mars 5, 2021

Scream

De : Wes Craven

Avec Neve Campbell, David Arquette, Courteney Cox, Rose McGowan, Matthew Lillard, Skeet Ulrich

Année: 1996

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Casey Becker, une belle adolescente, est seule dans la maison familiale. Elle s’apprête à regarder un film d’horreur, mais le téléphone sonne. Au bout du fil, un serial killer la malmène, et la force à jouer à un jeu terrible : si elle répond mal à ses questions portant sur les films d’horreur, celui-ci tuera son copain…
Sidney Prescott sait qu’elle est l’une des victimes potentielles du tueur de Woodsboro. Celle-ci ne sait plus à qui faire confiance. Entre Billy, son petit ami, sa meilleure amie Tatum et son frère Dewey, ses copains de classe Stuart et Randy, la journaliste arriviste Gale Weathers et son caméraman Kenny qui traînent tout le temps dans les parages et son père toujours absent, qui se cache derrière le masque du tueur ?

Avis:

Wes Craven (paix à son âme) est un réalisateur assez atypique dans le sillage des créateurs de figure horrifique. Il commence très fort dans les années 70 avec des films sulfureux et qui firent scandale à l’époque, notamment à cause de sa scène de viol dans La Dernière Maison sur la Gauche ou encore de ses cannibales dans La Colline a des Yeux. Néanmoins, si ses films fonctionnent d’un point de vue du box-office, les critiques ne sont pas unanimes et il faut bien avouer que les films ont assez mal vieilli. Le réalisateur connaîtra un succès salvateur en 1984 en réalisant Les Griffes de la Nuit, le premier film de la franchise Freddy, dont il sera le créateur. Et dans le domaine de l’horreur, créer un boogeyman qui reste dans les mémoires, c’est l’accès immédiat au panthéon, même si derrière, les bons films ne se pressent pas. Pour que Wes Craven retrouve un succès auprès du public, il faudra attendre 1996 et l’arrivée en trombe de Scream premier du nom (qui donnera lieu à trois autres films derrière), qui fonctionnera du tonnerre grâce à un excellent bouche à oreille. Mais plus de vingt ans plus tard, que vaut vraiment le film?

Ce n’est pas forcément dans son scénario que Scream trouvera sa force et son étrange vitalité qui réside plus de vingt ans plus tard. En effet, on aura droit à un tueur masqué (qui portera à discussion avec les producteurs, l’un d’eux trouvant le masque ridicule) qui va trucider des étudiants avec un but précis que l’on découvrira sur la fin du récit. Le script de Kevin Williamson est très fin et le scénariste ne mise pas du tout sur ça, sachant pertinemment que ce qu’il écrit est d’un commun incroyable. En fait, le succès incroyable de Scream, c’est qu’il s’auto-parodie sans cesse tout en restant dans un registre assez sérieux pour créer une sorte de mise en abîme fort intéressante. Durant tout le film, le réalisateur nous interroge sur ce que l’on regarde et sur la portée des films. Et notamment des films d’horreur, bien entendu. Ainsi donc, le tueur interroge à chaque fois ses victimes sur les films d’horreur avant de les tuer, les piégeant pour leur montrer que malheureusement, on consomme cela comme du pop-corn, sans jamais analyser les codes et cédant à une certaine paresse. Le coup du tueur du premier Vendredi 13 en est une preuve flagrante, l’image de Jason étant beaucoup trop présente dans l’imaginaire collectif.

Et cette réflexion sur la consommation de films et la façon dont on utilise l’objet filmique va durer durant tout le film, questionnant constamment sur les règles à ne pas enfreindre pour survivre, sur les raisons qui amènent un homme à tuer ou encore sur le fil rouge qui se suit de manière linéaire. Ainsi donc, Wes Craven introduit une vraie projection entre ce qu’il se passe dans son film et ce qu’il se passe dans les autres films dont il s’inspire. Car il ne s’en cache, faisant même de la citation en prenant Halloween de John Carpenter (allant même jusqu’à transposer son prénom avec le nom de Big John pour imaginer un réalisateur de film d’horreur) ou encore Le Bal de l’Horreur. On trouvera même des noms de Scream Queens comme Jamie Lee Curtis, et le réalisateur américain montre alors tout son amour pour ce genre, mais qui semble un peu trop tourner en rond. Et on verra aussi les références à ses propres films, à une image dont il aimerait bien se défaire, comme ce technicien de surface qui nettoie le lycée en tenue de Freddy Krueger. Bref, Scream, c’est de la citation, c’est de l’hommage, mais ça détourne aussi tout cela pour produire quelque chose de surprenant et de finalement relativement violent.

Ce sera d’ailleurs le seul Scream à bénéficier d’une interdiction aux moins de seize ans, à cause d’un gore bien présent (ce sera aussi le film de la franchise qui contiendra le plus d’hémoglobine). Les meurtres sont relativement sanglants à défaut d’être inventifs, mais ils fonctionnent par leur brutalité et leur façon d’être mis en avant. Il y a toute une construction avant un meurtre et c’est plutôt bien fait, même si aujourd’hui, à cause de slashers devenus  redondants, ce premier Scream ne surprend plus. Néanmoins, il y a une chose assez intéressante dans ce métrage, c’est la fébrilité du tueur. S’éloignant volontairement d’un Michael Myers mutique et indestructible, Wes Craven montre Ghostface comme un humain psychopathe masqué et en ce sens, il peut prendre des coups et avoir mal. Du coup, les scènes de bagarre sont assez crédibles et donnent de la tension supplémentaire. Seule la résolution de fin, très légère et même un poil stupide, est assez agaçante, mais cela ne reste qu’une broutille.

Au final, Scream, le tout premier film de la franchise, se révèle être très efficace non pas grâce à son scénario linéaire, mais surtout grâce à ses références méta et à la façon très maline qu’a Wes Craven pour se jouer des codes du slasher et du film d’horreur en général. Il en résulte un film assez jouissif, assez violent et qui fonctionne encore aujourd’hui à plein régime, ce qui justifie à quelque part la vague de slashers que cela a suscité comme Urband Legend ou Souviens-toi… l’été dernier. Bref, malgré une carrière en dents de scie, Wes Craven aura signé pas moins de deux boogeymen qui sont entrés dans la légende, Freddy Krueger et Ghostface.

Note : 17/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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