
Avis :
Quand on est un groupe connu dans un certain style, et que l’on a un frontman qui aime bien ouvrir sa gueule, forcément, chaque nouvel album est attendu au tournant. Fer de lance du Groove métal depuis les années 2000, Lamb of God s’est rapidement imposé sur une scène pas si mise en avant que ça. Il faut dire qu’avec des morceaux comme Redneck, ou encore des albums comme Sacrament, les américains ont su allier des riffs puissants avec un sens du rythme vraiment impressionnant. Il y a quatre ans de cela, le groupe sortait Omens, qui fut une très agréable surprise. Mark Morton et Randy Blythe semblaient avoir retrouvés l’inspiration au sein d’un effort court mais tonitruant, renouant avec le succès des débuts. Forcément, l’annonce d’un nouvel album a été une surprise que l’on attendait avec une certaine fébrilité.
Into Oblivion est donc le dernier album en date de Lamb of God, qui a quitté Epic Records pour aller vers Century Media Records, et qui a gardé le même line-up depuis 2019 et l’arrivée de Art Cruz derrière les fûts. Pas d’énormes changements donc, sinon un label sans doute plus gros, mais dont n’a pas besoin le groupe. Néanmoins, est-ce que cela leur a permis d’avoir les coudées plus libres, impossible à savoir. Cependant, il est intéressant de noter que c’est leur album le plus court depuis As the Palaces Burn, à savoir qu’il ne dépasse pas les quarante minutes pour dix morceaux, démontrant sans doute une envie de nous percuter plus rapidement, et de ne pas tergiverser autour d’accompagnement inutile. Car oui, Lamb of God revient en grande forme, avec une énergie dévastatrice et une colère sourde envers un monde de plus en plus égoïste.
Le morceau éponyme de l’album ouvre le bal. Into Oblivion affiche de belles ambitions, avec un riff sauvage, une rythmique bien groovy et un chanteur en pleine possession de ses moyens. C’est simple, c’est carré, ça envoie du lourd, et on retrouve le groupe américain dans ce qu’il sait faire de mieux. Alors certes, Lamb of God ne réinvente pas sa recette magique, mais ça marche à plein régime. Très clairement, si la formation n’est pas inspirée pour prendre des risques, elle demeure pleine de fougue et de colère. Cela s’entendra encore plus avec Parasocial Christ, qui démarre sur les chapeaux de roues et ne nous laissera aucun répit pour respirer. C’est bien simple, il s’agit du titre le plus sauvage de l’album, celui qui frappe le plus fort et qui s’avère presque insaisissable tant il est un uppercut en pleine tronche.

En abordant Sepsis, le groupe laisse beaucoup de place à la basse, qui va scander un rythme bien lourd pour laisser le groupe exploser assez rapidement. Le résultat est très classique, faisant écho à un certain style des années 2000, mais ce petit retour en arrière est grisant et représente un vrai plaisir régressif. Puis The Killing Floor revient à un Groove Métal bien senti, puissant, et qui possède un excellent refrain qui reste en tête. Encore une fois, Lamb of God ne réinvente jamais sa recette, mais c’est fait avec un savoir-faire unique, et surtout une grosse envie de nous faire headbanger. Le résultat est plus que probant, et on en redemande. El Vacio sera un morceau qui se démarquera par sa pseudo légèreté. Le morceau est plus complexe à appréhender, plus doucereux, mais il détient des fulgurances qui offrent des ruptures sauvages et salvatrices.
Derrière, St. Catherine’s Wheel renoue avec une belle rapidité d’exécution et un titre qui ne fait pas dans la dentelle. C’est percutant, virulent, et il y a une forme de discours fédérateur à l’intérieur qui invite à la bagarre. Puis Blunt Force Blues vient offrir une rythmique infernale, donnant en plus de puissance à un refrain qui reste immédiatement en tête. Là encore, les américains restent dans leur zone de confort, mais c’est tellement bien fichu qu’on en redemande. Bully poursuit le même chemin, avec une grande place donnée à Mark Morton, qui s’exprime à plein régime. Si le résultat n’est guère surprenant, il s’avère très efficace. Puis A Thousand Years s’amuse avec sa basse et sa batterie, pour donner une introduction mémorable, offrant alors une jolie voie à la guitare. Randy Blythe alterne chant clair et cri pour plus de percussion, et c’est très fort.
Au final, Into Oblivion, le dernier album de Lamb of God, est une réussite, même si on a connu les américains plus inspirés. Ici, ce dixième album pourrait presque se voir comme une réaction à l’ambiance délétère de notre monde, lui répondant alors de manière frontale et sans fioriture, lui crachant notre colère en plein visage. D’ailleurs, Devise/Destroy qui clôture l’album synthétise parfaitement ce ressenti dans une hargne sourde et véloce, qui ne mérite aucune riposte. Bref, le groupe ne se réinvente pas, mais il fait ce qu’il sait faire de mieux, et avec un talent qui n’est plus à démontrer.
- Into Oblivion
- Parasocial Christ
- Sepsis
- The Killing Floor
- El Vacio
- St. Catherine’s Wheel
- Blunt Force Blues
- Bully
- A Thousand Years
- Devise/Destroy
Note : 16/20
Par AqME
