décembre 7, 2021

Traque à Boston – Des Pourris et des Hommes

 

 

De : Peter Berg

Avec Mark Wahlberg, Kevin Bacon, John Goodman, J.K Simmons, Michelle Monaghan

Année : 2017

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller

Résumé :

Alors que la ville de Boston est sous le choc de multiples explosions, le sergent de police Tommy Saunders rejoint les enquêteurs sur le terrain dans une course contre la montre pour traquer et arrêter les auteurs avant qu’ils ne frappent à nouveau. Croisant les parcours de l’agent spécial Richard Deslauriers, du commissaire Ed Davis, du sergent Jeffrey Pugliese et de l’infirmière Carol Saunders, ce récit sans concession évoque la chasse à l’homme la plus complexe jamais mise en œuvre par la police américaine – et rend un vibrant hommage aux héros du quotidien.

Avis :

On parlait des réalisateurs hyperactifs dans la critique de Loving, en voilà encore un qui a accéléré son rythme de tournage.

Tout d’abord connu en tant qu’acteur pour ses rôles dans Shocker, Last Seduction ou encore Copland, Peter Berg s’est mis à la réalisation en 1998 avec Very Bad Things, véritable coup d’éclat qui dynamitait l’American Way of Life.

Pourtant il est bien vite rentré dans le rang du film pompier bien de chez nous eux avec l’inoffensif Bienvenue dans la jungle, le sportif Friday Night Lights et le boursouflé Hancock (et ce malgré un Royaume plutôt intéressant à la subtilité étouffée par son formalisme patriotico-guerrier).

Après l’échec du film de Will Smith, il s’est rabattu sur la télévision, avant qu’on lui offre 4 ans plus tard de réaliser l’improbable Battleship, qui adaptait le célèbre Touché-Coulé remanié à la sauce Independance Day.

Depuis, Peter Berg est revenu en odeur de sainteté, on lui laisse les coudées franches, et le voilà qui recommence à tourner plus régulièrement. Si régulièrement qu’après deux films en 2013 et quelques séries télé, il présente pas moins de trois films en 2016 (dont certes un documentaire sur Rihanna, mais bon). C’est simple, tout comme Denis Villeneuve, à peine Deepwater sorti sur les écrans, qu’on voyait déjà poindre la bande-annonce de ce Traque à Boston.

La petite particularité de Berg, ceci dit, c’est qu’il semble de plus en plus intéressé par les histoires vraies (qui pourraient si possible mettre en avant le courage et le patriotisme de ses concitoyens). C’est le cas pour Du Sang et des larmes (retraçant l’échec de l’opération Red Wings des SEALs contre les talibans en 2005), c’est le cas pour Deepwater qui revenait sur l’explosion d’une plate-forme pétrolière en 2010, et c’est également le cas de Traque à Boston, narrant l’attentat qui eut lieu pendant le marathon en 2013 et la traque qui en suivit.

Trois films au sujet similaire (le courage des braves citoyens américains face à l’adversité) qui relatent des événements récents, comme pour battre le fer tant qu’il est chaud. Avec le recul, Peter Berg donne l’impression de faire un vrai travail de communication à grande échelle (qui a dit de propagande ?) pour redorer le blason de l’Amérique dans ce qu’elle a de plus fier et de plus simple (à savoir son peuple, ses films n’ayant pas non plus l’imagerie politico-conquérante d’un Roland Emmerich) sans laisser à l’Histoire le temps de décanter les faits, jusqu’à faire d’une totale débâcle une ode à la virilité héroïque et aux paires de gonades de la taille d’une boule de bowling dans Du Sang et des Larmes.

La présence de sa nouvelle égérie Mark Wahlberg dans ses trois derniers films tendrait même presque à faire penser à une véritable « trilogie de l’Histoire vraie qui fait pleurer et bomber le torse ». Une hypothèse qui paraît encore plus plausible en voyant le casting de Traque à Boston, qui donne à des acteurs de premiers plans (Michelle Monaghan, J.K Simmons, John Goodman) des rôles qui n’ont peu d’impact sur la trame du film, comme pour galvaniser un peu plus les personnes réelles qu’ils interprètent.

Et le peuple de Boston bien sûr.

Avec sa narration qui utilise (à bon escient ceci-dit) énormément des images diégétiques (vidéo-surveillance, caméscopes) voire des images d’archives, le film de Peter Berg ressemble parfois plus à un hommage en forme de document-vérité qu’à un vrai film de fiction au point de vue objectif.

Traque à Boston commence mal donc.

