en 2014. Si tous ses films ont trouvé le chemin de nos salles de cinéma, ils sont restés enfermés dans un petit cercle. Mal distribués, et quasi-invisibles, je commence donc avec « Rojo« , qui est le troisième long-métrage de son cinéaste.

Si les deux premiers films de Benjamín Naishtat étaient peu, voire pas visibles, « Rojo » a quant à lui un peu plus de visibilité. Le cinéma d’Amérique du Sud, depuis quelques années maintenant, est en train de s’imposer à moi comme une évidence. Des mecs comme Pablo Larraín, Fellipe Barbosa, Álvaro Brechner, Sebastián Lelio, Kleber Mendonça Filho, Juliana Rojas et Marco Dutra et tant d’autres encore ont su dynamiter le cinéma latin, au point qu’il suffit qu’aujourd’hui un film soit estampillé Amérique du sud pour que d’emblée, sans autre argument valable, j’ai envie de le voir. À la découverte de sa bande-annonce et de son synopsis, « Rojo » s’inscrivait parfaitement dans cette ligne, mais malheureusement, on ne peut être gagnant à tous les coups et « Rojo » de Benjamín Naishtat s’avère être une belle déception. Long, peu intéressant, plus l’intrigue que mettait en place le cinéaste avançait et plus je me suis retrouvé à me demander de quoi il voulait vraiment parler. Dommage.

Argentine, 1975, Claudio est un avocat réputé qui mène une vie des plus confortables. Un soir, il est pris à partie par un homme dans un restaurant et il l’humilie. Dans la prolongation de cette soirée, Claudio se retrouve de nouveau confronté à cet homme et l’altercation vire au drame. Alors qu’il croyait avoir réussi à étouffer son affaire, cette dernière finit par remonter et elle entraîne Claudio dans une spirale de tensions et de mensonges…

Une altercation entre deux hommes qui vire au drame. L’Argentine de 1975, un futur coup d’état et des hommes et femmes qui commencent à disparaître alors que les plus aisés ferment les yeux. Une enquête qui arrive sur place. Une ambiance sombre et tendue. Dario Grandinetti… Franchement, « Rojo » de Benjamín Naishtat avait bien des arguments qui mettaient mes radars en alerte. Entre thriller, drame et politique, « Rojo » s’annonçait donc comme une petite bombe, mais il n’en fut rien et c’est avec beaucoup de déception que je ressors de ma séance.

Il est clair que « Rojo » démontre bien que son réalisateur impose une bonne ambiance, on ne pourra rien lui reprocher visuellement parlant. La mise en scène est belle, le film est élégant, Benjamín Naishtat sait parfaitement installer une ambiance et un ton. On ne pourra non plus reprocher au film de réussir totalement sa reconstitution, ou encore tout le sous-texte politique. Il y a comme quelque chose qui ne demande qu’à éclater dans ce film. Peut-être est-ce parce que l’on connaît ce que l’avenir du pays prépare à sa population, mais il est très clair que de ce point de vue-là, Benjamín Naishtat réussit à « nous tenir » ou du moins nous intriguer, nous intéresser. Mais c’est aussi là qu’on restera dans une attente interminable, car si l’ambiance de « Rojo » est réussie, si le film ne demande qu’à éclater, jamais il ne va le faire, la faute à un scénario bien trop confus qui ne sait quoi raconter.

« Rojo » est un film qui raconte la confrontation de deux hommes et comment l’un d’eux essaie de se sortir tant bien que mal d’une situation indépendante de sa volonté. Ou alors est-ce un film qui parle de politique, d’un futur coup d’état qui amènera à la dictature en 1976 du Général Videla. Ou alors est-ce peut-être un film qui peint le quotidien de gens simples dans l’Argentine des années 70. « Rojo » est tout ça à la fois, et à force de vouloir parler de tout et de rien, il finit par s’emmêler les pinceaux, à enchaîner les longueurs et finalement, c’est peut-être ce qui est le plus dommage, il finit par survoler ses sujets, sans jamais se poser pour vraiment en développer un. Ce constat est agaçant et triste, car on sent chez Naishtat une envie de cinéma, une envie de parler de choses importantes, tout en parlant aussi de l’humain. On sent que le réalisateur a des choses à dire, et qu’il sait y mettre la force, mais malheureusement là, ça ne fonctionne pas et l’on s’ennuie devant « Rojo« . Et au-delà de ça, on cherche surtout à savoir de quoi le film veut vraiment nous parler. Bref, c’est une belle déception.

« Rojo » avait tout pour être un film puissant, le contexte politique était là, l’enquête était là, la tension était là, mais rien n’y a fait. Si l’ouverture du film donnait naissance à un objet de cinéma sombre, Benjamín Naishtat n’a pas réussi à tenir son film et son intrigue jusqu’au bout. Malgré tous les bons éléments, malgré son casting solide, malgré le talent du metteur en scène qui arrive à tenir un ton, un caractère, « Rojo« , en plus de ne pas savoir sur quel pied danser, laisse une impression de n’être finalement qu’une ouverture, qu’un lancement et alors que le film aurait pu éclater enfin, Benjamín Naishtat décide de mettre un point final à son intrigue, ce qui est frustrant dans un premier temps, et agaçant dans un deuxième temps, car, au final on ne sait pas vraiment de quoi nous a parlé « Rojo« . Dommage.

Note : 07/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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