novembre 30, 2020

L’Orphelinat

Titre Original : El Orfanato

De : J.A. Bayona

Avec Belen Rueda, Fernando Cayo, Roger Princep, Mabel Rivera

Année : 2008

Pays : Espagne

Genre : Horreur

Résumé :

Laura a passé son enfance dans un orphelinat entourée d’autres enfants qu’elle aimait comme ses frères et sœurs. Adulte, elle retourne sur les lieux avec son mari et son fils de sept ans, Simon, avec l’intention de restaurer la vieille maison. La demeure réveille l’imagination de Simon, qui commence à se livrer à d’étranges jeux avec « ses amis »… Troublée, Laura se laisse alors aspirer dans l’univers de Simon, convaincue qu’un mystère longtemps refoulé est tapi dans l’orphelinat…

Avis :

En 2008, J.A. Bayona était encore inconnu de la majorité des cinéphiles. Il faut dire que le jeune cinéaste vient tout juste de sortir son premier film, L’Orphelinat, notamment grâce au gros coup de pouce d’un certain Guillermo Del Toro. En effet, ce dernier reçoit de nombreux scripts de la part de jeunes scénaristes ou réalisateurs et quand il est tombé sur celui-ci, il n’a pas hésité une seconde, disant même qu’il est tombé sur une perle rare, un scénario d’une rare finesse. Et il faut croire que le réalisateur mexicain a l’œil pour dénicher les petites pépites, car L’Orphelinat est devenu le plus gros succès espagnol de tous les temps et surtout, il a permis à Bayona de se faire un nom pour s’expatrier aux States et faire ainsi des films à plus gros budget. Car oui, aujourd’hui tout le monde connait le cinéaste espagnol pour des films comme The Impossible, Quelques Minutes Après Minuit ou encore Jurassic World Fallen Kingdom. Une ascension fulgurante méritée, surtout quand on repose les yeux sur son premier film, dix ans plus tard.

L’histoire de L’Orphelinat est assez classique. On va voir un couple qui rachète un orphelinat dans le but d’accueillir des enfants malades ou handicapés. Simon, le fils adopté par le couple, a des amis imaginaires, et lorsqu’il demande à sa mère de venir voir une chambre supposée inexistante, elle refuse et Simon part de colère. Sauf que Simon disparait et que les recherches ne donnent absolument rien. A partir de là, Laura, la mère, commence à voir des fantômes enfants au sein de la demeure et elle va demander de l’aide pour tenter de retrouver son fils. J.A. Bayona est un petit malin qui va faire du neuf avec du vieux. Des maisons hantées avec des esprits étranges, on connait tous ça, comme Les Autres ou Les Messagers. Sauf qu’ici, le réalisateur espagnol, aidé par le script très efficace de Sergio G. Sanchez (qui réalisera plus tard le très sympathique Le Secret des Marrowbone), va brouiller les pistes, ne sachant jamais si ce sont des fantômes messagers ou des fantômes menaçants. C’est d’ailleurs avec cette ambiguïté que né l’angoisse du film, nous mettant constamment en garde face à des esprits dont on ne connait les intentions. Si on n’évite pas certains jump scares, ils servent toujours à l’intrigue et démontre à quel point il est inutile de recourir à ça pour susciter de la peur.

Avec sa mise en scène au cordeau, Bayona va trouver quelques idées ingénieuses pour faire monter la peur. Le jeu du 1, 2, 3, Soleil sur la fin, avec les petits esprits fait froid dans le dos et leur apparition est une belle réussite avec cette caméra fixe qui tourne sur un trépied, montrant coup sur coup Laura qui tape sur le mur et les petits fantômes qui se rapprochent. D’autres plans viendront susciter une certaine inquiétude, comme cette maison immense et ancienne en contre-plongée ou encore cette mer agitée qui semble si menaçante. Entre une lumière assez sombre et une histoire de disparition d’enfant, il règne sur cet Orphelinat une ambiance délétère effrayante et un petit air gothique qui n’est pas déplaire. On pourrait presque croire que Bayona renoue avec les films de la Hammer pour le côté ambiance. Notamment en son début, énigmatique, mais qui pose aussi les bases de nos émotions, avec des personnages bienveillants, travaillés et qui ne méritent pas vraiment ce qui leur arrivent. On voit bien que le réalisateur veut avoir des personnages consistants, prenant le temps pour installer des psychologies avant de les tourmenter autour d’un drame effroyable.

Mais il y a un autre point fort au niveau de ce film, c’est sur sa rythmique. On pourrait croire qu’un film d’épouvante espagnol soit un peu mou du genou au profit d’une ambiance soignée, mais ce ne sera pas du tout le cas. Le scénario est très intelligent et ne mise pas uniquement sur son twist de fin d’une tristesse infinie, mais aussi sur un jeu du chat de la souris au sein même de la demeure. En effet, au début du film, Simon montre à sa mère de quelle façon il joue avec les fantômes, autour d’un jeu de piste assez marrant où des objets ont été déplacés et il faut trouver l’endroit d’où ils viennent. En refaisant ce jeu pour retrouver Simon et ainsi connaître un peu plus l’histoire de l’orphelinat, Bayona assure une attention de tous les instants de la part du spectateur, l’incluant dans le jeu. C’est très malin et cela installe une belle dynamique au sein du métrage sans jamais dénaturer son ambiance ou encore son message, qui porte sur les regrets et les remords que l’on peut avoir en n’écoutant pas forcément son enfant. Un message fort et universel, qui trouve ici une résolution dramatique, touchant le spectateur grâce à l’empathie que l’on éprouve pour tout ce beau monde.

Au final, L’Orphelinat, le premier film de J.A. Bayona, est une belle réussite et montre les tics de réalisation d’un cinéaste de génie, qui continuera par la suite à faire ce qu’il a envie, imprégnant constamment ses œuvres d’un déluge d’émotions humaines. L’Orphelinat ne fait donc pas exception et plante les bases d’un cinéma fort, assez sombre, à la fois gothique et intimiste, qu’il ne lâchera pas, jusqu’à Jurassic World Fallen Kingdom et sa deuxième moitié si personnelle.

Note : 17/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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