décembre 7, 2021

Légendes des Contrées du Rêve – Brian Lumley

Auteur : Brian Lumley

Editeur : Mnémos

Genre : Fantasy

Résumé :

Dans un monde peuplé de brigands et de sorciers, sur lequel plane l’ombre de l’abominable Cthulhu, David Hero et son ami Eldin plongent au coeur des mystères et des beautés envoûtantes des Contrées du Rêves. Ils traverseront des jungles immenses aux palais décatis, des souterrains enténébrés et hantés, des villes mythiques telle que Kadath, des cités volantes gouvernées par des princes magiciens. Mais ils se sentiront de plus en plus attirés par cet univers exaltant au risque de se retrouver prisonniers à jamais d’un monde où rêves et cauchemars sont l’unique réalité.

Avis :

L’univers de Lovecraft est objet de fascination pour les lecteurs, mais aussi pour les auteurs contemporains. Pierre angulaire du courant fantastique et horrifique du XXe siècle, son œuvre ne cesse d’inspirer de nombreux artistes. La reprise de ses histoires pour leur offrir un prolongement est une initiative à double tranchant. Il convient de trouver le juste équilibre entre hommage, respect et originalité. Brian Lumley n’est pas un débutant en la matière puisqu’il s’est attelé au mythe de Cthulhu avec La légende de Titus Crow. Un cycle de six romans qui précèdent à ces Légendes des Contrées du rêve, second cycle auparavant intitulé Terre des rêves.

Ici, on retrouve un recueil de trois ouvrages qui proposent de découvrir une autre facette du maître du Providence : la fantasy. Là où Cthulhu et d’autres Grands Anciens prennent souvent la réalité pour cadre de leurs exactions, les Contrées du rêve sont propices à un voyage différent, relativement éloignées des abominations qui siègent à Dunwich ou Innsmouth pour ne citer qu’elles. Non pas que la mythologie lovecraftienne se scinde en deux courants, mais l’approche est plus éthérée et fantasmagorique. La force de l’imaginaire est préférée aux descriptions effroyables pour explorer les limites du concevable d’une tout autre façon.

Aussi, Brian Lumley reprend l’architecture de cet univers avec ses lieux inhospitaliers, ses cités dantesques et ses créatures impossibles. L’île d’Oriab, Celephaïs, le mont Ngranek, le plateau de Leng… La géographie semble respectée à la lettre, même si Kadath brille par son absence. Les références fusent et, en complément des allusions indissociables de cet exercice littéraire, l’auteur effectue également un rapprochement avec les aventures de Titus Crow. Il en ressort un univers complexe, dense et pour le moins cohérent. Une véritable satisfaction pour les connaisseurs. Une découverte parfaitement intelligible pour les débutants, même s’il est toujours préférable de parcourir les nouvelles de Lovecraft avant d’entreprendre cette odyssée.

Pour autant, les intrigues divergent sur des points notables au regard des histoires originelles. À commencer par un descriptif relativement timoré des Contrées du rêve. Ici, l’architecture grandiloquente de Sarkomand reste circonspecte. Constat identique pour mettre en exergue la démesure d’Ilek Vad. Autre aspect sur lequel on s’éloigne sensiblement du mythe : l’action. Le rythme est emporté et les péripéties soutenues. Il en ressort une trame dynamique, immersive et néanmoins assez contradictoire avec l’atmosphère contemplative du mythe initial. Enfin, l’humour est certainement ce qui détonne le plus au fil des pages. Il est assez anodin, mais tranche radicalement avec l’approche de Lovecraft.

Il est vrai qu’on peut difficilement faire l’impasse sur de tels choix, à tel point que l’on parlera davantage d’une libre transposition que d’une réelle continuité. Traitement que Brian Lumley est pourtant parvenu à instaurer avec La légende de Titus Crow. Quant au domaine de la fantasy, on reste axé sur de l’heroic-fantasy. Un cadre assez sommaire et insouciant où la quête d’objets prévaut pour les deux premiers tomes (Le héros des rêves et Le vaisseau des rêves). Le troisième et dernier pan du cycle (La lune des rêves) rappelle la présence des Grands Anciens au cœur des Contrées du rêve, quitte parfois à proposer quelques situations plus tendues pour les deux protagonistes. Un ultime opus plus sombre que les précédents.

Avec Légendes des Contrées du rêve, Brian Lumley signe une trilogie qui s’affranchit davantage de l’univers inventé par Lovecraft. Là où La Légende de Titus Crow était le prolongement même du mythe de Cthulhu, cet ouvrage est une représentation moins rigoureuse. De nombreuses libertés ont été prises, notamment avec l’intégration d’éléments humoristiques et d’une bonne dose d’actions. Malgré un traitement linéaire, parfois daté dans l’approche, on appréciera néanmoins ces aventures pour le dépaysement qu’elle propose et la fluidité de la plume pour dépeindre un visage différent des Contrées du rêve. Un triptyque distrayant, mais loin d’égaler son modèle.

Note : 14/20

Par Dante

 

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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