décembre 4, 2021

Blade Runner – Les Androïdes Rêvent-ils de Moutons Electriques? – Philip K. Dick

Auteur : Philip K. Dick

Editeur : J’ai Lu

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Le mouton n’était pas mal, avec sa laine et ses bêlements plus vrais que nature – les voisins n’y ont vu que du feu. Mais il arrive en fin de carrière : ses circuits fatigués ne maintiendront plus longtemps l’illusion de la vie. Il va falloir le remplacer. Pas par un autre simulacre, non, par un véritable animal. Deckard en rêve, seulement ce n’est pas avec ses maigres primes que lui rapporte la chasse aux androïdes qu’il parviendra à mettre assez de côté. Holden, c’est lui qui récupère toujours les boulots les plus lucratifs – normal, c’est le meilleur. Mais ce coup-ci,ça n’a pas suffi. Face aux Nexus-6 de dernière génération, même Holden s’est fait avoir. alors, quand on propose à Deckard de reprendre la mission, il serre les dents et signe. De toute façon, qu’a-t-il à perdre ?

Avis :

Philip K. Dick est à la science-fiction ce que Stephen King est à l’horreur, un monument littéraire dont l’œuvre demeure intemporelle. Dans ses histoires, l’originalité se dispute à une audace que d’aucuns jugeraient à risque pour une publication de nos jours. Mais c’est sans doute ses réflexions sur la notion de réalité et de conscience qui s’imposent chacun de ses romans et nouvelles. Une sorte de signature invisible et néanmoins obsessionnelle qui persiste dans des époques futuristes plus ou moins lointaines. Mais finalement, ce n’est pas le contexte qui importe le plus dans ses récits, mais la considération qu’il apporte à l’humanité au sens large du terme.

Rebaptisé Blade Runner après la sortie du film de Ridley Scott, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? voit le jour à partir d’une simple observation faite entre la froideur des contemporains de l’auteur et la chaleur de son foyer familial. Une approche complètement décalée qui donne naissance à une puissante introspection. Celle-là même qui définit l’homme en tant qu’être empathique et l’androïde, merveille de technologie et d’intelligence, dont l’indifférence émotionnelle n’a rien à envier à un bloc de parpaing. Et c’est cette quête de réponses et de différenciation qui tisse la trame narrative sur les considérations de l’écrivain.

Si le futur n’est guère reluisant, l’intrigue ne s’attarde qu’à minima sur le contexte et peu ou prou sur ce qui a amené une telle déchéance. Tout juste apprenons-nous que la majeure partie de l’humanité a quitté la planète après la Dernière Guerre mondiale, laissant derrière elle un monde en ruines. On pourrait songer à une légère digression post-apocalyptique dans l’exposition des faits, mais ce n’est clairement pas l’optique ni les ambitions du roman. De plus, les éléments technologiques jouent de contradictions pour mieux surprendre le lecteur. Il y a bien des voitures volantes, mais l’on sent une profonde régression dans la manière de vivre et de consommer. Pour ce qui est des « merveilles » issues du futur, il faut se pencher vers les androïdes.

Leur degré de sophistication est tel qu’il est nécessaire d’effectuer des tests pour les différencier des humains. Questions sociologiques, réflexes de l’organisme et mise en situation pour susciter l’empathie (présenté comme le talon d’Achille des androïdes) s’imposent comme une sorte de garde-fou. Néanmoins, le perfectionnement des machines agit comme un virus qui aurait toujours un train d’avance sur le programme destiné à l’anéantir. Mais l’auteur ne se contente pas de tracer une frontière bien définie. La fiabilité des résultats du Voight-Kampff ou du Boneli est incertaine et pas seulement sur des réactions purement physiologiques.

La préoccupation n’étant pas ici de se lancer dans la chasse aux androïdes pour les « retirer », mais de s’interroger sur ce qui dissimule l’enveloppe corporelle, qu’elle soit synthétique ou biologique. Quelle est la définition de l’humanité au sens large du terme ? Que représente l’âme, la conscience en partant d’un postulat extérieur ? Sommes-nous en présence d’une illusion, d’une simple notion abstraite, d’une croyance ou d’une réalité tangible ? Cette dernière ne tenant pas à l’existence même de l’individu, mais à la portée et à la nature de ses actes. D’où les états d’âme de Rick Deckard entre deux contrats réglés. Le fait d’implanter dans l’intrigue des animaux artificiels est un exemple probant de la propension de l’homme à s’attarder sur les apparences sans toutefois parvenir à élaborer une quelconque différence.

Relativement court, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? n’en demeure pas moins exceptionnel tant dans sa ligne directrice que dans ses messages sous-jacents. Œuvre emblématique de Philip K. Dick, cette histoire porte une profonde réflexion sur ce qui nous définit en tant qu’individu conscient de son existence (et peut-être de son désarroi psychologique). On en oublierait presque l’intrigue en elle-même, et ce, en dépit de toutes ses qualités et subtilités. Quant à la comparaison avec le film de Ridley Scott, on parlera davantage d’adaptation libre tant les disparités sont grandes et néanmoins complémentaires. Un excellent prétexte pour découvrir les deux facettes d’une même œuvre…

Note : 19/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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