Evil Dead 2

De : Sam Raimi

Avec Bruce Campbell, Sarah Berry, Lou Hancock, Dan Hicks

Année: 1987

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Deux jeunes amoureux se rendent dans la cabane du professeur Knowby, qui a mystérieusement disparu après avoir eu en sa possession quelques pages du livre des morts, redoutable grimoire disparu au XIVe siècle.

Avis :

Le cinéma d’horreur est un formidable terreau pour qui veut trouver de futurs réalisateurs cultes. Si on jette un œil à la filmographie des plus grands cinéastes d’aujourd’hui, on remarquera bien souvent que leurs premiers pas se font dans l’horreur. Steven Spielberg avec Duel, James Cameron avec Piranhas II – Les Monstres Volants, Francis Ford Coppola avec Dementia 13 ou encore Peter Jackson et son fameux Bad Taste. Des films bien souvent irrévérencieux, totalement libres, quelque fois ratés, mais qui ont une vision et une envie de faire du cinéma sans contrainte. Et s’il y en a bien un qui n’aime pas les contraintes des studios, c’est bien Sam Raimi. Né le 23 Octobre 1959 à Franklin dans le Michigan, il se passionne très vite pour le cinéma, rencontre Bruce Campbell durant ses études, qui deviendra son acteur fétiche et fondera même une petite société de production avec Robert Tapert à la sortie de l’université. Après trois courts-métrages, Sam Raimi réalise Evil Dead en 1982 avec un budget de 350 000 dollars. C’est après une diffusion au festival de Cannes sur une section parallèle, et plusieurs prix remportés dans divers festivals de genre que le film devient rapidement culte. Pour autant, ce n’est pas sur ce film que l’on va s’arrêter aujourd’hui.

Trois ans plus tard, il rencontre les frères Coen qui vont lui écrire une comédie policière déjantée, Mort sur le Gril, qui montre déjà des tics de réalisation de la part de Sam Raimi, avec des passages complètement burlesques et résolument cartoon. Néanmoins, point de monstre dans ce métrage et c’est celui qui arrive après qui va nous intéresser, à savoir Evil Dead 2, qui possède un statut particulier. Car si beaucoup considère ce film comme une suite, il ressemble plus à un remake déguisé, ou tout du moins à un Evil Dead premier du nom avec plus de budget, et donc plus de folie. Il faut dire qu’à l’époque, Sam Raimi avait envie de bouffer de la pellicule, il avait envie de se donner à fond et de combattre ses démons en faisant le premier film qu’il avait envie de faire, avec cette fois-ci un budget plus conséquent. Et il va en ressortir un film encore plus culte que le premier, qui respire le septième art à plein nez.

La première chose qui frappe avec ce film, c’est la folie de sa réalisation et la place importante des mouvements de caméra. C’est bien simple, il y a une idée à la seconde et le film n’arrête jamais d’inventer, d’innover et de donner du sens à l’image et au mouvement. Du début à la fin, la mise en scène est un exemple à suivre pour tous les futurs cinéastes en herbe. Entre les travellings de malade, les plans inclinés pour symboliser la folie, les zooms, les plans qui tournent, les plans-séquences à la première personne qui suivent Bruce Campbell dans la maison, Sam Raimi place la barre très haut et livre un film d’une finesse rare en ce qui concerne la technique. On sent que le type a mis ses tripes sur la table et a fait un film à la limite de l’expérimental par moments. La fluidité des mouvements est ahurissante et place vraiment le spectateur au sein de cette cabane maudite, au plus près des personnages. Si on pourrait croire que cette mise en scène frénétique n’a pour seul but que de montrer un talent technique indéniable, c’est se foutre le doigt dans l’œil jusqu’au coude. En effet, Sam Raimi donne toujours un sens à l’image et s’il choisit certains plans, ce n’est pas anodin. A titre d’exemple, les plans s’inclinent lorsque Ash, le héros, perd totalement le contrôle et commence à danser avec les objets de la cabane. Le plan-séquence qui suit Ash est là pour explorer la maison, mais aussi pour plonger le spectateur au sein même de l’action, rajoutant un vrai sentiment d’urgence. Bref, Evil Dead 2 est une prouesse technique mais qui n’est pas là que pour faire du tape à l’œil.

