
Auteur : Joey Comeau
Editeur : Fleuve Editions
Genre : Horreur
Résumé :
Le jeune Martin, onze ans, vit seul avec sa mère Elizabeth, qui l’a eu bien trop jeune. Elle travaille au comptoir de cosmétiques dans un grand magasin d’Halifax en attendant de percer dans sa vraie passion : le maquillage d’effets spéciaux pour des films d’horreur.
Quand elle obtient enfin un travail à Toronto sur un film gore durant les vacances d’été, Elizabeth se retrouve sans solution de garde. Martin décide alors, seul, de contacter ses grands-parents pour qu’ils l’inscrivent à un camp biblique près de chez eux.
Martin s’adapte rapidement à la colonie de vacances. Il découvre les activités, se lie d’amitié avec un groupe de filles et en embrasse même une.
Pourtant le cadre idyllique de la campagne va se transformer en cauchemar. Le directeur du camp, le père Tony, assassine sauvagement un des enfants. L’animateur qui découvre le meurtre est la victime suivante. Et le massacre ne fait que commencer.
En parallèle, Elizabeth envoie des e-mails à Martin pour lui raconter son tournage. La complicité qui la lie à son fils est évidente. Un fils qu’elle risque de ne jamais revoir…
Avis :
Quand on est un fan de littérature horrifique, on n’a pas trente-six solutions pour lire des romans d’horreur. Soit on fouine les anciennes éditions Pocket noir et rouge, et parfois celles des éditions Fleuve, soit on recherche dans les nouveautés qui nous sont proposées au compte-goutte. Depuis l’année dernière, Fleuve éditions a décidé de sortir une nouvelle collection, Styx, dédiée aux nouveaux récits d’horreur. C’est-à-dire que là on l’on pouvait avoir du James Herbert, du Anne Rice ou du Peter Straub, on aura plutôt de nouvelles plumes, ou tout du moins des auteurs moins connus, et parfois jamais traduits en français. Et ce qui devait être une bonne nouvelle est rapidement devenu une petite douille. Si la collection commençait bien avec La Mer se Rêve en Ciel, un hommage vibrant à Lovecraft, les choses ont commencé à péricliter avec Vers ma Fin, mais surtout Les Derniers Jours de Maple Street.
D’ailleurs, le dernier ouvrage cité entrait plus facilement dans la case thriller que la case horreur, étant une sorte de Desperate Housewives avec une nana complètement folle qui va tout faire pour rendre la vie impossible à des voisins qui ne correspondent pas à ses codes de vie. Cependant, l’espoir tendait à revenir avec le titre de la prochaine sortie, Massacre au Camp de Vacances. La promesse d’un slasher violent et sans concession, avec, on l’espérait, une pointe d’innovation. Malheureusement pour nous, lecteurs, les choses vont rapidement se compliquer, la faute à une histoire bancale, basique, et des personnages qui ne sont pas du tout attachant. Le déroulé tient sur un timbre-poste : un prêtre zinzin va buter des adolescents dans un camp de vacances catholique. Et ce sera tout ! Il ne faudra pas chercher plus loin, puisqu’il n’y aura rien d’autre.
Dans les premières pages, on fait la connaissance de Martin et de sa mère. Ils sont tous les deux fans de films d’horreur, et cette dernière va décrocher un job sur un film qui se passe à Toronto. Manque de bol, ils habitent Halifax, et personne ne peut garder Martin. Du coup, il va partir quelques temps dans un camp de vacances. Le début est fait pour donner de l’ampleur aux deux personnages, qui s’aiment profondément, et ont une relation fusionnelle. Les délires autour des films d’horreur tissent des liens entre eux, qui feront les beaux jours d’interlude, sous la forme de mails que sa mère envoie à Martin, lui faisant croire qu’elle vit dans un vrai film d’horreur. On sent rapidement le jeu de l’auteur, puisque Martin vit un vrai cauchemar, tandis que sa mère vit sa meilleure vie. Bref, il n’y a rien de bien neuf là-dedans.
C’est d’ailleurs ce qui fait que l’on ne ressente aucune empathie pour les personnages. Les choses se corsent par la suite, avec une caractérisation très sommaire de tous les personnages secondaires, que ce soit les adolescents avec qui Martin va lier des relations plus ou moins fortes (il va tomber amoureux), les animateurs, qui rentrent dans tous les clichés du genre, et le prêtre, le tueur, qui ne possède aucune particularité. Rien ni personne n’est vraiment travaillé, avec des fonctions aléatoires, voire carrément pas de fonction, sinon celle d’être de la chair à canon. Certains enfants ne sont là que pour se faire buter, sans autres attributs, sinon une frange, une passion pour les échecs, ou encore un comportement naïf. C’est d’une banalité affligeante, et le roman se permet même de rentrer dans des stéréotypes détestables avec tous les tropes du mauvais film d’horreur.
On retrouvera par exemple l’animatrice qui se touche sous la douche, en prenant du plaisir en se faisant épier, ou encore un animateur qui se masturbe en pensant à la petite culotte d’une des animatrices. Il faut rajouter à cela un déroulement des plus basiques, qui s’accélère vers la fin, avec un prêtre en roue libre qui va faire le ménage sans craindre de se faire chopper. Alors oui, il y a du gore, mais encore une fois, les mises à mort ne font preuve d’aucune imagination, avec un type qui tue à coups de hache et de cutter, rien de plus. Mais le plus triste là-dedans, c’est que finalement, il n’y a aucun fond, aucune critique de quoi que ce soit, ça tourne à vide. On aurait pu croire à un regard acide sur la religion et les croyances, mais il n’en sera rien.
Au final, Massacre au Camp de Vacances est un roman qui semble avoir des années de retard. Et en un sens, c’est vrai puisqu’il a été écrit durant les années 2010, et traduit chez nous seize ans plus tard. Mais même pour l’époque, l’histoire n’avait rien de nouveau et brassait du vide. Le seul truc que l’on peut trouver, c’est le fait de céder à ses tentations, à ses pulsions, pour se sentir vraiment vivant. C’est peu et déjà-vu, et ça ne donne pas plus de poids au méchant de l’histoire. Bref, une douille qui coûte d’ailleurs très cher (20€ les 232 pages, ça commence à chiffrer…)
Note : 07/20
par AqME
