mai 20, 2026

Glen or Glenda – Ed ou Edna Wood ?

De : Ed Wood

Avec Ed Wood, Bela Lugosi, Dolores Fuller, Timothy Farrell

Année : 1953

Pays : Etats-Unis

Genre : Comédie, Drame

Résumé :

La lutte intérieure d’un être pour savoir qui l’emportera en lui, l’homme ou la femme.

Avis :

Si Ed Wood a marqué l’histoire du cinéma, ce n’est pas comme il avait pu l’escompter. Cinéaste conspué, puis passer en désuétude, l’œuvre et l’homme semblaient vouer à l’oubli. Puis le biopic de Tim Burton a tôt fait de mettre en lumière son parcours. Portrait un rien fantasmé, on découvrait une figure hollywoodienne anticonformiste, sinon marginale. Malgré la médiocrité manifeste de ses films, il se montrait passionné et enthousiaste, à tout le moins dans ses premières années de carrière. Glen or Glenda constitue le premier long-métrage de celui qui deviendra « le réalisateur le plus mauvais de tous les temps », même si la périphrase présente un caractère galvaudé évident.

L’histoire de Glen or Glenda s’inspire de celle de Christine Jorgensen qui a défrayé la chronique et scandalisé l’opinion publique des années 1950. Le producteur George Weiss y voit une manne providentielle pour susciter la polémique et obtenir un retour sur investissement rapide avec un minimum d’effort. Le budget du projet est estimé à 20 000 $. Pour autant, le fait de traiter de l’identité de genre durant cette période demeure audacieux, sinon impudent face aux conventions sociales, a fortiori au cœur de l’Amérique puritaine. Afin d’interpeller sur le sujet, Ed Wood avance son propos sous l’angle de l’acceptation de la différence, de la tolérance à l’égard d’autrui, même si ceux-ci sont en marge des carcans sociétaux.

« Glen or Glenda part donc sur de bonnes intentions »

Glen or Glenda part donc sur de bonnes intentions. Néanmoins, celles-ci ne font pas forcément de bons films. D’emblée, le métrage enchaîne les problèmes. Ce n’est pas tant l’approche du docufiction qui malmène l’entreprise. Au contraire, elle offre une résonance particulière dans cette rétrospective sur la place des personnes transsexuelles et des travestis, au sein de la société. Le réalisateur s’interroge d’ailleurs sur sa propre attirance à porter des vêtements féminins. Il aborde le sujet sous différents angles de traitement, dont la psychanalyse et la biologie. Les deux aspects demeurent complémentaires, car ils desservent deux histoires distinctes au sein du film ; pourrait-on dire deux cas dissemblables qui démontrent toute la complexité et le caractère unique de chaque individu.

Or, le discours se pare d’une dialectique naïve et peu pertinente. Si l’on comprend l’envie de confronter le puritanisme au progressisme, rapprocher les problèmes d’identité de genre avec l’évolution technologique (avion ou voiture) n’est pas du meilleur effet. On peut aussi s’attarder sur l’analogie entre l’opération de vaginoplastie avec la résurrection de la créature de Frankenstein… On devine une volonté de s’émerveiller des avancées médicales et scientifiques, mais l’évocation est beaucoup trop maladroite pour convaincre. Ed Wood a beau prôner l’indulgence et l’ouverture d’esprit, son argumentaire dessert ses propres valeurs et, par conséquent, son film. Preuve en est avec l’intégration de scènes pseudo-érotiques censées traduire un inconscient tourmenté, mais qui révèlent juste les fantasmes inavoués (et inassouvis ?) du protagoniste.

« le film n’est pas avare en élucubrations formelles »

Au-delà de ces errements sur le fonds, le film n’est pas avare en élucubrations formelles. On peut ainsi évoquer la surexploitation de stock-shots en pagaille qui n’ont peu ou prou aucun rapport avec l’histoire. Les effets de surimpression sont désuets et rendent l’ensemble assez ridicule. Quant à la présence de Bela Lugosi, on s’interroge encore sur son rôle, mis à part le cadre étriqué qui fleure bon la nostalgie de sa gloire passée avec Dracula. Il fait office de narrateur omnipotent, dont les intermèdes hissent le non-sens à une nouvelle dimension cinématographique. Mention spéciale à ses divagations sur un dragon vert qui guette au seuil de votre porte et se nourrit de vos enfants, de la queue de chiots et de gros escargots…

Au final, Glen or Glenda constitue une première incursion guère convaincante dans l’œuvre d’Ed Wood. La thématique initiale et la volonté de ne pas diaboliser les personnes transsexuelles (ou les travestis) viennent contraster l’archaïsme d’une opinion publique soumise aux apparences et à la bien-pensance. Néanmoins, les arguments avancés sont mal construits et desservent le propos. Cela sans compter sur une mise en scène confuse et malhabile qui use des ficelles du docufiction. En plus de nombreux errements narratifs, on a droit à des séquences et un discours sans fondement sur l’aveuglement des masses. Cela sans oublier quelques considérations existentialistes perchées, hors contexte. Ce qui préfigure déjà des délires spatiaux du réalisateur…

Note : 07/20

Par Dante

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