
Avis :
Certains groupes ont des évolutions assez étonnantes. Prenons Corrosion of Conformity par exemple. Le groupe se forme au début des années 80, et comme tous les membres sont des adolescents un peu rebelles, ils décident de faire du Punk. Cela durera le temps d’un album, et en vieillissant, le groupe va partir sur les traces du Thrash, pour se transformer par la suite en une sorte de groupe hybride qui mélange un peu tous les styles avec du Southern Rock. Il n’en faudra pas beaucoup plus pour que le groupe se taille une bonne réputation et devienne quasiment culte pour un bon nombre de fans. Cependant, la carrière de Corrosion of Conformity va être en dents de scie, la faute à de nombreux hiatus. Cela n’est pas forcément la faute à une mésentente entre les membres, mais plutôt à des projets parallèles qui prennent du temps.
La dernière séparation date de 2006, jusqu’en 2010, et un nouvel album en 2012. Good God/Baad Man, dernier opus studio, est le onzième album des américains, et le premier avec un nouveau batteur, et un nouveau bassiste. Long de plus d’une heure, cela faisait huit ans que nous n’avions plus de nouvelles du groupe, et forcément cette arrivée attisait fortement la curiosité. Mais bien mal nous en a pris. Non pas que l’album soit mauvais, loin de là, mais il part tellement dans tous les sens, il est tellement long, qu’au final, il ne reste guère en tête, et aligne les ambiances et les moments de folie qui empêchent un réel attachement. Pourtant, tout commence assez bien avec Good God ?/Final Dawn. C’est assez pêchu, il y a des fulgurances qui sont puissantes, et on a une sorte de synthèse de la musique du groupe.
On retrouve ce mélange sudiste avec des pointes Thrash sur certains aspects. Cependant, la structure est assez bordélique, et le tout manque de clarté. You or Me sera un peu du même tonneau, mais avec une longueur excessive. On aura droit à une longue plage faite de bruitages, et globalement, l’ensemble manque de lisibilité. Alors oui, on a un bon solo, mais le coup des deux chanteurs et les riffs plus percutants derrière, tout cela fait très bordélique. Il manque clairement des éléments plus fins et agréables à l’oreille. Gimme Some Moore a l’avantage de se faire plus percutant, plus virulent, plus Heavy, et forcément, c’est plus intéressant. On retrouve une structure plus simple et une mélodie qui reste plus facilement en tête. The Handler a tendance à suivre le même chemin, malgré un début chaotique et des variations qui sont trop surprenantes pour vraiment convaincre.

Bedouin’s Hand sera un titre purement instrumental, allant chercher des mélodies orientales, nous sortant alors complètement du côté sudiste si cher au groupe. Il manque là-dedans du liant et de la cohérence. Quant à Run for Your Life, c’est un peu la fin de la première partie, qui se veut plus violente que la seconde. C’est un excellent titre, mais qui tire en longueur pour dépasser les neuf minutes, sans un réel intérêt. Baad Man entame alors une seconde partie qui se veut plus Rock et Prog, et il va falloir s’accrocher. Si techniquement c’est irréprochable, et que les musiciens sont des tueurs, au niveau mélodie, c’est un peu plus compliqué. Il en va de même avec Lose Yourself, qui serait pourtant un « hit » quand on regarde sa durée qui rentre plus dans des carcans radiophoniques, mais le chant est un vrai blocage.
Et puis ça ne reste pas en tête. C’est un réel problème sur un disque qui est aussi long. Mandra Sonos est un interlude étrange qui permet de donner plus de puissance à Asleep on the Killing Floor, sans doute le meilleur morceau de l’album. C’est puissant, assez clair dans sa ligne de conduite, et on ressent un côté Punk qui ressort au niveau de la rythmique. Mais les délires au niveau du chant viennent un peu tout gâcher, comme chez Primus par exemple. Handcuff County est un morceau qui lorgne sur la country, tout en se foutant de sa gueule. C’est rigolo deux minutes, mais l’ensemble manque vraiment de poigne et d’une envie de nous secouer. Swallowing the Anchor est titre plus direct, et donc plus plaisant, malgré quelques gimmicks agaçants. Brickman manque alors d’envergure, laissant le champ libre à Forever Amplified, une conclusion nerveuse, bien que perfectible.
Au final, Good God/Baad Man, le dernier album en date de Corrosion of Conformity, est une petite déception. Trop long, trop complexe pour rien, ne se prenant pas souvent au sérieux, le groupe américain accumule les faiblesses sur un disque qui se veut pourtant technique. Mais il est difficile de s’accrocher aux différents titres bien trop longs, tout comme les voix des deux chanteurs qui manquent cruellement d’osmose. Il s’agit, très certainement, de l’un des albums les plus faibles du groupe, et c’est triste d’avoir attendu huit ans pour avoir ça…
- Good God ?/Final Dawn
- You or Me
- Gimme Some Moore
- The Handler
- Bedouin’s Hand
- Run for Your Life
- Baad Man
- Lose Yourself
- Mandra Sonos
- Asleep on the Killing Floor
- Handcuff County
- Swallowing the Anchor
- Brickman
- Forever Amplified
Note : 11/20
Par AqME