Avec ses tranches de vie de bons WASP américains tous mignons qui s’aiment et forment de bons citoyens jusque dans des seconds rôles purement informatifs qui n’auront d’intérêt qu’après une heure de métrage (le seul personnage original mis en avant est un asiatique déjà bien intégré qui roule en Mercedes Benz, c’est dire) opposé aux futurs terroristes dans un appartement enfumé et sale, avec tous les clichés que cela induit, barbe d’intégriste, femme soumise, et vidéo de bombe artisanale en mangeant ses cornflakes, le prologue appuie tellement son propos qu’on a vite envie de vomir une bannière étoilée.

Et ce malgré le sens de l’image de son réalisateur (qui a toujours su faire montre d’un vrai talent formel pour l’action et les montées de suspens).

Plutôt que de saisir le spectateur avec un événement inattendu (encore que, tout le monde connaît l’histoire de l’attentat de Boston aujourd’hui) dans une situation banale, Berg préfère mettre en parallèle la vie des protagonistes (qui n’interviendront pour certains que bien plus tard dans le récit) et la préparation des deux radicaux, à mesure que l’heure H approche.

Même si le scénario se base sur des faits réels admis (on pourrait se poser la question de la part de vérité dans les détails du film, mais celui-ci s’appuie tellement sur la réalité, archives et interviews finales des vraies personnes inclues, qu’on peut lui laisser le bénéfice du doute), il y a quelque chose de profondément dérangeant dans cette enfilade manichéenne de stéréotypes , et si la suite viendra subtilement affiner le propos, c’est une entrée en matière qui fait peur quant aux intentions du réalisateur.

Et puis les bombes explosent, et tout à coup Berg revient à ce qu’il fait de mieux, le cinéma viscéral, brut et brutal, et fait de ce moment de panique désormais historique un véritable chaos filmique organisé. Sans être ni trop voyeur, ni trop esthétique, il capte à merveille l’angoisse, la douleur, l’anarchie qui suit une situation pareille, la rapide mais fébrile prise en main, et la précipitation des événements.

On se prend à frémir, à se tendre, à sentir une boule dans la gorge. Un effet totalement contradictoire avec le marasme qui précédait.

Et Traque à Boston continuera comme ça deux heures durant, oscillant constamment entre séquences « émotion » ronflantes et moments d’action intenses, entre scènes plutôt pertinentes et maladresses de propos incroyables. Pour un élément subtil qui montre la réelle complexité de ce genre d’affaire (voire l’entrevue tendu comme une corde à linge entre la femme convertie du terroriste et une agent de la CIA musulmane elle aussi), il faut subir la galerie de héros américains bien sous tout rapport qui ne sont que perfection, abnégation et compassion.

Et quand Berg se lâche lors d’une séquence de fusillade haute en couleurs où les balles fusent et les bombes artisanales font littéralement voltiger les voitures dans une zone résidentielle, c’est après un déroulé des événements qui piétinait tellement qu’il a basculé sur le point de vue des terroristes, pour une grosse poignée de scènes pas si inintéressantes mais qui sentent quand même fort le bouche-trou pour donner l’illusion de nombreuses péripéties.

 

Et cette dichotomie un peu difforme, le film la conservera jusque dans ses dernières secondes, celui-ci se concluant par la vidéo d’une cérémonie en l’honneur des acteurs de l’événement, avant un match des Red Sox, plus quelques brèves interviews et images des véritables protagonistes aujourd’hui.

Là encore on retrouvera aussi bien le discours patriotique et fier jusqu’à l’excès des policiers au cœur de l’histoire qu’un aparté extrêmement touchant de deux victimes des bombes, citant les actes de terreur partout autour du monde et arguant qu’il faut combattre cette haine en lui opposant le maximum d’amour et de compassion.

In fine, et assez bizarrement, c’est la réalité qui rattrape la fiction pour apporter un peu plus de subtilité et de complexité au propos, tout en l’élargissant au-delà du pur enorgueillissement communautariste qui aurait été un peu malvenu.

 

Ce n’est pas assez pour sauver totalement Traque à Boston de son déséquilibre, malgré ses qualités formelles qui le sauvent toujours in extremis de la pente glissante. Incroyable objet visuel, capable de coup d’éclat disséminés au long des deux heures de métrage, le film de Peter Berg reste tout de même trop proche d’un outil de propagande gentillet pour pleinement convaincre, malgré (aussi à cause ?) du label « film à oscars » qui lui a été apposé.

 

Note : 12/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=lPkubu-jROY[/youtube]

 

Corvis.

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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