janvier 22, 2022

Les Chroniques Saxonnes T.02 – Le Quatrième Cavalier – Bernard Cornwell

Auteur : Bernard Cornwell

Editeur : Bragelonne

Genre : Historique

Résumé :

878. L’Angleterre est assiégée : les Vikings occupent désormais la quasi-totalité de ses royaumes. Seul résiste un dernier bastion, une forteresse perdue dans les marais où le roi Alfred le Grand et les siens se sont retranchés avec ce qui reste de l’armée. Parmi eux, le comte Uhtred, soldat anglais de noble origine, pris en otage puis élevé par les Vikings durant sa jeunesse avant de rallier sa terre natale.

Uhtred a longtemps été un Viking de cœur, mais lorsqu’il croise la route d’Iseult, une puissante sorcière, tout change. En ces temps troublés, le jeune guerrier va devoir mener bataille contre l’envahisseur comme contre ses anciennes loyautés…

Avis :

Avec Le Dernier royaume, Bernard Cornwell inaugurait Les Chroniques saxonnes de fort belle manière. Un contexte historique rigoureux et crédible, une narration fluide et dynamique, des personnages qui interpellent… On appréciait également un traitement qui s’écartait de tout dualisme et flouait le statut de chaque camp, en particulier du dilemme moral qui écartèle le protagoniste entre ses origines et la culture scandinave. Suite directe à son prédécesseur, Le Quatrième cavalier s’avance donc dans sa continuité d’un point de vue chronologique. L’occasion de s’immerger à nouveau dans un IXe siècle tourmenté à bien des égards…

Il est vrai que cette période demeure peu connue, à tout le moins peu documentée au regard d’autres époques. Les textes et écrits de première main sont rares et donnent lieu à de nombreuses spéculations de la part des spécialistes et des historiens. L’auteur s’appuie alors sur des sources communément admises comme « fiables » pour étayer ses récits. Cet ouvrage ne déroge pas à la règle avec un contenu didactique pas forcément omniprésent, mais bien intégré au sein de l’intrigue. Contrairement à son prédécesseur, on songe à davantage de détails sur le mode de vie des Saxons, en dehors du champ de bataille et du quotidien dispendieux de l’aristocratie.

Le contexte demeure toujours aussi soigné, notamment en ce qui concerne l’évocation des Vikings (ou Danes). Là encore, les rares sources historiques proviennent de leurs ennemis ou de leurs partenaires commerciaux. Les peuples scandinaves n’écrivaient pas (ou très peu) sur leurs propres valeurs, cultures et croyances. Toutefois, Le Quatrième cavalier s’écarte sciemment de l’approche initialement dépeinte dans Le Dernier royaume. Leur image se cantonne surtout au profil de l’antagoniste envahisseur et dénué de conscience. Les alliances et les inimitiés se font et se défont au gré des caprices des chefs de clan. Au-delà de cet aspect peu flatteur, le propos demeure sommaire.

On peut également regretter un démarrage somme toute poussif. Les motivations d’Uthred s’édulcorent pour nourrir sa soif de combat par tous les moyens. Son comportement dénote par rapport à ce que l’on connaît du personnage. S’il reste toujours aussi impulsif et vaillant devant les lames et boucliers ennemis, il se montre plus antipathique dans son rapport à la gent féminine et à l’autorité. De nombreuses péripéties jouent d’ailleurs sur ce trait de caractère pour faire s’enchaîner moult évènements perturbateurs. D’aucuns pourraient alors les estimer comme superficiels, basiques, voire prévisibles.

Fort heureusement, la suite se révèle plus entraînante, car les enjeux gagnent en importance. On songe à l’exil du roi Alfred, ses tentatives pour conquérir à nouveau le Wessex, sans oublier le soutien physique et stratégique d’Uthred. Malgré la densité du texte et le faible nombre de chapitres, on a droit à un enchaînement des faits bien structuré, ainsi qu’une progression emportée et guère ennuyeuse. À noter que la mise en scène des combats individuels et des batailles demeure toujours aussi maîtrisée et efficace. Les affrontements sont violents, les descriptions fouillées avec une action pêchue qui ne lésine pas sur la célérité et la brutalité des coups portés.

Au final, Le Quatrième cavalier s’avance comme un second opus convaincant pour Les Chroniques saxonnes. Certes, il s’écarte sensiblement de l’excellente surprise fournie par le premier tome, Le Dernier royaume. L’ensemble s’avère plus manichéen et le statut des intervenants laisse moins de place au doute. Preuve en est avec les états d’âme d’Uthred qui s’éloignent du choix entre deux camps pour se cantonner à des velléités guerrières. Il n’en demeure pas moins une suite qui gagne en intérêt au fil des évènements. Ce qui compense sa simplicité apparente (et sous-jacente) par une belle reconstitution historique – trop rarement dépeinte –, et la qualité de l’écriture.

Note : 14/20

Par Dante

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