
Auteurs : Matt Fraction et Jorge Jimenez
Editeur : Urban Comics
Genre : Super-Héros
Résumé :
Batman a connu des années difficiles : brisé par Bane, ruiné par le Joker et attaqué par sa propre création, Failsafe. Mais le Chevalier Noir, entouré de ses alliés, a toujours su se relever et faire face aux menaces. Ainsi, quand Vandal Savage, nouveau commissaire du G.C.P.D., déclare Batman hors-la-loi, notre héros ne recule pas et se lance dans une nouvelle ère d’héroïsme.
Avis :
On le sait, à chaque grand évènement survient des changements majeurs pour tous les super-héros de l’univers DC. Ainsi donc, on délaisse le côté Absolute pour se diriger calmement vers le Prime. Ici, l’évènement important s’est symbolisé au sein de DC K.O., un Battle Royale entre tous les personnages de l’univers DC dans l’espoir de recevoir des pouvoirs assez grands pour combattre un Darkseid du futur qui arrive pour tout casser. Contrairement à de nombreux grands chamboulements, ce DC K.O. fut une amère déception, faisant du fan service à tout va, et oubliant de mettre en avant un récit poignant avec de réels enjeux. Cela n’empêche pas pour autant DC de réécrire des histoires pour ses principaux super-héros, et c’est Batman qui ouvre le bal avec cette nouvelle ère, qui se nomme sobrement Prime.

Derrière cette histoire, on retrouve Matt Fraction au scénario. Le monsieur s’est illustré avec Sex Criminals et Hawkeye, et il propose ici une vision inédite de Gotham. En effet, on est très loin de la cité tortueuse et sombre. Pour cette histoire, on a toujours une ville en proie au crime, mais elle est plus lumineuse, plus accueillante. C’est d’ailleurs un point global de cette histoire. Si on nous avait collés depuis des lustres un Batman sombre dans un univers sombre avec des ennemis très sombres, Matt Fraction décide de prendre le contre-courant, et d’aller vers quelque chose de plus lumineux, et de plus léger. Mais attention, sans pour autant tomber dans une parodie, car il y a bien un nouveau méchant en ville, et ce n’est pas un rigolo.
En gros, sur cette relecture, Bruce Wayne possède de nouveaux équipements (qui sont décrits dans des encarts lorsqu’il les utilise), il gère deux garçons, Damian, son fils, qui est un Robin violent et qui doit apprendre des règles, mais aussi Tim, qu’il entraine, mais qui va avoir du mal à assumer son rôle de Robin. Ainsi donc, on retrouve ce rôle compliqué de père célibataire, qui doit gérer les impulsions sanguines de son fils, ainsi que les atermoiements d’un jeune garçon qui se pose des questions sur son envie d’être un héros. C’est plutôt malin, car ça reste dans la ligne de mire d’un Batman, tout en arpentant de nouveaux chemins scénaristiques. Et Matt Fraction n’hésite pas à bousculer les codes en mettant en place un Tim homosexuel, ou encore en rétrogradant Jim Gordon comme simple policier.
Et si les choses changent, c’est aussi dans la présence des super-vilains. On va retrouver Le Sphinx le temps d’un chapitre, mais qui veut noyer ses mauvaises pensées dans un tout nouvel appareil, permettant alors de calmer certaines pulsions. On verra aussi Killer Croc dans une ouverture qui pose les bases de ce nouveau chapitre, à savoir quelque chose de plus lumineux, de presque naïf, tout en gardant l’âme des Batman d’avant. La force de ce récit va se situer surtout dans le nouveau méchant, qui se cache derrière un masque de Minotaure, et qui veut faire de Gotham un labyrinthe du crime. Si on se doute un tout petit peu de l’identité de cet homme, il montre une mainmise ferme sur les groupuscules criminels, et n’hésite pas à faire peur à tout le monde pour arriver à ses fins.
Et puis il y a aussi l’arrivée de Vandal Savage à la tête de la police, qui va faire jouer sa malice pour lancer un mandat d’arrêt contre Batman, l’accusant de meurtre contre la police. Notre héros va devoir mettre les bouchées doubles pour faire régner la justice, tout en réussissant à s’innocenter. En parallèle de ça, on va voir le parcours du combattant d’un jeune homme et d’un ancien journaliste pour faire éclater la vérité avec une vidéo, mais personne ne veut prendre de risque, par peur et lâcheté. Il y a tout plein de moments grisants dans cette histoire, qui explore de nouvelles pistes, et montrent aussi de nouveaux individus, comme cette femme qui se transforme en volée de corbeaux, donnant un côté « manga » à l’ensemble. Le tout étant magnifié par les dessins de Jorge Jimenez qui fait un travail extraordinaire.

Au final, Batman Prime est une belle réussite, surtout après la déception que fut le premier tome de DC K.O. En voulant revenir à quelque chose de plus lumineux et de presque joyeux sur certaines parties (la relation entre Tim et Bruce, ou encore la présence de l’hologramme d’Alfred), Matt Fraction présente un vrai vent de fraîcheur dans l’univers du Dark Knight. Et à la fin de cette lecture, on a qu’une hâte, lire rapidement la suite pour voir comment cela se termine !
Note : 17/20
Par AqME
