
Avis :
Il devient de plus en plus difficile pour un groupe de métal d’avoir une propre identité. Cela provient bien évidemment de la profusion de formations, mais aussi d’une sorte de cahier des charges qu’imposent les maisons de disques. De ce fait, parfois, pour échapper à ce diktat, les groupes qui en ont la possibilité construisent peur propre label, quitte à se mettre en danger. C’est le cas pour le groupe américain Periphery qui possède un son unique et des morceaux qui vont du Djent au Progressif en passant par le Metalcore ou encore le Deathcore. D’abord signé chez Sumerian Records et Century Media, c’est à partir de leur sixième album que le groupe va créer son propre label, 3DOT Recordings. Cela leur permet d’avoir les coudées franches dans leur album, et de laisser libre cours à leur imagination. A Pale White Dot est leur huitième effort studio.
Et effectivement, à l’écoute de cet album, on peut se dire que le groupe fait bien ce qu’il veut. Il y a clairement de tout dans cet album. On va passer du Djent au Prog, tout en décelant des éléments Blackgaze ou du Deathcore bien énervés, puis parfois on va flirter avec la Pop ou le Metalcore. Bref, il y en a pour tous les goûts, et à quelque part, c’est ce qui fait le charme de Periphery. Seulement, au bout d’un moment, faire des mélanges est bien beau, il faut aussi créer du liant entre les titres. Et c’est là que le bât blesse. Si on suit une thématique forte autour de la solitude, musicalement, on a l’impression d’écouter un fourre-tout, comme si le groupe avait voulu mettre toutes ses influences en un seul skeud. C’est intéressant, mais pas dénué de défauts.
Tout commence avec Obsession, qui détient un peu tous les éléments qui font la richesse de Periphery. Le démarrage est presque électro, on a l’impression d’entrer dans le monde de Enter Shikari, puis on assiste à des ruptures quasi Black Métal qui viennent nous frapper fort. La nuance est de mise, et comme entrée en matière, c’est plutôt grisant, avec une belle prise de risque. En abordant Talk, on retrouve le groupe dans ce qu’il fait habituellement. C’est relativement progressif, avec du chant clair, du growl, un gros break, des riffs propres au Djent. Bref, il s’agit-là d’un excellent morceau qui tape bien. Puis Mr. God ne va pas faire dans la dentelle, devenant un hit Metalcore sans chant clair. C’est puissant, sans concession, et il n’est guère étonnant que ce morceau fut choisi pour illustrer la sortie de l’album. De plus, il y a un réel sens du groove.

Avec Heaven on High, on aborde quelque chose de plus moderne et de plus accessible. Le morceau monte crescendo, mais il reste assez « commercial » dans sa façon d’être. Ce n’est pas vraiment un problème, mais on sent que Periphery a tendance à céder à la tendance. Heureusement, on aura droit à un joli solo de la part de Misha Mansoor. Et la première surprise surviendra avec Unlocking. Le titre se veut très touchant malgré de gros riffs, et on retiendra surtout le chant juste de Spencer Sotelo qui délivre une vraie belle prestation, qui monte progressivement. Histoire de nous remettre sur le droit chemin, Subhuman plonge dans le Deathcore à plein poumon. Et il n’est guère étonnant d’entendre Will Ramos de Lorna Shore venir y mettre son grain de sel. La rupture avec le morceau précédent est totale et surprenante.
Puis Blackwall déboule, avec des éléments Shoegaze en son sein, revenant à quelque chose de très calme et presque popisant. Encore une fois, la rupture est abrupte et tout cela manque de liant. Surtout que le groupe remet le couvert avec Malevolent, un morceau Metalcore moderne qui frappe fort et donne mal à la nuque. Le crédo étant certainement de nous faire passer par toutes les émotions, Carry On revient à quelque chose de doux et de mélancolique, avec en prime un refrain qui reste immédiatement en tête. Les variations de tempo sont dingues, et finalement, on ne s’ennuie jamais sur cet album. Neon Valley aborde aussi un côté un peu Pop malgré un bon break. Puis Everyone Dies Alone, écrit par Caleb Shomo de Beartooth, reste dans un pur registre metalcore efficace. Enfin, A Pale White Dot est un morceau instrumental tout doux à la guitare sèche.
Au final, A Pale White Dot, le dernier album de Periphery, est un bon album qui mélange énormément de styles, parfois un peu trop. Si tous les titres, pris à part, sont excellents, ensemble, il y a comme un manque de liant qui fait que les ruptures de tons sont trop abruptes pour vraiment être efficaces. Néanmoins, on ressent fortement le thème sur la solitude, et c’est toujours aussi impressionnant d’un point de vue technique.
- Obsession
- Talk
- Mr. God
- Heaven on High
- Unlocking
- Subhuman
- Blackwall
- Malevolent
- Carry On
- Neon Valley
- Everyone Dies Alone
- A Pale White Dot
Note : 15/20
Par AqME
