
De : Bruno Chiche
Avec Louise Bourgoin, Stéphane de Groodt, Aure Atika, Pierre-François Martin-Laval
Année : 2017
Pays : France
Genre : Comédie
Résumé :
Deux couples, Pierre et Aimée, et Eric et Pénélope, partagent tous les quatre plusieurs années d’amitié sans nuage. Seul souci, Pénélope et Pierre sont devenus amants… La situation devenant intenable, ils décident de rompre. Mais après une ultime nuit d’amour passionnée, le sort leur joue un tour : Pierre et Pénélope se réveillent chacun dans le corps de l’autre ! Pour protéger leur secret, ils se retrouvent chacun à devoir vivre la vie de l’autre. C’est le début des complications…
Avis :
Il n’y a pas que dans l’horreur que l’on retrouve de nombreux sous-genres. La comédie possède aussi ses codes, et en fonction de la situation ou de l’humour, on arrive à différencier plusieurs sous-genres qui peuvent plus ou moins plaire. Le « body swape » est clairement un style à part, qui consiste à faire échanger de corps deux personnes que tout, ou presque, oppose. Parmi les films les plus connus, il y a l’inébranlable Freaky Friday, où une fille se retrouve dans le corps de sa mère, et vice-versa. Cela permet alors de parler du choc des générations, et de montrer que malgré l’âge, chaque période de la vie à ses petits plaisirs. Avec L’Un dans l’Autre, Bruno Chiche va tenter l’expérience dans une autre situation, celle de deux amants qui échangent leur corps lors d’une dernière nuit d’amour.

Bien évidemment, avec un tel scénario, on peut aisément imaginer un film qui a envie de dire des choses. On peut penser à une histoire qui va parler du patriarcat, du regard de l’homme sur la femme, de la découverte d’un nouveau corps et de nouveaux plaisirs. Cependant, le réalisateur va offrir autre chose, car l’idée de ce film lui est venue pour uniquement divertir, et pas forcément engendrer des réflexions sociétales. Un premier point noir quand on sait le sujet, et les possibilités infinies de dénoncer des dérives de notre système, notamment envers les femmes. Cependant, derrière les blagues potaches, il va quand y avoir un peu de réflexions. Louise Bourgoin dans le corps de Stéphane de Groodt se rend compte que le regard des gens change, et qu’elle a plus d’autorité sans trop le vouloir. Une façon de montrer qu’être un homme semble plus facile dans notre société.
« Stéphane de Groodt reste en deçà de son talent »
Malheureusement, c’est peut-être le côté le moins important du film, car Stéphane de Groodt reste en deçà de son talent, et il est peu exploité dans le film. Au contraire de Louise Bougoin qui va devoir composer avec un corps de femme et une mentalité de bonhomme, chef d’entreprise blindé qui plus est. Et c’est là que l’on voit les limites du film et du scénario. Une trop grande place est laissée au côté macho, avec un homme qui s’émancipe plus facilement dans le corps d’une femme. Il s’assume plus vite, il devient rapidement à l’aise dans ce corps qu’il va alors tripoter dans tous les sens. La seule chose notable provient de l’arrivée des règles, et du dérèglement hormonal que cela entraine, avec des sautes d’humeur. Ça reste tout de même assez faiblard pour évoquer un homme qui découvre le corps d’une femme depuis l’intérieur.
Pour rajouter un peu de piment à tout ça, il va y avoir une situation compliquée à gérer, puisque dans l’histoire, Louise Bourgoin est la future femme de Pierre-François Martin-Laval, qui est lui-même le meilleur ami de Stéphane de Groodt et son bras droit dans l’entreprise. Une situation qui va créer des quiproquos qui se veulent drôles, mais qui sont bien souvent malaisants. On sent clairement l’improbabilité du truc, mais surtout, il va y avoir une morale finale qui laisse un peu sur le cul. En gros, si deux êtres s’aiment, ils doivent laisser tomber tous les autres autour d’eux, même ceux avec qui ils ont construits une vie solide avec des enfants. C’est assez limite comme propos et cela résonne presque comme un manque d’idée pour clôturer le film. On sent quand même que l’ensemble manque de profondeur et d’intelligence dans l’écriture.
« on reste dans le tout-venant comique français »
Et si l’on se plonge un peu plus sur le plan technique du film, on reste dans le tout-venant comique français. Pour faire simple, il n’y a aucune recherche complexe de plans, il n’y a pas de volonté de faire un beau film avec de jolis plans. On reste dans une comédie lambda qui doit convenir au plus grand nombre. Et c’est dommage, parce qu’il y avait des choses à faire. Le moment où les corps s’échangent fait vraiment très arty, avec ce besoin de faire dans l’anti-spectaculaire. Et durant tout le film, on ressent ce frein pour faire des plans plus recherchés, pour jouer avec la lumière. On reste sur quelque chose qui ne prend aucun risque et qui semble ne jamais vouloir bousculer des codes préétablis. Il en va de même pour les acteurs qui sont un peu timorés, surtout Stéphane de Groodt loin de ses capacités comiques…

Au final, on pourrait croire que L’Un dans l’Autre est une très mauvaise comédie, et pourtant, ce n’est pas tellement le cas. Si on reste dans quelque chose de très attendu et qui ne prend aucun risque, certains passages sont plutôt drôles, et il y a des situations qui se révèlent bien trouvées, même si elles manquent d’impact. Certes, on fait face à une comédie qui ne restera pas dans les annales du genre, encore moins dans le body swape, notamment à cause d’une technique balisée et d’un scénario qui ne va jamais assez loin, mais elle possède un côté attachant assez inattendu, et ça fait le taf un soir de semaine…
Note : 11/20
Par AqME
