Même la Pluie

Titre Original : Tambien la Lluvia

De : Iciar Bollain

Avec Luis Tosar, Gael Garcia Bernal, Carlos Aduviri, Carlos Santos

Année : 2011

Pays : Espagne, France, Mexique

Genre : Drame

Résumé :

Sebastian, jeune réalisateur passionné et son producteur arrivent dans le décor somptueux des montagnes boliviennes pour entamer le tournage d’un film. Les budgets de production sont serrés et Costa, le producteur, se félicite de pouvoir employer des comédiens et des figurants locaux à moindre coût. Mais bientôt le tournage est interrompu par la révolte menée par l’un des principaux figurants contre le pouvoir en place qui souhaite privatiser l’accès à l’eau courante. Costa et Sebastian se trouvent malgré eux emportés dans cette lutte pour la survie d’un peuple démuni. Ils devront choisir entre soutenir la cause de la population et la poursuite de leur propre entreprise sur laquelle ils ont tout misé. Ce combat pour la justice va bouleverser leur existence.

Avis :

Actrice et réalisatrice espagnole à la riche carrière, Icíar Bollaín demeure cependant inconnue du grand public. Œuvrant dans le cinéma depuis presque toujours, elle a commencé sa carrière d’actrice à l’âge de quinze ans. Icíar Bollaín aime le cinéma social et à travers ses films, elle aborde des sujets plutôt lourds. Fidèle de Ken Loach qu’elle a rencontré (elle y a même consacré un livre), elle est la compagne de Paul Laverty qui est le scénariste attitré de Ken Loach. C’est donc pour cela qu’on retrouvera notamment le scénariste sur les films de la réalisatrice et notamment ce « Même la pluie« .

« Même la pluie » est un film ambitieux, aussi bien dans son intrigue, ou plutôt ses intrigues, que de son visuel, son concept et ce qu’il a à dire. Offrant un film qui aborde aussi bien la condition d’un pays que le processus de création, « Même la pluie » est une œuvre fascinante qui met le doigt là où il faut. Alors même si certains personnages ne seront pas plus touchants que cela, notamment celui incarné avec réalisme par le toujours aussi génial Gaël Garcia Bernal, « Même la pluie » est un bon et beau moment de cinéma.

Sebastian est un jeune réalisateur qui sait ce qu’il veut. Avec son producteur et ami de toujours, Sebastian s’apprête à tourner en Bolivie un film sur Christoph Colomb. Ayant très peu de budget, Sebastian engage des figurants du coin qu’il paye une misère. Parmi ces figurants, Sebastian engage Daniel, la quarantaine, père de famille, pour tenir un grand rôle dans son film. Alors que le tournage avance plutôt bien, le gouvernement bolivien vote une loi qui privatisera l’eau des sources et de pluie. Dès lors, une révolte gronde dans le pays et Daniel est l’un des meneurs. Sebastian et Costa vont alors vite se retrouver pris dans un conflit qui les dépasse.

« Même la pluie » est donc un film qui va être intéressant à plus d’un titre. Avec ce film, Icíar Bollaín va essentiellement traiter de la cupidité en peignant pour cela plusieurs peintures qui vont être assez justes dans leur réflexion. « Même la pluie« , c’est donc trois films en un que la réalisatrice nous propose. Trois films assez différents l’un de l’autre et qui pourtant vont finalement tous converger vers la même réflexion.

Premièrement, avec ce film, la réalisatrice évoquera le processus de création, en nous racontant un tournage dans un cadre et un contexte difficile. De cette partie-là, Icíar Bollaín parlera parfaitement de cinéma. Elle évoquera comment et pourquoi se fait un film. Comment se monte un projet, les coups financiers, et la difficulté pour un cinéma au budget plus que restreint d’arriver à produire des films. Un sujet passionnant et bien orchestré, qui parfois laisse à penser que finalement, la cinéaste espagnole parle de son propre tournage.

D’un autre côté, avec ce film, et surtout le film dans le film, Icíar Bollaín nous raconte Christoph Colomb, la conquête des Amériques et des Indiens. Là encore, le tout est parfaitement orchestré avec notamment une mise en scène sublime qui intègre ses séquences de tournage, comme si ces derniers étaient loin des caméras.

Enfin, dernier film, avec cette fois-ci un contexte plus social, puisque Icíar Bollaín aborde la politique et les multinationales. S’inspirant des émeutes de Colombie des années 2000, cette troisième partie abordera la révolte d’un pays qui se voit « privé » d’eau potable. Des plateaux de cinéma à une guerre civile, la réalisatrice passe d’un sujet et d’un style à l’autre avec beaucoup de fluidité. Et chacun des sujets, à sa manière, même s’il abordera de multiples sujets (création, finance, ordre, famille, pauvreté, amitié, justice), n’aura finalement pour but que de dénoncer une certaine cupidité. La cupidité du cinéma, la cupidité des multinationales, la cupidité d’un gouvernement, ou encore d’un peuple envahisseur. Bref, la réalisatrice met le doigt où il faut pour étayer son propos et ça demeure très intéressant et convaincant.

Mais voilà, si le tout est très bien pensé, orchestré et joué (Bernal et Tosar sont impeccables comme d’habitude, même si je dois dire que je n’ai finalement pas été touché par le personnage de Bernal, c’est même un peu l’inverse qui s’est produit, et Carlos Aduviri est une révélation), « Même la pluie » déçoit quelque peu, avec notamment un début de film qui a bien du mal à se mettre en place. Il m’a donc fallu un petit bout de temps avant de me faire happer par le film. Mais une fois dedans, une fois pris dans ces films, impossible de lâcher et c’est avec plaisir, drame et divertissement que je n’ai pas vu le temps passer.

Film passionnant, même si un peu décevant en son début, « Même la pluie » est un moment de cinéma aussi divertissant qu’engagé. Icíar Bollaín nous entraîne dans un film riche, profond, intéressant sur tout ce qu’il aborde. Entre mystère social, drame, cinéma, tournage difficile, guerre civile, argent, la réalisatrice a tout mélangé de manière cohérente et elle ne se perd jamais. Bref, une jolie réussite.

Note : 14/20

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Par Cinéted

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