Memento

De : Christopher Nolan

Avec Guy Pearce, Carie-Anne Moss, Joe Pantoliano, Mark Boone Jr.

Année : 2000

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller

Résumé :

Leonard Shelby ne porte que des costumes de grands couturiers et ne se déplace qu’au volant de sa Jaguar. En revanche, il habite dans des motels miteux et règle ses notes avec d’épaisses liasses de billets.
Leonard n’a qu’une idée en tête : traquer l’homme qui a violé et assassiné sa femme afin de se venger. Sa recherche du meurtrier est rendue plus difficile par le fait qu’il souffre d’une forme rare et incurable d’amnésie. Bien qu’il puisse se souvenir de détails de son passé, il est incapable de savoir ce qu’il a fait dans le quart d’heure précédent, où il se trouve, où il va et pourquoi.
Pour ne jamais perdre son objectif de vue, il a structuré sa vie à l’aide de fiches, de notes, de photos, de tatouages sur le corps. C’est ce qui l’aide à garder contact avec sa mission, à retenir les informations et à garder une trace, une notion de l’espace et du temps.

Avis :

Parmi les réalisateurs qui ont pris une ampleur phénoménale en très peu de temps, Christopher Nolan s’impose comme une référence. Après un premier film assez discret avec The Following, le cinéaste s’attaque à Memento, un thriller issu d’une nouvelle de son frère, qui va connaître un succès assez grandiloquent. Et sorti de ce métrage, Christopher Nolan va alors connaître un essor fulgurant, le propulsant comme un maître d’œuvre, choisissant avec parcimonie ses métrages, essayant de toujours proposer quelque chose de nouveau. Malheureusement, on peut se dire qu’il s’est un peu perdu avec ses derniers métrages, même si ces derniers ont connu un succès public comme critique. Seulement, l’homme semble obstiné par une maîtrise parfaite de soi, de ses plans et annihile complètement toute émotion avec ses derniers métrages. Bien évidemment, ces lignes ne vont pas plaire à tout le monde, mais Dunkerque est une expérience complètement excluante, n’arrivant jamais à créer des personnages empathiques et intéressants. Se voulant plus sensoriel par les images que par les personnages, Nolan s’est bâti une réputation solide de beau faiseur, mais qui me laisse de marbre. Est-ce le cas de tous ses films ? Non.

Après un court-métrage et The Following, Nolan va explorer pour la première fois sa thématique qui deviendra une redondante dans son cinéma, à savoir la temporalité. Et ce ne sont pas Inception, Interstellar et même Dunkerque qui nous feront dire le contraire, puisque chaque film, chacun à sa manière, possède des temporalités différentes. Avec Memento, ce n’est pas tant le film qui possède une temporalité en étage, mais plutôt le montage. Le vrai coup de force de ce film, c’est que le réalisateur a monté son film complètement à l’envers. C’est-à-dire que l’on commence le métrage par la fin, par l’acte sans retour du personnage principal, puis petit à petit, on va remonter dans le temps pour comprendre tous les éléments qui l’ont poussé à cet acte. C’est une véritable prouesse car le twist réside au début du film et non pas à la fin, notamment sur on se repasse le film dans le bon sens. Dès ce deuxième film, on voit tout le talent de conteur du cinéaste. En effet, le film est vraiment passionnant malgré la dureté de son sujet et la façon si exclusive de monter son film.

La thématique du film, outre son montage si particulier, c’est de voir comment un homme atteint d’amnésie immédiate, essaye de survivre et de remonter le fil de sa vie pour retrouver le tueur de sa femme. Pour une fois, on sent que le réalisateur a peaufiné l’écriture de son protagoniste et il le prouve avec Guy Pearce qui incarne un homme perdu, essayant malgré tout de vivre en s’imposant un but, la vengeance. Une vengeance que l’on va avoir dès le début, sans avoir tous les éléments en clé pour comprendre ce meurtre. Et puis, au fil de l’histoire, l’intrigue se dévoile et les personnages se troublent. A-t-il tué la bonne personne ? Qui se sert de lui ? Personne n’est unilatéral et certaine révélations seront clairement de belles surprises et appuieront des éléments que l’on n’avait pas forcément vu. L’autre point intéressant dans ce film, c’est la construction sur les manies du personnage central. Obligé de tout noter sur des photos ou des papiers, sa vie se résumé à peu de choses et on voit bien que cette vengeance est tout ce qui le maintient en vie. Une vie chaotique pour un être malade en liberté totale. D’ailleurs, ce message sur certaines maladies non reconnues va être aussi appuyé par de passages en noir et blanc, montrant un homme qui perd la mémoire toutes les deux minutes et mettant en avant un employé visant à dire s’il bluffe ou pas. Un message cynique et pourtant tellement nécessaire, même s’il n’est pas au cœur de l’intrigue.

Bien évidemment, Guy Pearce est étonnant dans ce rôle et il porte tout le film sur ses frêles épaules. Mais on peut aussi compter sur deux acteurs de talent, à savoir Carie-Anne Moss qui livre une prestation à la fois sensuel grâce à son visage si doux, et trouble, puisqu’on ne sait jamais si elle est bonne ou profiteuse. Là aussi le film sème le doute en permanence, jouant sur les mots ou sur les phrases écrites sous les photos qui permettent au « héros » de se remémorer certaines choses. L’actrice est brillante et son regard bleu glacial lui permet de faire chavirer les cœurs comme une véritable harpie. On peut aussi citer Joe Pantoliano, devenu trop rare de nos jours, et qui joue ici un personnage étrange, dont on ne sait que penser. L’acteur est relativement bon, car sa façon d’agir n’est jamais très nette et il semble constamment profiter de quelque chose. Le scénario lui réserve alors un rôle en or, avec notamment un monologue final révélant toute la vérité du film. Un twist final en quelque sorte, mais qui est aussi le début d’une escalade de violence, malgré l’amnésie du protagoniste principal.

Au final, Memento fait partie des chefs d’œuvre de Christopher Nolan qui propose à ses débuts quelque chose de beaucoup moins aseptisé que maintenant. Si le grain de l’image des années 2000 ajoute une certaine plus-value à l’ensemble, on retiendra surtout une mise en scène plus sobre, plus vive et donc plus remarquable, bien loin des plans léchés et millimétrés sans émotion de ses nouveaux films. Bref, Memento demeure aujourd’hui encore un film à part, totalement réussi, aussi bien sur le fond que sur la forme.

Note : 17/20

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Par AqME

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