
De : Jason Mills
Avec Darren Andrichuk, Kiana Passmore, Hans Potter, Michael Strickland
Année : 2017
Pays : Etats-Unis
Genre : Horreur
Résumé :
Certains disent que Bigfoot n’est qu’un canular, mais lorsqu’un groupe de randonneurs s’enfonce profondément dans les bois après avoir été averti par un guide qui a rencontré un sasquatch, ils décident de l’ignorer et de sortir du sentier, mais plus ils s’enfoncent dans les bois, ils se rendent compte qu’ils ne sont pas seuls. Devenu hystérique à la tombée de la nuit, le groupe est profondément terrorisé et tire accidentellement sur un sasquatch et le blesse. La légende raconte que les espèces de Bigfoot veulent simplement être laissées seules, mais lorsqu’elles sont provoquées, elles protègent leur territoire. Dans ce cas, le mal est fait et il n’y a pas de retour en arrière possible.
Avis :
Le bigfoot demeure l’une des créatures les plus connues des amateurs de cryptozoologie. Aux quatre coins du globe, les témoignages et les histoires pullulent sur sa présence dans des contrées reculées, mais aussi en lisière des forêts et des habitations. Dès les années 1970, le cinéma s’est empressé d’exploiter le filon avec plus ou moins de brio, souvent avec des moyens malingres et des résultats peu probants. Entre les faux documentaires et les séries B bon marché, les productions se sont multipliées. Peu d’entre elles sont toutefois parvenues à marquer les esprits. Elles lorgnaient plus sur une interprétation sensationnaliste du sujet que sur une expédition immersive au cœur de lieux sauvages. Avec Bigfoot Country, cette tendance risque de ne pas changer la donne…

En règle générale, on distingue deux catégories de prétextes pour amorcer une excursion en pleine forêt dans ces circonstances. La première tient à une recherche intéressée du cryptide. L’occasion permet d’évoquer quelques légendes connexes. La seconde relève d’une banale randonnée, sans autre ambition que de se perdre dans les méandres végétaux. Le présent métrage emprunte cette dernière option, soulignant ainsi la vacuité de son propos. Au terme d’un générique d’introduction interminable, on assiste à une séquence tournée en caméra amateur, à la manière d’un found-footage. Il s’agit pourtant de l’élément le plus convaincant de la bobine. Ce choix aurait pu apporter un minimum d’authenticité et de mystères pour étayer l’intrigue.
« on se heurte à une réalisation ignoble »
Au lieu de cela, on se heurte à une réalisation ignoble qui enchaîne les plans rapprochés et les fonds verts en voiture. L’incursion dans le village se résume à un passage au bar du coin, histoire de prendre toute la dimension de conversations inutiles et stupides. En dépit du cadre misérable et d’un budget indigent, l’ensemble n’est guère risible, tant le discours tenu s’ancre dans un premier degré permanent. Toutefois, ce ne sont pas les occasions qui manquent pour s’affliger de l’interprétation des acteurs. Ceux-ci semblent souffrir de paralysie faciale. En effet, leur palette de jeu se limite à deux expressions et une demi-intonation dans leurs réparties. Il y a plus d’émotions et de vie dans la contemplation des jantes de leurs véhicules que dans leur regard d’ovin.
Malgré la brièveté du calvaire, on nous inflige une première partie qui s’apparente à une longue errance, au cœur des forêts de la vallée du Fraser. Si les décors de la Colombie-Britannique demeurent somptueux, Jason Mills se cantonne à un cadrage mal dégrossi où ses caricatures ambulantes se contentent de traverser le champ de la caméra avec une indifférence rare. Tout juste peut-on apprécier quelques plans aériens corrects, obtenus à l’aide de drones, mais trop furtifs. Au demeurant, la suite s’appuie sur l’idiotie des intéressés pour justifier leur séparation, en pleine nuit. Les retrouvailles sont toutes aussi ridicules et opportunes, donnant lieu à des moments cocasses où leur maladresse est surtout responsable de leur trépas.
« La moindre approche se termine par un plan flouté et excentré »
Ici, le bigfoot demeure farouche. Il épie et reste en retrait, camouflé par la végétation. La moindre approche se termine par un plan flouté et excentré. Afin d’exprimer son sens de l’observation et sa curiosité à l’encontre de ses potentiels hors d’œuvre, on nous présente l’œil d’un animal qui n’est même pas un hominidé. Du reste, il faut se contenter de grognements et de hurlements qui suffisent à eux seuls à créer un vent de panique chez nos apprentis randonneurs. Cela sans oublier les fameuses empreintes de pas immenses dans la terre. Mention spéciale à la conclusion qui vient parachever le caractère grotesque de cette bévue cinématographique.

Au final, Bigfoot Country constitue l’une des pires itérations que l’on puisse concevoir dans un tel domaine. Tournée avec la conviction d’une endive, cette série Z ne présente aucun intérêt, pas même celui de s’amuser de la nullité intrinsèque du résultat. Entre une excursion qui multiplie les situations rocambolesques, la platitude de dialogues débités avec un flegme improbable, on ne distingue qu’un vide mortifère à la découverte d’une pareille ignominie. Quant à la créature des bois, elle se fait discrète et se contente du minimum syndical pour éviter l’escroquerie manifeste. Il n’en demeure pas moins une expérience douloureuse et affligeante. Ce n’est pas forcément l’amateurisme qui dérange ici, mais le niveau de bêtise nécessaire pour concevoir et concrétiser une telle ineptie.
Note : 01/20
Par Dante
