décembre 8, 2022

War Zone

Titre Original : Kamp Holland

De : Boris Paval Conen

Avec Matthijs Van de Sande Bakhuyzen, Bart Harder, Majd Mardo, Carolien Spoor

Année : 2016

Pays : Pays-Bas

Genre : Guerre

Résumé :

Des soldats néerlandais sont plongés dans une zone de combat en Afghanistan.

Avis :

Si l’on excepte Paul Verhoeven, rares sont les réalisateurs néerlandais à faire leur petit bout de chemin jusqu’à chez nous. On pourrait y rajouter Dick Maas ou Matthijs Van Heijningen Jr., mais ils n’ont pas la renommée du hollandais violent. De plus, les films néerlandais ne dépassent pas vraiment leurs frontières et on se retrouve à devoir farfouiller un peu partout pour trouver un cinéma de ce pays. Avec War Zone, on découvre deux choses. Premièrement un nouveau réalisateur, Boris Paval Conen, mais aussi une petite histoire dans la grande histoire de guerre moderne. Ici, un régiment de soldats en Afghanistan qui doit faire face à une possible bavure. Pas inintéressant, le film pêche néanmoins par un rythme lénifiant et une transposition théâtrale qui manque d’envergure. Un petit film en somme, qui a le mérite de poser de bonnes questions sur l’éthique des soldats.

Qui a le droit ?

Le film débute d’entrée de jeu avec des soldats dans une jeep, en plein désert afghan. L’une des deux jeeps explose, faisant un mort et un blessé grave. Durant l’extraction, un soldat a dans le viseur un afghan qui se rapproche dangereusement de la zone. Il demande à son caporal s’il peut tirer, mais devant l’absence de directive, il prend les devants et tire. Quelques jours plus tard, la victime est un enfant de douze ans et une enquête interne est mise en place. A partir de ce postulat, le film va jouer sur deux tableaux, dans l’espoir de consolider les relations entre les soldats. La première chose qui va venir nous titiller, c’est l’enquête qui est enclenchée pour comprendre ce qui s’est passé et les réactions des membres de l’unité. En faisant ainsi, le réalisateur dresse un portrait assez intéressant des soldats néerlandais et de leur présence en Afghanistan.

Il y aura bien entendu les troubles liés au meurtre de cet enfant, qui était armé d’un simple appareil photo. Le tireur va nier les faits et il va être protégé par son supérieur, celui qui n’a pas donné l’ordre de tirer. Les rôles s’inversent alors, avec un tireur qui devient innocent et un supérieur qui va devoir aller en cour martiale. Tout cela va attiser des tensions dans le groupe, avec des soldats qui ne comprennent la malhonnêteté de leur camarade. C’est assez intelligemment mené, le film se voulant sobre. Mais on reste tout de même un peu en dehors du film, la faute à des personnages absolument pas travaillé, qui ne sont que de la piétaille et qui n’ont pas vraiment de background. On aura quelques traumas, quelques colères contenues, mais c’est trop rapide et les personnages n’auront pas assez d’épaisseur.

La mort dans l’âme

Le deuxième thème qui est abordé dans ce film, c’est la mort brutale d’un des soldats dans l’explosion. Pour mieux nous faire ressentir son absence et marquer le traumatisme auprès des autres militaires, on aura droit à une narration éclatée qui va permettre de revenir sur des évènements passés. En faisant ainsi, le réalisateur va ponctuer son récit de moments plus ou moins touchants, en présentant ce soldat mort comme quelqu’un de sympathique, amusant et surtout aimé par ses collègues. On aura même droit à une histoire d’amour entre lui et la seule soldate de l’équipe. Le cinéaste espère alors plus nous toucher avec cette mort, mais il n’en sera rien, car le film va, encore une fois, trop vite et tous les personnages ne sont pas assez marqués. Preuve supplémentaire pour marquer ce manque d’implication, on ne retiendra jamais les noms des personnages.

Enfin, le dernier sujet abordé, en lien avec le tir non autorisé du soldat, parle de l’autorité et des responsabilités d’un chef. Toujours grâce à la narration éclatée, on va comprendre pourquoi le chef n’a pas donné l’ordre de tirer, ni même pourquoi il n’a pas autorisé son équipe à intervenir dans une attaque de talibans, décimant alors tout un village. Le film aborde ces notions avec dureté et fermeté, démontrant que tout n’est pas blanc ou noir, et que les nuances sont importantes. Un élément que le film explore avec cette phrase toute simple : en temps de guerre, fait attention à celui qui est à côté de toi. Ici, le chef a voulu préserver ses hommes et ne pas les pousser dans une attaque suicide, sans la moindre chance de l’emporter. Un sujet dur auquel le film n’apporte pas de réponde définitive, bloqué entre responsabilité et humanité.

Intime manichéisme

Si les trois thèmes de War Zone sont intéressants et assez bien mis en valeur, il n’en demeure pas moins que le film a des tares. Et pas des petites. En premier lieu, il s’agit d’un tout petit film et il n’a pas le budget de ses ambitions. Sa faible durée (1h18) l’empêche d’épouser pleinement ses thématiques et certains points vont trop vite. De même, les personnages ne sont pas travaillés et le film est anti-spectaculaire au possible. Il n’y a pas de gunfights ni de scènes d’action. En un sens, il s’agit plus d’un drame que d’un vrai film de guerre. La mise en scène fait très téléfilm et rien ne viendra nous secouer, pas même le passage avec la petite fille pendue. Enfin, la toute dernière séquence, qui se passe pendant le générique de fin, dénature tout le propos du film et tombe dans un manichéisme malsain.

Au final, War Zone est un tout petit film qui avait toutes les raisons d’exister. Déjà parce qu’il parle des Pays-Bas au sein d’un conflit mondial, et c’est assez rare. Ensuite parce qu’il brasse des thèmes intéressants et intelligents, donnant du fond à un film anti-spectaculaire. Malheureusement, il se plombe un peu avec un twist final débile et n’arrive pas à tenir la cadence malgré sa faible durée, la faute à des personnages transparents et une histoire qui n’a pas vraiment de grandiloquence. Bref, un long-métrage pas dénué d’intérêt, mais qui ne fait pas le poids face à certains mastodontes du genre.

Note : 10/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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