décembre 7, 2021

Le Marteau de Thor – Stéphane Przybylski

Auteur : Stéphane Przybylski

Editeur : Le Bélial’/Pocket

Genre : Uchronie

Résumé :

Fin 1939.
La mission archéologique de l’Ahnenerbe est un échec : l’extraordinaire découverte faite dans la vallée du Nahr al-Zab-al-Saghir semble aux mains de l’ennemi anglais, et Friedrich Saxhäuser est porté disparu au large de Madère… Heinrich Himmler ne peut tolérer pareil camouflet, d’autant que ce qui a été mis au jour dans le Kurdistan irakien se révèle à ce point stupéfiant, impensable, que l’ensemble des forces en présence, à l’aube du plus grand conflit que l’humanité n’ait jamais connu, pourrait s’en trouver balayé… Aussi, alors que la Wehrmacht écrase la Pologne et que les Einsatzgruppen de Heydrich déchaînent l’enfer dans les rues de Varsovie, le regard des chefs nazis se tourne-t-il vers l’Ouest. Retrouver la cargaison du Siegfried est désormais crucial : l’Allemagne hitlérienne s’apprête à abattre le Marteau de Thor sur l’Angleterre…

Avis :

Avec Le Château des millions d’années, Stéphane Przybylski posait les bases d’une œuvre singulière en s’attardant sur les nombreux aspects ésotériques du Troisième Reich. Entre aventure, espionnage et histoire, le mélange des genres et l’atmosphère du Moyen-Orient laissaient augurer du meilleur pour le second tome de la tétralogie des origines. Avec des ambitions clairement affichées, Le Marteau de Thor s’approprie une page décisive du XXe siècle dans le but d’offrir une nouvelle interprétation de faits historiques. Avec une intrigue qui reprend là où elle s’était arrêtée, Le marteau de Thor s’inscrit-il dans la continuité de son prédécesseur ?

Les présentations étant faites dans le précédent opus, on peut s’attendre à ce que le récit délaisse sa structure anarchique où les innombrables allers-retours temporels minaient le rythme. Rare élément préjudiciable à la qualité générale. Or, force est de constater que l’auteur réitère un schéma similaire. Chaque changement de point de vue est sujet à une incursion dans le passé d’un personnage pour exposer un événement particulier. Le procédé est tellement présent qu’il atténue considérablement l’intérêt de l’histoire sur la longueur. On vaque de la Grande Guerre aux années folles avec un détour par les circonstances qui ont précédé l’expédition en Irak. Cela, sans compter l’alternance des intervenants.

Comme une seconde nature, le lecteur est contraint de constamment replacer les faits par rapport à l’ordre général du récit. Quant aux projections au-delà de la Seconde Guerre mondiale, elles se révèlent aussi furtives qu’inutiles. Et c’est bien cela le problème. Là où les flashbacks du premier livre développaient le background des personnages, ceux du présent ouvrage n’apportent pas grand-chose. Il y a bien quelques éclaircissements sur leur rencontre respective. Toutefois, les éléments liés à leur passé sont moins probants, car relativement distants des motivations et préoccupations qui les occupent. Loin de s’essouffler, cette tendance se confirme avec un dernier quart poussif privilégiant des ébats amoureux à d’hypothétiques révélations.

Les attentes sont déçues, car le début laissait penser à une orientation axée sur le développement de la théorie des anciens astronautes. Là où ce point était objet de spéculations et de fantasmes dans Le Château des millions d’années, on était en droit d’espérer une approche plus concrète, à tout le moins dénuée de complaisance. Les tergiversations sont de rigueur et l’intrigue ne progresse guère. Enfin, pas dans le sens que l’on peut présumer. De même, les corrélations avec de véritables événements historiques sont en retrait, voire totalement absents de l’ouvrage. Tout juste doit-on se contenter de quelques rencontres symboliques avec Hitler ou ses lieutenants ; Goering, Hess et consorts.

Même le mélange des genres s’érode pour privilégier l’aspect espionnage. Ce dernier supplante les autres influences du récit en proposant une narration linéaire dans la trame générale et non les flashbacks. Les jeux de faux-semblants s’affranchissent de données géopolitiques, tandis que le rôle alloué aux principaux intéressés reste assez trouble, eu égard à leurs motivations et leurs convictions. Il est compréhensible d’occulter le côté aventureux avec un retour sur le continent européen. Ce qui l’est beaucoup moins, en revanche, réside dans l’absence de contexte dû au début de la Seconde Guerre mondiale. La majeure partie de l’histoire se situe, en effet, fin octobre 1939.

Au final, Le Marteau de Thor est une déception au vu de ce que Le Château des millions d’années présageait. Si certains choix narratifs restent justifiables, l’intrigue s’étiole dans des considérations dispensables. Au lieu d’apporter une continuité au dénouement du précédent livre, cette suite préfère s’attarder sur les conséquences et les réactions disparates dues à l’échec de l’expédition de l’Ahnenerbe en Irak. Autrement dit, les personnages subissent l’histoire et n’influent guère sur sa bonne progression. Avec ce second opus moyen, la tétralogie des origines fait donc du surplace et se présente surtout comme un épisode de transition nettement moins convaincant que son prédécesseur.

Note : 11/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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