octobre 18, 2021

Ordure!

Titre Original : Filth

De : Jon S. Baird

Avec James McAvoy, Jamie Bell, Eddie Marsan, Imogen Poots

Année : 2013

Pays : Angleterre

Genre : Policier, Comédie

Résumé :

Le sergent-détective Bruce Robertson veut une promotion et son patron veut des résultats.
Pas de problème pour Bruce.
Quand un meurtre est perpétué, il prend le contrôle de la situation.
Et quand il résoudra l’affaire, il gagnera la promotion.
Mais la vie n’est pas aussi simple. Bruce est-il l’homme de la situation ?
Les réponses vont être tragiques, hilarantes et outrageantes.

Avis :

Jon S. Baird est un cinéaste britannique qui est inconnu au bataillon et qui se trouve même être boudé par chez nous puisque aucun de ses deux films n’a trouvé le chemin des salles de cinéma. Pire encore, son premier film, « Cass« , n’est même pas arrivé chez nous et seul son « Filth« , rebaptisé « Ordure« , a trouvé le chemin de nos rayons, directement en DVD. D’ailleurs, depuis ce film, le réalisateur est passé sur le petit écran, réalisant des épisodes pour des séries telles que « Vinyl« , « Feed the Beast » ou « Babylone » et c’est vraiment dommage. On espère que « Stan & Ollie« , son prochain long métrage avec Steve Coogan et John C. Reilly se fera.

Second long métrage pour Jon S. Baird, « Ordure » est un film politiquement très incorrect et impertinent. Humour noir, coups de crasse, manipulation, schizophrénie, drogues, drogues, drogues, alcool et imprévisibilité sont à prévoir pour ce film qui va aller loin, très loin, dans son délire, dans son histoire et dans son personnage.

Mené par un James McAvoy plus qu’en forme, Jon S. Baird nous met une putain de claque dans la gueule ! Une claque éblouissante qui remet encore une fois cette question sur la table, pourquoi les meilleurs films sortent-ils directement en DVD ? Car il est absolument injuste, qu’ »Ordure » n’ait pas eu sa chance en salle, car au vu du résultat, le succès était assuré.

Le sergent Bruce Robertson veut la promotion d’inspecteur qu’il y a prendre dans son commissariat. Il est même prêt à tout et quand on dit tout, c’est-à-dire qu’il est prêt à ridiculiser ses collègues, qui sont devenus ses adversaires. Le chef de la police lui confit alors une enquête sur le meurtre d’un Asiatique, et s’il arrive à la résoudre, alors il se peut qu’il ait la place. C’est donc entre manipulations, grandes gueules, beaucoup de boissons et un nombre incalculable d’outrages que Bruce Robertson se lance dans cette enquête.

Énorme. Je crois que c’est le mot qui définit le mieux cette énorme claque signée Jon S. Baird. Totalement déjanté, totalement irrévérencieux, totalement incorrect, « Ordure« , c’est le genre de film tellement « dégueulasse » qu’on en voit très peu. Avec ce film tout y passe et c’est génial.

Tenu par un scénario incroyablement couillu, Jon S. Baird surprend à tout instant. Enquête, comédie, mais aussi drame et film psychologique, « Ordure« , c’est la chute libre et incontrôlable d’un homme déchiré et ratatiné par la vie. Un homme qui s’est enfoncé et enfermé dans un personnage qui le répugne et qu’il adore en même temps.

Partant sur le film d’enquête, Jon S. Baird nous prend aux tripes entre fascination et consternation avec cette histoire qu’il est bien impossible de prévoir. Ici, tout, absolument tout, sort des codes et des sentiers auxquels on a l’habitude. D’ailleurs, même si on ne peut s’empêcher d’adorer ce que le réalisateur nous propose, il est vrai qu’au début de son film, on peut être un peu perdu, tant on ne sait où le réalisateur veut nous emporter. Mais finalement, on reste accroché tout le temps, et cette folie furieuse finit par trouver sens et c’est à la grande surprise qu’ »Ordure » arrive à faire rimer l’irrévérence avec l’émotion, car plus le personnage s’enfonce, plus le scénario s’assombrit et plus on est finalement touché par ce personnage répugnant. « Ordure » est donc un film étonnant et plus sérieux qu’il n’en a l’air. En fait, avec ce film, Jon S. Baird dresse le portrait d’un homme détruit.

Le scénario est donc une belle bombe, mais « Ordure » est bien plus qu’un scénario tendu, puisqu’il est aussi un film à la mise en scène percutante. Jon S. Baird est un réalisateur qui n’hésite en rien, quitte à aller dans le vulgaire pour offrir des moments d’anthologie. Allant de scènes affolantes en scènes affolantes, « Ordure » est un spectacle jubilatoire qui ne cesse de repousser les limites pour notre plus grand plaisir. Et alors même qu’il est parfois sadique, à aucun moment le film ne tombe dans la gratuité. Chaque action, chaque choix, chaque démesure est là pour servir et étoffer finalement le personnage principal.

« Ordure« , c’est un James McAvoy comme on ne l’avait jamais vu. Un James McAvoy qui n’a pas froid aux yeux et qui n’hésite pas une seule seconde à se laisser enfermer dans la schizophrénie de son personnage. Impressionnant, bluffant, flippant, amusant et bouleversant, il n’y a pas assez d’adjectifs pour définir McAvoy dans ce rôle tant le comédien est saisissant et riche.

Pour subir les assauts horribles de ce pervers manipulateur, Jon S. Baird a réuni autour de son acteur la crème de la crème des acteurs britanniques. Ainsi, on trouvera Jamie Bell en inspecteur cocaïnomane, Eddie Marsan en bigleux manipulé, Jim Broadbent en docteur complétement taré, Emun Elliott en gay qui ne s’assume vraiment pas, Martin Compston en petite frappe décolorée, Shirley Henderson en femme au foyer harcelée, Imogen Poots en inspectrice (c’est elle qui parait la plus normale du film), puis il y a Gary Lewis, Kate Dickie, et même la sœur de James, Joy McAvoy. Jon S. Baird s’est fait plaisir et chacun de ses acteurs trouvent un rôle mémorable dans son genre et s’offrent une scène qui pourrait être culte.

« Ordure » est donc un film injustement boudé pour une éventuelle sortie en salle. Pourquoi ce film n’est pas sorti sur les grands écrans ?

Incroyable et percutant, avec un James McAvoy en énorme connard qu’on adore, Jon S. Baird livre une bombe qui n’est que puissance. Une bombe qui ne fait qu’accroitre crescendo en cours de diffusion pour aller vers ce final, magistral et inoubliable, qui conclut le film de manière totalement inattendu.

Note : 18/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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