
D’Après une Idée de : Matthew Parkhill
Avec Hero Fiennes Tiffin, Joseph Fiennes, Natascha McElhone, Colin Firth
Pays : Etats-Unis
Nombre d’Episodes : 8
Genre : Policier
Résumé :
À 19 ans, Sherlock Holmes est sans expérience, quand il se retrouve embarqué par le mystère autour d’un meurtre survenu à l’Université d’Oxford. Plongeant dans sa toute première affaire avec un manque certain de discipline, le jeune homme tente de démêler une conspiration qui pourrait changer sa vie à jamais.
Avis :
S’il y a bien un personnage intemporel dans la culture populaire, c’est bien celui du célèbre détective du 221B Baker Street. Du canon holmésien à la réappropriation de l’univers dans d’innombrables affaires « oubliées » ou des pastiches, Sherlock Holmes demeure une figure iconique, tous médias confondus. Une telle portée fascine et interpelle à bien des égards. En littérature jeunesse, on peut évoquer les bandes dessinées Baker Street ou Dans la tête de Sherlock Holmes. Côté roman, on retrouve Les Premières aventures de Sherlock Holmes. Cependant, seuls quatre des huit ouvrages sont parus dans nos contrées. Initiée en 2024, la production de la série Young Sherlock s’inspire librement de la saga d’Andrew Lane pour se pencher sur les jeunes années du détective.

La narration ne suit pas forcément les intrigues des livres, mais s’appuient sur le contexte des années 1860. À différentes reprises, cette période est évoquée dans les affaires de Sherlock Holmes. Cependant, elle demeure évasive et vite expédiée, en vue de conserver une part de mystères quant à sa jeunesse. Ici, il n’est pas forcément question de démystifier le passé du détective pour comprendre sa personnalité, son anticonformisme. D’emblée, on y entrevoit les mécanismes d’un intellect hors-norme. Si sa méthode de déduction en reste à ses balbutiements, ses qualités d’observateur et sa capacité d’analyse s’expriment d’ores et déjà. Les connaissances sur les circonstances des faits, les témoignages et les recoupements via la mémorisation du moindre détail viennent parfaire les investigations.
En dépit des apparences, la première saison constitue une seule affaire. Si chaque épisode semble traiter d’enquêtes indépendantes, a fortiori au début de la série, on devine aisément des ramifications tentaculaires. Celles-ci portent sur une visée criminelle qui confère au complot. Afin de rendre les réflexions plus tangibles et moins théoriques, on a droit à plusieurs idées dynamiques dans la mise en scène. L’évocation d’une situation donne bien souvent lieu à l’exploration de ladite séquence, sous forme de réminiscences. Le principe peut se rapprocher du palais mental dans Sherlock, à la différence prête que l’espace d’introspection n’est pas individuel, mais commun à plusieurs intervenants. Ceux-ci deviennent alors des observateurs passifs qui ressassent un évènement vécu ou issu de leurs conjectures. Le procédé reste assez efficace et original.
Une autre singularité de la série tient au duo de tête. En effet, Sherlock ne s’associe pas avec un tout aussi jeune Watson, voire un ersatz inconnu et inédit. Il se lie d’amitié avec James Moriarty. Certes, on s’éloigne totalement du canon holmésien et la première approche peut décontenancer. Pour autant, on observe une connivence évidente, où l’on développe non une rivalité naissante, mais une complicité réciproque. La complémentarité de leur intellect donne lieu à une nouvelle dynamique, assez stimulante dans l’exercice des enquêtes. L’idée se révèle audacieuse. Force est de reconnaître qu’elle s’écarte de la zone de confort des précédentes adaptations. Ce qui a pour effet d’éviter la dichotomie de valeurs opposant les deux protagonistes. Le résultat est ainsi plus ambivalent, même si l’on distingue les racines du mal qui germent dans l’esprit de Moriarty…
Pour autant, Young Sherlock n’est pas exempt de défauts, à tout le moins de maladresses. On songe à plusieurs retournements prévisibles qui tiennent à des ficelles éculées, en matière d’actes criminels à grande échelle. Les rapports avec la famille de Holmes et les pérégrinations à Paris, puis en Turquie, tentent de varier à minima les enjeux et d’entretenir la tension croissante par une alternance du cadre. L’action a beau changer d’environnement, les péripéties réitèrent un schéma narratif par trop similaire au fil des épisodes. On peut aussi avancer un traitement orienté vers un large public, pas forcément familier de l’œuvre d’Arthur Conan Doyle. La touche moderne ne tient pas seulement à un rythme frénétique et des confrontations physiques percutantes. Elle s’appuie aussi sur une bande-son anachronique, une légèreté de ton qui tourne à l’insouciance, sans oublier une réalisation exubérante à outrance.

Au final, Young Sherlock demeure une série distrayante à plus d’un titre. Alors qu’il semble avoir définitivement délaissé l’idée d’un troisième opus avec Robert Downey Jr, Guy Ritchie prend un plaisir manifeste à détourner les codes holmésiens et même à s’affranchir de la base narrative des ouvrages d’Andrew Lane. On assiste ainsi à une préquelle enjouée et très accessible de la jeunesse du détective. On n’en oublie guère certains éléments indispensables, comme le travail de déduction et les investigations de terrain. Si certains choix font preuve d’originalité, l’histoire en elle-même reste assez attendue dans son ensemble. De même, la mise en scène fait se côtoyer des idées intéressantes avec des séquences parfois trop clinquantes. À l’évidence, le réalisme n’est clairement pas la priorité dans cette reconstitution de la période victorienne. Une incursion emportée et sympathique, même si elle risque d’ulcérer les plus fervents défenseurs du canon holmésien.
Note : 14/20
Par Dante
