
De : Gérard Jugnot
Avec Gérard Jugnot, Philippe Lacheau, Thierry Lhermitte, François Bureloup
Année : 2026
Pays : France
Genre : Comédie
Résumé :
Arrêté par erreur et confondu avec l’homme le plus recherché de France, Serge Martin, paisible retraité, devient la cible des médias. Pris dans un tourbillon sans fin, il va tout tenter pour prouver son innocence et retrouver sa vie… si c’est encore possible !
Avis :
Avec “Mauvaise pioche”, Gérard Jugnot s’inspire d’un fait réel qui avait fait beaucoup de bruit : cette histoire d’un homme arrêté par erreur, confondu avec un fugitif recherché. Une situation absurde, presque irréelle, qui pose une vraie question : que se passe-t-il quand tout le monde est persuadé que vous êtes quelqu’un d’autre ? C’est à partir de cette idée, à la fois comique et inquiétante, que le réalisateur construit son film.

Acteur incontournable du cinéma français, Gérard Jugnot, c’est aussi un réalisateur qui s’est bâti une jolie carrière. Depuis quarante ans maintenant, il met en scène, avec toujours la même recette étonnante. En effet, il part presque toujours d’une comédie pour aller vers le drame. Et lorsqu’il ne fait pas ça, il y a toujours quelque chose d’amer dans son cinéma. Un sujet de fond qui prend le dessus sur la trame attendue. Et “Mauvaise pioche” n’échappe clairement pas à cette règle.
« du côté de la comédie pure, “Mauvaise pioche” n’est pas toujours juste »
Serge Martin est un homme discret. Une vie tranquille, un boulot normal, pas de vague. Un jour, tout bascule. Lors d’un retour d’Italie, il est arrêté par erreur. Très vite, la machine s’emballe. Les médias s’emparent de l’affaire. Son visage est partout. On l’accuse d’être l’assassin le plus recherché de France. Lui ne comprend pas. Il nie. Mais plus il parle, moins on l’écoute. Et pendant que le monde décide pour lui qui il est, sa vie, elle, s’effondre morceau par morceau.
“Mauvaise pioche”, c’est un film qui s’inspire clairement d’une des erreurs les plus marquantes de ces dernières années. Tout le monde connaît le nom de Xavier Dupont de Ligonnès, et en 2019, en Écosse, un homme s’est fait arrêter à sa place. Police et médias ont cru tenir le coupable… et ils l’ont fait savoir. Sauf que c’était totalement faux. Une erreur énorme, totalement irréelle. Et c’est cette base-là que Gérard Jugnot décide d’utiliser pour construire son film. Et forcément, vu le sujet, il y avait de quoi faire quelque chose de très intéressant.
Le film commence comme une comédie. On est sur des situations absurdes, des réactions un peu exagérées, des personnages qui frôlent parfois la caricature. Et ça, ça peut diviser. Clairement, du côté de la comédie pure, “Mauvaise pioche” n’est pas toujours juste. Notamment avec Philippe Lacheau, qui pousse parfois le trait beaucoup trop loin, étant persuadé d’être hilarant. Il en fait trop, et ça peut sortir du film. Mais heureusement, le film ne repose pas uniquement là-dessus. Parce que là où “Mauvaise pioche” devient vraiment intéressant, c’est dans tout ce qu’il raconte derrière. Et là, Gérard Jugnot retrouve quelque chose qu’il maîtrise très bien : la satire.
« Avec ce film, il s’attaque frontalement à la presse »
Avec ce film, il s’attaque frontalement à la presse, et surtout aux chaînes d’info en continu, toujours à la recherche du scoop. Difficile de ne pas voir certaines références tant c’est appuyé. Et pourtant, ça fonctionne. Le personnage de la journaliste, incarné par Reem Kherici, est clairement un des points forts du film. Elle incarne parfaitement cette course à l’information, ce besoin d’aller vite, quitte à se tromper. Gérard Jugnot ne ménage pas ses scènes. Il y va franchement. Il tape sur cette presse sans recul, sans vérification, prête à broyer quelqu’un pour faire de l’audience. C’est à la fois drôle et dérangeant.
Et c’est vraiment dans cette partie-là que le film est le plus percutant. Mais au-delà de la presse, c’est toute la société qui en prend pour son grade. Parce que “Mauvaise pioche”, ce n’est pas juste une critique des médias. C’est aussi le portrait d’un homme dont la vie explose à cause d’une erreur. La police, qui ne s’excuse pas vraiment. La population, qui suit sans réfléchir. Les politiques, qui préfèrent sauver leur image plutôt que défendre quelqu’un. Et puis les rumeurs, les jugements, les regards, les faux amis… Tout ça, le film le montre assez bien. Et comme souvent chez Gérard Jugnot, il y a cette amertume qui s’installe. Ce sentiment que le rire cache quelque chose de beaucoup plus dur. C’est presque touchant de voir et suivre cet homme qui n’a plus de contrôle sur rien.
Malheureusement, tout n’est pas aussi maîtrisé. Parce que le film se perd un peu dans sa dernière partie. Et surtout, dans ses dernières minutes. Là, Gérard Jugnot part dans quelque chose de beaucoup plus léger, presque en roue libre. Comme s’il voulait absolument finir sur une note fun, décalée… Le final avec la zumba… Alors oui, c’est une blague. Oui, ça se veut drôle. Mais ça ne fonctionne pas vraiment. Pire, ça désamorce une bonne partie de ce que le film avait réussi à construire jusque-là. On passe d’un film qui avait trouvé un équilibre intéressant entre comédie et critique… à quelque chose de beaucoup plus banal, presque ringard. Et ça, c’est dommage. Vraiment dommage.

Sans cette dernière partie, “Mauvaise pioche” aurait clairement gagné en impact. Alors, ça n’aurait peut-être pas été le meilleur film de Gérard Jugnot, “Monsieur Batignole” reste au-dessus, mais ça aurait été un film beaucoup plus marquant. Au final, “Mauvaise pioche” est un film sympathique. On s’amuse, il y a de bonnes idées, une vraie envie de dire quelque chose. La satire fonctionne, les critiques sont là, et certaines scènes font mouche. Mais ça ne va pas assez loin. Et surtout, ça ne tient pas jusqu’au bout. Du coup, on passe un bon moment… mais pas sûr que ça reste longtemps en tête.
Note : 12/20
Par Cinéted
