mai 25, 2022

Windhand – Eternal Return

Avis :

Le Doom est un sous-genre du métal qui est très particulier et qui a ses codes, reconnaissables parmi tous les styles. Plus ou moins initié par Black Sabbath, le Doom se reconnait à ses riffs ultra saturés et à une rythmique très lente, donnant alors une sensation de lourdeur et de brutalité contrôlée. Des groupes, comme Candlemass, sont devenus des pointures dans ce genre, et certains ne jurent que par le Doom. Fondé en 2008 à Richmond dans l’état de Virginie, Windhand a cette particularité d’avoir une chanteuse, et non pas un bonhomme à la voix caverneuse. Pour autant, le groupe s’associe facilement au Doom avec sa musique lourde et ses rythmiques pachydermiques. Eternel Return, sorti en 2018, est leur quatrième album, et il permet de voir le groupe continuer son petit bonhomme de chemin, tout en arpentant des passages plus… psychédéliques.

Mais c’est là aussi tout le charme du Doom, qui peut s’abroger de certaines règles pour inclure des passages hors du temps et de l’espace. Windhand attaque dès le départ avec Halcyon, et très rapidement, on est en terrain connu. Le rythme est très lent, mais les riffs de guitare fracassent comme il faut, offrant tout ce que l’on était venu chercher. Dépassant allègrement les huit minutes, le morceau va pourtant surprendre dans son break. En effet, les américains semblent tâtonner pour trouver du liant entre deux parties, et décident alors de couper le son, avant de repartir sur quelque chose de totalement différent. Ce qui donnera la sensation d’entendre deux titres sur une seule pistes. C’est un choix étrange, mais cela n’entache pas l’écoute, et surtout le plaisir. On se demande juste s’il n’aurait pas été plus judicieux de couper le morceau en deux. On pinaille.

Grey Garden va alors partir sur les mêmes bases, mais permet à la chanteuse de prendre un peu plus d’ampleur. Il réside dans ce morceau des passages bucoliques assez étonnants, en corrélation avec la jaquette, mais pas forcément avec l’attitude Doom habituelle. Et c’est bien là que le groupe marque des points, s’éloignant volontairement d’une noirceur crasse pour aller vers quelque chose de plus forestier, de plus animiste. Et c’est ce que confirmera Pilgrim’s Rest, une sorte de ballade qui pourrait presque faire office d’interlude. C’est doux, c’est beau, et on se croirait presque dans un Power Band, avec une pause entre deux morceaux épiques. First to Die déboule alors, et il va remettre les pendules à l’heure, retournant dans un Doom puissant et bien lourd. Seul le refrain viendra apporter un peu de légèreté, avec une chanteuse qui possède une voix… particulière.

Et c’est là aussi la particularité du groupe. Dorthia Cottrell possède une voix étrange, à la lisière de la voix masculine, mais qui apporte une ambiguïté intéressante. A l’image de la jaquette presque enfantine, il réside un mystère autour du groupe qui lui permet de gagner de sérieux galons. Il y a une forte cohérence dans l’univers de la formation, qui permet de tomber dedans à chaque titre, même à l’interlude Light Into Dark, où même le titre se permet d’être optimiste, dans un genre qui prône la dépression. Les américains tirent vraiment leur épingle du jeu sur plusieurs points. On restera plus circonspect sur Red Cloud, un bon morceau, mais relativement transparent, qui laissera volontiers place à Eyeshine et ses onze minutes. Car oui, sur la fin de la playlist, on tape dans le grand morceau.

Doom très classique mais monté avec ferveur, on va se retrouver, à la toute fin, avec trois morceaux dantesques et qui restent dans les mémoires. Eyeshine est puissant sur toute sa longueur et ne faiblit à aucun instant, tout comme Feather et ses treize minutes qui clôtureront l’album. Le groupe montre toute sa maestria technique et son talent pour composer des morceaux longs et qui tiennent la route. Un talent que l’on retrouve dans Diablerie, qui renoue avec les thématiques du Doom, tout en invoquant la volonté de ne pas revoir le diable. Encore une fois, Windhand prend à revers les codes du genre pour mieux les réinventer. On pourra juste pester contre une certaine redondance au bout de plusieurs écoutes, avec, parfois, des riffs qui se ressemblent un peu.

Au final, Eternal Return, le dernier opus en date de Windhand, est une belle réussite, du moins pour qui aime le Doom. Très clairement, il n’y a aucune surprise d’un point de vue musical. Si on sait dans quoi l’on rentre, on ne sera pas déçu, car tous les codes y sont, notamment du point de vue technique. Les américains offrent un album solide et cohérent, du design de la jaquette jusqu’à ses paroles, et rien que pour ça, ça mérite un petit coup d’oreille.

  • Halcyon
  • Grey Garden
  • Pilgrim’s Rest
  • First to Die
  • Light Into Dark
  • Red Cloud
  • Eyeshine
  • Diablerie
  • Feather

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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