octobre 29, 2020

Kong Skull Island – Singe de Guerre

De : Jordan Vogt-Roberts

Avec Tom Hiddleston, Samuel L. Jackson, John Goodman, Brie Larson

Année: 2017

Pays: Etats-Unis, Vietnam

Genre: Aventure, Fantastique

Résumé :

Un groupe d’explorateurs plus différents les uns que les autres s’aventurent au cœur d’une île inconnue du Pacifique, aussi belle que dangereuse. Ils ne savent pas encore qu’ils viennent de pénétrer sur le territoire de Kong…

Avis :

Il est toujours difficile de remettre au goût du jour certains mythes du cinéma. Et si ces mythes reviennent de façon sporadique sur les grands écrans, il faut qu’ils aient une autre raison que de surfer sur une vague nostalgique ou spectaculaire. Proposer autre chose, c’est un peu la volonté de Jordan Vogt-Roberts, jeune réalisateur dont Kong Skull Island est le premier gros projet. En effet, le cinéaste a voulu s’éloigner du concept de la Belle et la Bête, déjà vu dans les trois versions américaines, afin de se rapprocher de la légende des Kaijus, ces monstres japonais gigantesques qui s’amusent à tout détruire sur leur passage. Singe titanesque (plus de 30m alors que celui de Peter Jackson faisait à peine 7m), monstres gargantuesques, le réalisateur se donne les moyens pour impressionner, mais surtout il veut se rapprocher au maximum des versions nippones des années 60 afin de fournir une nouvelle vision, moins classique, notamment à cause de la préparation de Godzilla Vs King Kong qui devrait débouler aux alentours de 2019. Mais ce parti pris est-il payant ?

En effet, la première chose que l’on pourrait craindre, c’est que Kong Skull Island ne bénéficie pas d’un scénario intéressant afin de miser à fond sur les effets spéciaux et les combats grandiloquents. Malheureusement, c’est un peu ce qu’il se passe, même si le réalisateur limite la casse avec quelques messages assez grossiers, déjà vus une bonne centaine de fois, mais qui s’insère parfaitement dans cette revisite du mythe. Dans ce film, la première critique se concentre bien évidemment sur la guerre et sa façon de transformer les hommes. Une thématique récurrente du cinéma, mais qui se trouve bien amenée ici, notamment grâce au personnage de Samuel L. Jackson, un vétéran de guerre qui ne vit que pour détruire son ennemi et qui trouve une raison de vivre à travers l’élimination de Kong. Alors certes, c’est un poil cliché, c’est parfois très surjoué de la part de l’acteur, mais cela a du mérite d’amener un peu de fond dans le métrage. On retrouvera bien évidemment tout ce qui a un rapport avec l’humanisme, notamment par le fait de ramener l’homme au bas de la chaine alimentaire, mais aussi au travers d’un peuple qui ne connait pas le meurtre et vit en harmonie avec la nature. Le problème, c’est que tout cela sent un peu le réchauffé et ce n’est clairement pas le but premier du film. Et c’est un peu le principal reproche que l’on peut faire à Kong Skull Island, c’est qu’il manque de profondeur.

Ce manque de profondeur, on le retrouve aussi dans les personnages. S’ils sont finalement le nerf principal du film, il n’en demeure pas qu’ils ne sont pas assez travaillés. Il est très difficile de s’attacher à eux car leur background tient sur deux lignes. Tom Hiddleston est un trappeur beau gosse, mais c’est tout ce que l’on saura sur lui. Brie Larson joue une photographe qui n’aime pas la guerre, et c’est tout ce que l’on aura à se mettre sous la dent. Samuel L. Jackson est un vétéran de la guerre qui perd toute raison pendant le film. John C. Reilly sera peut-être le seul personnage attachant du métrage, car c’est le seul qui possède une façon de penser assez drôle et logique, respectueuse et sensée. De ce fait, cette palette de personnages essaye tant bien que mal d’exister, mais c’est peu de choses. Si l’on compte en plus les différentes soldats qui essayent de faire de l’humour pour se démarquer ou John Goodman qui maintient un faux suspens sur les raisons de son exploration sur île, on obtient un conglomérat de personnages interchangeables qui manquent cruellement de consistance. En faisant cela, le réalisateur loupe le coche de la case sentiment, car on ne ressent aucune empathie pour eux et on ne craint pas vraiment leur mort ou leur échec. Et il manque cette dimension tragique au métrage. Une dimension que l’on ne retrouve pas non plus pour le singe, dont certains moment sont presque gênants, notamment lorsque Brie Larson le caresse et que l’on ne ressent rien.

Mais le plus étrange, c’est que ce manque de profondeur et de consistance est compensé par le charisme naturel du duo Hiddleston/Larson. Il y a comme une osmose entre eux et le couple parvient tout de même à être crédible dans ce film. Un film qui finalement, ne ment jamais sur ses intentions et sa volonté de fournir un divertissement gargantuesque pour la masse populaire. Le film tient son concept jusqu’au bout et remplit à la perfection son cahier des charges. Le rythme est hyper soutenu, on ne s’ennuie pas un seul instant et surtout, surtout, la réalisation est par moments étonnantes, voire iconiques. On sent que Jordan Vogt-Roberts a voulu donner un penchant épique à son métrage et il le prouve avec des plans de toute beauté et des ralentis qui appuient une mise en scène léchée et au cordeau. L’utilisation de la palette graphique est optimale avec des couchers de soleil splendide et des contre-champs absolument sublimes. Il est évident que parfois cela fait un peu cliché, et que cela semble plus maladroit que Gareth Edwards pour montrer le gigantisme, mais certaines séquences font leur effet et c’est tout ce que l’on demande à un film comme Kong Skull Island. Et puis les effets spéciaux sont splendides, le singe en impose et les lézards à deux pattes sont graphiquement impressionnants. On regrettera juste le passage dans le gaz vert où Tom Hiddleston tranche du ptérodactyle à tout va qui est joli visuellement, mais n’apporte strictement rien à l’histoire, et ce passage semble plus de la branlette de réalisateur qu’autre chose.

Au final, Kong Skull Island est un film qui ne prend pas le spectateur pour un macaque, mais si parfois on peut devenir singe. Bénéficiant d’une mise en scène lumineuse et intéressante et d’effets spéciaux spectaculaires, le film souffre tout de même d’un manque cruel de fond et de critiques acerbes contre la guerre qui sentent le réchauffé. Cependant, le divertissement est bien présent et la volonté du cinéaste de changer de cap afin de fournir quelque chose de plus aventure/action est louable, ne se contentant pas d’un énième remake et essayant de trouver des chemins de traverse pour réinventer le mythe du singe géant. Un pari à moitié réussi mais qui fait son office tout de même.

Note : 14/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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