Et pourtant, il y a de quoi faire frétiller la rétine dans ce film. Entre les effusions abondantes de sang, l’aspect gore qui est outrancier ou encore les monstres dégueulasses qui peuplent le métrage, on aurait pu tomber dans un film qui n’arrive pas à trouver le bon ton entre l’horreur pure et la comédie burlesque. Mais Sam Raimi n’est pas un manche et il va arriver à construire son histoire dans une justesse de tonalité assez incroyable. Le film oscille constamment entre la comédie noire et gore et le pur film d’horreur avec des séquences tendues. Evil Dead 2 est un film qui peut faire peur comme il déclenche des fous rires incontrôlables. Cela est dû à deux choses. Une parfaite maîtrise de la mise en scène pour instaurer des moments loufoques, mais aussi angoissants, et une prestation d’acteur assez bluffante. Bruce Campbell, qui est tombé un peu dans le cinéma par hasard, livre une composition digne d’un Buster Keaton ou même d’un Charlie Chaplin horrifique. Seul durant une bonne partie du film, il incarne la folie même, l’homme qui perd tout contrôle et qui sent sa rationalité s’échapper petit à petit. Le passage où il perd le contrôle de sa main est tout simplement impressionnant tant il arrive à dissocier ce qu’il doit faire. Ces moments burlesques côtoient sans arrêt des moments plus gores, plus effrayants, un peu comme le passage dans la cave avec Henrietta par exemple. La tonalité du film est juste, il n’y a jamais une partie qui prend le pas sur l’autre et c’est aussi pour ça que le film fonctionne aussi bien.

Mais ne nous y trompons pas le film possède aussi un fond et une certaine poésie. S’il est outrancier dans ses moments gores, il sait aussi jouer avec nos peurs primaires et profondes, et notamment l’omniprésence de la mort ou encore la perte de repères lorsque l’on se retrouve seul. La solitude est l’une des thématiques du film, ce qui plongera le héros en pleine folie douce. On ressent sa dépression, son absence de repères dans un lieu qu’il ne connait pas et duquel il est impossible de s’échapper. On pourrait presque y voir la psyché d’un tueur en série qui vrille après avoir buter sa petite amie et dont la folie prend réellement vie. La mort et ce qu’il y a après la mort est aussi un thème fort du film qui interroge sur nos âmes et sur la possibilité de devenir un véritable démon. Pas de place pour les anges dans ce genre de film. Il y aura donc un rapport très organique dans ce métrage, qui se verra dans les gros plans, mais aussi dans les transformations physiques des monstres, qui ont chacun une fonctionnalité bien particulière. Et c’est bien entendu là que ça devient intéressant, car en utilisant diverses créatures et diverses manières de les animer, Sam Raimi nous impose différentes peurs.

En premier lieu, on va avoir droit à une séquence étrange, éthérée, en stop-motion, de la petite amie de Ash qui se met à danser dans la nuit, le corps en putréfaction. Ce moment de poésie macabre peut presque se voir comme l’élément déclencheur de la folie de Ash. Si l’effet pour animer le monstre peut sembler désuet, il donne du cachet au film et ajoute même un certain malaise avec les mouvements saccadés et les gestes obscènes qui vont avec. Par la suite, on va faire la connaissance d’Henrietta, qui est le monstre le plus emblématique du film. Joué par Ted Raimi entouré de latex, le monstre est un mélange de costume en latex, évidemment, et de maquillage signé Mark Shostrom. A l’époque, le type n’est pas un inconnu puisqu’il avait déjà bossé pour Les Griffes de la Nuit de Wes Craven ou encore Videodrome de David Cronenberg, deux gros films. Avec cette créature, il propose quelque chose d’imposant, de lourd, de libidineux et qui montre à quel point les âmes peuvent être perverties de la pire des façons. Sa transformation à la fin du métrage sera bien sale, offrant un sacré moment d’anthologie. On peut aussi évoquer les maquillages efficaces du Evil Ed ou encore le délire inépuisable de cette main qui se balade dans la baraque. Tous ces monstres sont présents pour montrer à quel point la mort peut être horrible et leurs physiques disgracieux rajoutent un sentiment de folie et d’impuissance face à des forces démoniaques inépuisables.

Si Evil Dead 2 n’a pas usurpé son statut de film culte complètement fou et frénétique, il ne faut pas occulter pour autant de menus défauts, comme de gros faux raccords (le sang qui disparait du sol ou d’une chemise entre deux plans) et des effets visuels qui ont pris un petit coup dans l’aile. Cependant, cela n’entache jamais en rien le plaisir de visionnage et la posture résolument punk de Sam Raimi, tout en y apportant de la logique et du fond. Il est d’ailleurs improbable qu’un film comme celui-ci sorte aujourd’hui, tant la démarche est libertaire, s’abrogeant volontairement des contraintes de studios. Il en résulte un petit chef-d’œuvre de la comédie horrifique, à ranger aux côtés de Braindead, et qui enterre, plus de trente ans plus tard, bien des films contemporains. Groovy !

Note : 19/20

Par AqME

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