avril 6, 2026

Graveyard Shift – M.L. Rio

Autrice : M.L. Rio

Editeur : Bragelonne

Genre : Horreur

Résumé :

Chaque soir, dans le vieux cimetière de l’université, le chemin de cinq travailleurs de nuit se croise : un barman, une conductrice de véhicule de covoiturage, une réceptionniste d’hôtel, le gardien de l’église délabrée qui se dresse au-dessus d’eux, et la rédactrice en chef du journal de l’université, toujours en quête d’un sujet d’article. Par une sombre nuit d’octobre, ils découvrent dans le cimetière de l’église désaffectée un nouveau trou. Une tombe fraîche et ouverte là où il ne devrait pas y en avoir. Qui l’a creusée, et pour qui ?

Avant qu’ils ne repartent chacun de leur côté, le fossoyeur revient. En passant la nuit à le filer, ils découvrent qu’il pourrait être la clé d’une série d’événements étranges survenus en ville qui font la une des journaux depuis quelques semaines… et qu’ils sont peut-être plus proches de ce mystère qu’ils ne le pensaient.

Avis :

Contrairement aux apparences, l’écriture d’une nouvelle demeure un exercice à part entière. Il convient de respecter certains fondamentaux, à même de structurer l’intrigue et la caractérisation. D’une longueur variable, ce type de récit requiert une mise en condition immédiate, ainsi qu’un rythme énergique. Qu’elles se présentent sous la forme d’un one-shot ou au sein d’un recueil, certaines histoires sont la concrétisation d’un projet artistique précis. D’autres encore relèvent d’une demande éditoriale. C’est le cas avec Graveyard Shift. Une œuvre littéraire de commande qui, toute contrainte écartée, tient de la sollicitation d’une maison d’édition à son auteure.

L’idée initiale n’est pas pour déplaire. On accompagne cinq individus soumis à leurs aléas insomniaques. Leur réunion journalière au cimetière amène à des relations sociales singulières, sinon anticonformistes. À ce postulat de départ, ils sont confrontés à une situation extraordinaire qui confère au macabre. Dès lors, on s’immisce dans un récit qui semble un hommage aux comics et romans pulp. La découverte inattendue d’un trou au beau milieu de leur lieu favori a, en effet, de quoi interpeller. L’atmosphère des premières pages n’est pas sans rappeler quelques incursions gothiques dignes d’Edgar Allan Poe, du moins est-ce là les intentions présentées.

Puis, très vite, cette ambiance lugubre cède la place à des considérations simplistes, voire enfantines. Les investigations éparses s’apparentent à l’une des enquêtes du Club des cinq. Et cela ne tient pas seulement au nombre d’intervenants principaux… Avec une approche débonnaire, l’auteure se contente d’un parcours attendu, où sa routine narrative préserve la zone de confort de ses protagonistes. À aucun moment, ils ne sont mis en difficulté. Cela concerne leurs valeurs, comme leur situation. Au demeurant, leur passivité finit par découler sur le lecteur. Si l’on ne s’ennuie pas, on reste ancré dans une intrigue ronflante, guère enthousiasmante.

De plus, la réputation de ladite nouvelle avance une caractérisation de haute volée avec des personnages marquants et crédibles. En réalité, il faut se contenter de portraits vaguement dégrossis, où l’on dépeint surtout leurs errances intellectuelles (et existentielles) que leur complémentarité au sein de l’affaire. D’où la difficulté d’identifier un intervenant plus mémorable que les autres. Cela ne tient pas au format restreint de la nouvelle, mais plutôt à des descriptions standardisées, sans relief. Ce qui était donc censé être l’une des grandes forces de cette œuvre se solde par un jugement biaisé, voire intéressé pour certaines voix clamant le contraire.

Il est dommage de constater une telle dérobade, car plusieurs éléments demeurent attrayants. Pour chaque chapitre, on peut évoquer une structure qui adopte un point de vue différent ou ce déroulement à des heures clefs de la nuit. Cela étant dit, ce dernier point délaisse les déambulations nocturnes pour déborder sur la matinée de la journée suivante. Quant aux sujets avancés, entre le fantastique et l’expérience scientifique, on dénote de bonnes idées, mais elles sont exploitées avec une certaine négligence. Pour preuve, la progression et le dénouement ne présentent aucune fulgurance. Il est même aisé d’éprouver une sensation d’inachevée à son terme, eu égard à l’absence de conséquences ou d’un épilogue impactant.

Au final, Graveyard Shift est une nouvelle anecdotique, pour ne pas dire dispensable. L’entame a beau se montrer intrigante avec une entrée en matière soignée, l’histoire se délite bien vite dans une enquête prévisible, voire lénifiante dans l’exposition de ses faits et personnages. Les individus en question sont loin de retenir l’attention, tandis que les situations peinent à entretenir l’intérêt initial. Certes, l’écriture demeure fluide. Elle n’en reste pas moins ampoulée lorsqu’on s’attarde sur des points de détail sans importance pour l’intelligibilité de l’ensemble. Cela sans oublier une tonalité fantastique qui privilégie une approche trop familiale pour rendre le tout inquiétant et s’insinuer dans l’univers baroque desdits insomniaques.

Note : 11/20

Par Dante

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